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Tout va bien: la presse musicale (1)

Le public de La Musicale n’a pas forcément une virtuosité en poche, certain-e-s ne viennent que pour la lecture. Et c’est vers le présentoir des revues qu’ils s’arrêtent.

“Tout va bien” sur le présentoir (Trax)

Une trentaine de titres sont proposés, dont neuf ont l’exclusivité dans les bibliothèques de Suisse romande! Le plus souvent ce sont des revues très spécialisées contenant des partitions: Batteur magazine, Guitar part ou encore Guitarist acoustic. D’autres titres sont plus particulièrement en lien avec les collections, comme l’Opérette, théâtre musical.

Revue de presse: le dernier numéro de Classica de l’an passé annonçait l’année anniversaire pour Camille Saint-Saëns en 2021 (100 ans de sa mort), tandis Guitar Part rend hommage à Gary Moore. Quant à Pianiste (mars 2021), la revue propose un extrait de la partition de Keith Jarrett: The Köln Concert (ECM Part II c ). La bibliothèque vous propose l’intégralité de la partition dans sa transcription originale. Enfin, terminons par de l’actualité locale. Opéra Magazine de novembre dernier relate la sortie de l’Orfeo de Monteverdi par le Genevois Emiliano Gonzalez Toro: «S’il ne veut pas, ici, être un chef au sens traditionnel du terme, Emiliano Gonzalez Toro est plus que cela: un artiste qui inspire ses partenaires et les guide vers l’excellence»!

Retrouvez ici toute la presse musicale à laquelle la bibliothèque est abonnée et venez les consulter sur place ou les emprunter. Toutes les revues, historiques ou actuelles sont référencées au catalogue swisscovery Ville de Genève.

Nous reviendrons dans un deuxième temps sur les revues numériques musicales ou en sciences humaines comme le titre Volume! consacré aux musiques populaires (2002-2019).

L’AMR au Grütli

Affichette d’Eric Jeanmonod. L’AMR au Grütli, c’était en 1977 déjà!

L’AMR (Association pour la musique improvisée) fondée en 1973 fête cette année les 40 ans de son AMR Jazz Festival. Initialement prévu en mars 2021, le festival est reporté à la fin de l’été: Dix jours de musique live, également de danse, de cinéma, de littérature, ainsi qu’une exposition consacrée aux 40 affiches accumulées en autant d’éditions, tel était décrit le Festival dans La Tribune de Genève du 3 février dernier.

Ce report nous donne l’occasion de découvrir les affiches du festival à distance, grâce au Catalogue collectif suisse des affiches (CCSA).

La Musicale, en 2009, avait eu l’opportunité d’organiser une rétrospective sur deux étages, incluant le Café du Grütli – une première – réunissant les grands événements de l’AMR: Bals masqués de l’Escalade, AMR Jazz Festival, Fête des Cropettes. Dans le numéro 307 de Viva la Musica, on pouvait lire: “Les talents des graphistes et illustrateurs genevois se côtoient: certains n’en sont qu’à leur début, d’autres établissent une collaboration assidue avec l’AMR au fil des ans. Eric Jeanmonod, Claude Lyet, Aloys, Georges Schwizgebel, Exem, Poussin et bien d’autres ont participé à annoncer les manifestations de l’AMR.

Exposition au Café du Grütli, septembre 2009

Réjouissez-vous, en septembre prochain, La Musicale participera au Festival en recevant un trio formé pour l’occasion autour de l’oeuvre de Claude Tabarini, un des membres fondateurs de l’AMR et chroniqueur pour Viva La Musica ! Save the date: 23 septembre à 18h.

Questions – Réponses avec Pablo Lavalley

Pablo Lavalley et l’affiche de saison de l’ADC 2020 – affiche animée avec l’application Artivive
Image Bibliothèque de Genève / S. Pecorini

En marge de la préparation de l’exposition L’affiche culturelle selon Pablo Lavalley qui se tient à La Musicale jusqu’au 13 novembre prochain, le graphiste a répondu à quelques questions que je lui ai posées traitant de son métier.

Quel  rapport avez-vous dans votre travail avec les affiches musicales? Je pense que l’interprétation formelle est au centre de n’importe quelle commande. Qu’il s’agisse de musique, de théâtre, de danse… La liberté d’interprétation dépend de la relation entamée avec le client, mais aussi de la nature de l’évènement. C’est diffèrent de faire une affiche pour un concert unique, ou pour un concert faisant partie d’une série, d’une saison avec une ligne graphique prédéfinie. Pour moi il faut donner à voir ce qui s’entend, mais c’est toujours subjectif. Ça reste une interprétation personnelle qui aspire à résonner aux yeux des autres, et à les séduire.

Équilibre entre contenu visuel et contenu informationnel? Êtes- vous parfois en désaccord avec le commanditaire? C’est un sujet délicat. Personnellement je pense que l’affiche doit surtout interpeller, surprendre, créer une émotion, séduire et réveiller une curiosité, une réflexion. Je pense qu’avec tous les outils qui existent maintenant, nous avons besoin de moins en moins d’information sur les affiches. Pour certains évènements, le nom peut suffire. La plupart de gens ont le réflexe de chercher un site Internet lié à ce nom. Mais je dis que c’est un sujet délicat car pour certains clients, l’idée de l’affiche comme un espace informationnel est extrêmement ancrée. À mon avis, on doit se servir des flyers, des réseaux sociaux, du site Internet pour donner tous les détails de l’évènement. Et donner à l’affiche un rôle surtout visuel, émotionnel, qui provoque un processus cognitif au-delà de l’information pure et dure.

Après dix ans d’activités à Genève, qu’apprend-on du public? On apprend qu’on doit toujours chercher le public, toujours le surprendre. Le public est exigeant et la concurrence est forte. Je parle de la concurrence entre l’affiche et les autres moyens de communication. Notamment les réseaux sociaux. Il faut savoir en profiter pour qu’ils travaillent ensemble, de manière complémentaire. Tout ce qu’on ne dit pas sur l’affiche, on le trouvera ailleurs. Et je crois vraiment que le public aime ce travail de construction du message. De plus en plus. Cela enrichit l’expérience de communication.

En regardant en arrière, quel regard portez-vous sur vos affiches d’il y a dix ans? Qu’est-ce qui a changé si changement il y a eu? Et plus largement sur la production d’affiches en Suisse? J’ai des affiches d’il y a dix ans que je continue à vraiment aimer. Des affiches qui vieillissent bien. Il y a aussi celles qui vieillissent moins bien. J’ai certainement appris des choses. Je sens qu’auparavant je donnais plus du poids au contenu visuel, même si le message ne passait pas clairement. Je crois que maintenant j’essaie de chercher plus un équilibre entre le contenu visuel et l’information. C’est une question intéressante, car ça me donne à penser que j’ai peut-être appris à faire des concessions. Il y a un côté positif dans cet apprentissage, mais il faut aussi rester vigilant et critique envers son propre travail. D’autre part, je m’intéresse de plus en plus au potentiel qui s’ouvre pour l’animation des visuels d’affiche. C’est clairement une nouvelle tendance en Suisse et dans le monde.

Retrouvez Pablo Lavalley sur notre chaine youtube, dans l’émission CulT du 8 octobre 2020 sur Léman Bleu.

Lecture estivale (5)

Cette rubrique va se terminer cet été par Le cœur de l’Angleterre de Jonathan Coe, sorti l’automne dernier. Cet écrivain ne pouvait pas ne pas figurer dans les lectures estivales. Ecrivain et musicien, la musique est toujours présente dans ses romans, comme elle est présente nulle part ailleurs qu’en Grande-Bretagne. C’est le cas pour ce douzième opus. Il s’en explique dans l’interview qu’il accorde à la revue Magic. Si vous connaissez l’auteur, vous savez qu’il aime à l’aide de ses personnages faire le portrait de son pays, même si cette fois dans cette dernière décennie, il ne le comprend plus.

Petit morceau d’anthologie de la première partie de ce roman intitulé La Joyeuse Angleterre. Nous sommes le 27 juillet 2012, tous les personnages sont assis devant leur télévision, devant la Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Tous, sauf un.

«Benjamin [Benjamin Potter, l’alter ego de l’auteur] était seul au moulin, assis à son bureau, il faisait des coupures et des révisions dans son roman tout en écoutant un quatuor à cordes d’Arthur Honegger […]. Lorsque la musique de la partie suivante débuta, Philipp n’en crut pas ses oreilles. Il la reconnut tout de suite, cette phrase unique, hypnotique, avec sa curieuse mesure: c’était une musique qu’il avait écoutée des centaines, des milliers de fois, qu’il aimait de tout son cœur, d’une passion qu’il avait dû tenir secrète pendant près de quatre décennies sous la pression de ses camarades qui lui avaient donné le sentiment qu’aimer cette musique revenait à se déclarer ringard ou tout au moins en décalage total avec la mode. Et voilà qu’elle se faisait entendre, diffusée dans le monde entier, présentée comme le nec plus ultra de la culture britannique. Le temps lui donnait raison! Enfin! «Mike Oldfield, s’écria-t-il en renversant du riz sur tout le tapis. C’est Mike Oldfield! C’est «Tubular Bells»!»

Il prit son portable et se précipita dans un coin plus tranquille de la pièce pour appeler Benjamin. Quand celui-ci lui répondit, il entendit de la musique en arrière-plan; cependant ce n’était pas «Tubular Bells», elle avait quelque chose d’angoissé, de discordant. Un quatuor à cordes, semblait-il.

«Tu ne regardes pas?

  • Regarde pas quoi?
  • La cérémonie d’ouverture des Jeux.
  • C’est ce soir?
  • Oh bon Dieu ! Allume la télé.
  • Non, pas envie, je travaille ce soir.
  • Ne discute pas, allume tout de suite.»

Benjamin hésita, impressionné par l’urgence dans la voix de Philipp. «Bon, bon d’accord».

Philipp entendit qu’on éteignait le quatuor à cordes et qu’on allumait la télévision. Au bout de quelques secondes, Benjamin s’exclama:

«Oh bon sang, mais c’est Mike Oldfield!

  • Exact. Mike Oldfield. Mike Oldfield!
  • Qu’est-ce qu’il fiche là?
  •  Il joue «Tubular Bells», qu’est-ce que tu dis de ça!
  • Mais pourquoi?

Parce que enfin – enfin – quelqu’un s’est  aperçu de son génie. C’est un grand compositeur britannique. On a raison depuis le début!» Benjamin entendait le sourire de triomphe de son ami dans sa voix. «Bon je te laisse. Continue à regarder, c’est incroyable.»

Benjamin posa le téléphone sur le bras du canapé et jeta un coup d’œil à l’étrange scène qui se déroulait sur l’écran.» [pp.174, 179-180]

Mike Oldfield est aussi présent à La Musicale avec la version de Tubular Bells de 1992.

Retrouvez les précédents billets de cette rubrique d’été:

Lecture estivale (1)

Lecture estivale (2)

Lecture estivale (3)

Lecture estivale (4)

Lecture estivale (4)

Mathilde, Werner et Nelly, les trois protagonistes (image tirée de la captation de la pièce)

Il leur proposa Schubert.

Les Lieder. Un par jour. Tous les jours. Il déciderait du choix.

Ce serait à dix-sept heures précises, sans exception. Il fallait organiser un piano dans une salle adjacente avec une bonne température, un bon plancher et un accordeur. Elles pourraient répéter en début d’après-midi. L’ordonnance fournirait l’eau sucrée tiède, les partitions, un lutrin, une lime à ongles et un métronome. Tant que la qualité de l’exécution resterait convenable, elles n’auraient plus l’obligation de tresser à l’usine. Elles seraient mieux nourries et pourraient prendre un bain. Un tous les deux jours, alternativement. Le savon serait fourni. Il y aurait même des fleurs.

En complément de l’exécution musicale, Madame Aubry devra écrire des textes. Des textes qui devraient être inspirés par le Lied du jour avec cette obligation d’être divertissants, captivants et inciter à l’élévation de l’âme.

Chemin Venel, p. 187, Ed. de L’Aire, 2009


Martine Chevalier en écrivant Chemin Venel lève un pan de son histoire personnelle. Fille de la cantatrice genevoise Nelly Aubry, elle va s’inspirer de cette figure maternelle pour écrire son roman. Comme elle le raconte dans le programme de soirée du Grand Théâtre «toute mon enfance a été bercée par les récits mystérieux et fascinants que ma mère égrenait sur son art vocal et les affres émotionnelles qui, forcément, en découlaient […]. A ces moments, elle parlait toute seule, invectivait des partitions qui ne livraient pas assez vite leurs clés, prenait à partie le compositeur, enlevait et remettait ses petites lunettes rondes pour mieux cerner l’acrobatie vocale que demandaient les notes sur la portée» (in: Tant qu’il y aura des âmes, p. 15).

La cantatrice Nelly Aubry s’engage durant la guerre pour soutenir l’armée dans un projet patriotique. Ce sera La cité sur la montagne. Ensuite, la fiction prend le relais sur la réalité. La Nelly du roman et sa pianiste Marcelle Nemsky, sous l’influence de cette dernière, se produisent à l’étranger, en Allemagne, puis à Budapest où elles sont arrêtées pour être conduites dans un camp de travail, à Rechlin. Là, où la musique devient “protectrice” d’un plus mauvais sort encore… 

Si Nelly Aubry s’est produite maintes fois à Genève, notamment lors des concerts d’été organisés au kiosque du Jardin Anglais début des années trente, la Nelly de fiction est montée sur les planches du Grand Théâtre de Genève en 2009. L’adaptation dramatique du regretté François Dupeyron a pour titre Conversations à Rechlin. La bibliothèque dispose d’une présentation de l’œuvre réalisée par l’équipe du Grand Théâtre ainsi que de nombreux recueils des Lieder de Schubert.

cop. Magali Dougados, GTG

Retrouvez les précédents billets de cette rubrique d’été:

Lecture estivale (1)

Lecture estivale (2)

Lecture estivale (3)

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