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Le Salon du livre s’invite à la Bibliothèque

Cette semaine, la Bibliothèque accueille deux rendez-vous du Salon du livre en ville. Pour l’occasion, de grandes figures intellectuelles présenteront leur regard critique sur nos sociétés contemporaines.

Mercredi soir, Olivier Guez nous relatera les horreurs du XXe siècle. Olivier Guez est l’auteur de La Disparition de Josef Mengele (Prix Renaudot 2017) et a aussi dirigé Le Siècle des dictateurs (2019).
Cette rencontre est organisée par la Maison de l’histoire de l’Université de Genève en collaboration avec le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) et la Bibliothèque de Genève. Isabelle Gattiker, directrice du FIFDH, modèrera la soirée. Inscrivez-vous par ici!

Samedi 31 octobre, Dominique Bourg, philosophe et professeur à l’Université de Lausanne, et Mireille Dumas, réalisatrice et journaliste, démêleront les principaux enjeux des crises actuelles et à venir, et proposeront des pistes pour demain. Inscriptions par ici!

Questions – Réponses avec Pablo Lavalley

Pablo Lavalley et l’affiche de saison de l’ADC 2020 – affiche animée avec l’application Artivive
Image Bibliothèque de Genève / S. Pecorini

En marge de la préparation de l’exposition L’affiche culturelle selon Pablo Lavalley qui se tient à La Musicale jusqu’au 13 novembre prochain, le graphiste a répondu à quelques questions que je lui ai posées traitant de son métier.

Quel  rapport avez-vous dans votre travail avec les affiches musicales? Je pense que l’interprétation formelle est au centre de n’importe quelle commande. Qu’il s’agisse de musique, de théâtre, de danse… La liberté d’interprétation dépend de la relation entamée avec le client, mais aussi de la nature de l’évènement. C’est diffèrent de faire une affiche pour un concert unique, ou pour un concert faisant partie d’une série, d’une saison avec une ligne graphique prédéfinie. Pour moi il faut donner à voir ce qui s’entend, mais c’est toujours subjectif. Ça reste une interprétation personnelle qui aspire à résonner aux yeux des autres, et à les séduire.

Équilibre entre contenu visuel et contenu informationnel? Êtes- vous parfois en désaccord avec le commanditaire? C’est un sujet délicat. Personnellement je pense que l’affiche doit surtout interpeller, surprendre, créer une émotion, séduire et réveiller une curiosité, une réflexion. Je pense qu’avec tous les outils qui existent maintenant, nous avons besoin de moins en moins d’information sur les affiches. Pour certains évènements, le nom peut suffire. La plupart de gens ont le réflexe de chercher un site Internet lié à ce nom. Mais je dis que c’est un sujet délicat car pour certains clients, l’idée de l’affiche comme un espace informationnel est extrêmement ancrée. À mon avis, on doit se servir des flyers, des réseaux sociaux, du site Internet pour donner tous les détails de l’évènement. Et donner à l’affiche un rôle surtout visuel, émotionnel, qui provoque un processus cognitif au-delà de l’information pure et dure.

Après dix ans d’activités à Genève, qu’apprend-on du public? On apprend qu’on doit toujours chercher le public, toujours le surprendre. Le public est exigeant et la concurrence est forte. Je parle de la concurrence entre l’affiche et les autres moyens de communication. Notamment les réseaux sociaux. Il faut savoir en profiter pour qu’ils travaillent ensemble, de manière complémentaire. Tout ce qu’on ne dit pas sur l’affiche, on le trouvera ailleurs. Et je crois vraiment que le public aime ce travail de construction du message. De plus en plus. Cela enrichit l’expérience de communication.

En regardant en arrière, quel regard portez-vous sur vos affiches d’il y a dix ans? Qu’est-ce qui a changé si changement il y a eu? Et plus largement sur la production d’affiches en Suisse? J’ai des affiches d’il y a dix ans que je continue à vraiment aimer. Des affiches qui vieillissent bien. Il y a aussi celles qui vieillissent moins bien. J’ai certainement appris des choses. Je sens qu’auparavant je donnais plus du poids au contenu visuel, même si le message ne passait pas clairement. Je crois que maintenant j’essaie de chercher plus un équilibre entre le contenu visuel et l’information. C’est une question intéressante, car ça me donne à penser que j’ai peut-être appris à faire des concessions. Il y a un côté positif dans cet apprentissage, mais il faut aussi rester vigilant et critique envers son propre travail. D’autre part, je m’intéresse de plus en plus au potentiel qui s’ouvre pour l’animation des visuels d’affiche. C’est clairement une nouvelle tendance en Suisse et dans le monde.

Retrouvez Pablo Lavalley sur notre chaine youtube, dans l’émission CulT du 8 octobre 2020 sur Léman Bleu.

L’affiche culturelle selon Pablo Lavalley

L’affiche culturelle
selon Pablo Lavalley

Après les avoir vues dans l’espace public, 40 affiches de Pablo Lavalley sont à découvrir ou redécouvrir dans les espaces de La Musicale. Les affiches retenues pour l’accrochage illustrent plus d’une décennie de collaboration entre Pablo Lavalley et de grandes institutions genevoises ou des événements incontournables de la scène locale. Danse, théâtre et musique sont les disciplines privilégiées par le graphiste pour des événements uniques ou pour ceux s’inscrivant dans une série.
Ces affiches sont toutes présentes au Catalogue collectif suisse des affiches (CCSA).
«C’est à voir» était sa première signature au bas des affiches, en 2007 déjà. L’injonction des débuts n’a pas déçu nos regards interpellés ou séduits par son travail. Aujourd’hui, son agence graphique a pour nom Oficio.

Informations pratiques

4 + 1 à La Musicale

C’est reparti pour une nouvelle année musicale. Quatre événements s’égraineront au fil des saisons, avec un bonus sous forme d’accrochage pour entamer le cycle: 4+1 saisons!

Le graphiste Pablo Lavalley ouvre le programme avec son accrochage du 2 octobre au 13 novembre (vernissage le 1er octobre à 19h). Reportée en raison de «ce que vous savez», cette exposition propose 40 de ses affiches représentatives du travail de collaboration avec des institutions culturelles genevoises et romandes ou des festivals régionaux. Un «Jeudi midi de l’affiche» lui est aussi consacré le 15 octobre.

Quant au cabaret Antoine & Charlotte, il lancera les réjouissances musicales le 8 octobre. Une heure de pitreries et sensibleries en textes et chansons autour de l’amour, de la guerre, du panaris, du petit Jésus, de la mort et surtout de la vie!

La Musicale appréciant programmer des artistes qui sont également ses lecteurs et lectrices, elle accueillera ensuite trois ensembles dont les membres sont des habitués de la bibliothèque:

  • 3 décembre: Les Quat’ Saisons du Grupetto: ce quartet tout terrain a composé chaque saison un répertoire original pour fêter la fertilité, la diversité et le chromatisme infini de la vie.

Voici 4+1 raisons de se réjouir!

Viollet-le-Duc à Saint-Pierre

VIOLLET-LE-DUC
À SAINT-PIERRE

Découvrez l’histoire d’un monument majeur de Genève


Au cœur de la Vieille-Ville, la chapelle des Macchabées est l’une des parties les plus emblématiques de la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Élevée au cours des XIVe et XVe siècles, elle est le premier édifice en style gothique flamboyant de Suisse. La chapelle est reléguée durant la Réforme au statut d’entrepôt avant d’être entièrement restaurée au XIXe siècle. Les plans architecturaux et les photographies d’époque, conservées au Centre d’iconographie de la Bibliothèque de Genève, documentent son histoire. Sur ces images, on y découvre notamment les plans du plus célèbre des architectes-restaurateurs français Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc.

L’accrochage “Viollet-le-Duc à Genève” est visible dans le Couloir des coups d’œil de la Bibliothèque de Genève du 15 juin au 12 septembre 2020 et ci-dessous dès maintenant.

Organisation : Bibliothèque de Genève
Commissaire : Nicolas Schaetti

Lire l'introduction

L’histoire genevoise du XIXe siècle est mouvementée. Sous domination française de 1798 à 1813, la ville expérimente les institutions de la France révolutionnaire puis celles de l’Empire napoléonien. En 1814-1815, Genève s’émancipe de la France en devenant canton suisse. Le régime réactionnaire qui se met en place sous la Restauration est renversé par deux révolutions, coup sur coup en 1841 et 1846. La nouvelle constitution adoptée en 1847 ne met d’ailleurs pas fin aux antagonismes, en particulier dans le domaine des cultes. La crise religieuse qui éclate avec la guerre du Sonderbund et culmine en 1873 au moment du « Kulturkampf » ne s’apaise qu’après l’adoption, en 1907, de la loi de séparation de l’Église et de l’État toujours en vigueur aujourd’hui.

La manière dont les autorités, durant cette période, ont géré les lieux de culte hérités du passé est particulièrement emblématique de cette histoire. Pour comprendre celle-ci, il faut croiser plusieurs facteurs explicatifs capables de prendre en compte les dimensions institutionnelles (la République doit-elle être laïque?), confessionnelles (quelle place accorder aux catholiques romains?), identitaires (Genève est-elle avant tout protestante?), culturelles (comment conserver et restaurer les églises médiévales?) ou encore esthétiques (quelle forme et quel cadre artistique donner au culte?).

De manière générale, les documents conservés par la Bibliothèque de Genève contribuent utilement à l’intelligence de cette époque, notamment pour comprendre les débats intellectuels qui l’ont traversée. Ce sont, toutefois, les archives publiques, du canton et des communes, qui offrent les principales sources permettant d’écrire cette histoire. Dans ce contexte, le fonds Saint-Pierre, conservé au Centre d’iconographie de la Bibliothèque de Genève, fait donc exception. En raison de son importance, il a été donné au Musée du Vieux-Genève, par l’Église protestante qui l’avait reçu de la Ville de Genève, avec les bienscuriaux, au moment de la séparation de l’Église et de l’État.

Ce fonds est une source irremplaçable pour connaître les transformations qui ont affecté le principal lieu de culte genevois entre le milieu du XVIIIe et le début du XXe siècle, un édifice qui a cristallisé les débats comme aucun autre à Genève.

Nous sommes heureux que l’accrochage du Couloir des coups d’oeil permette au public de (re)voir ou simplement de prendre connaissance d’une sélection de ces documents. Nous avons choisi de présenter parmi les plus beaux, ceux qui illustrent la restauration de la chapelle des Macchabées dans les années 1870-1880 qui a vu notamment l’intervention remarquée de l’architecte français, Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc.

Frédéric Sardet
Directeur de la Bibliothèque de Genève

Benedetto Alfieri, Deuxième projet (non retenu) pour la façade de la cathédrale Saint-Pierre de Genève, 1752 [BGE CIG VG 4002/27]

Benedetto Alfieri, Schéma et détails du chaînage métallique du portique de Saint-Pierre, 1752 [BGE CIG VG 4002/24]

Présentation

La chapelle des Macchabées, élevée entre 1397 et 1405 et réhabilitée de 1878 à 1884, est, à double titre, l’une des constructions majeures du patrimoine architectural genevois. Il s’agit du premier édifice en style gothique flamboyant de Suisse et sa restauration a suscité un débat qui marqua profondément l’histoire du patrimoine à Genève. Si les origines du monument ont pu être reconstituées récemment, malgré des archives pour le moins lacunaires, sa transformation au XIXe siècle, à laquelle a pris part le plus célèbre des architectes-restaurateurs français, Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc, est relativement bien documentée.

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C’est au cardinal Jean de Brogny (vers 1342-1426), né près d’Annecy dans le diocèse de Genève, que l’on doit la fondation, à l’extrême fin du XIVe siècle, de la chapelle collégiale Notre-Dame qui prendra en 1460 le nom de Macchabées. Brogny est alors une personnalité éminente, membre de la cour pontificale d’Avignon puis, dès 1417, à Rome, de l’entourage du pape Martin V. Vice-chancelier de l’Église depuis 1391, il préside le concile de Constance entre 1415 et 1417. Sa position hiérarchique explique qu’il ait pu recevoir, en 1397, l’autorisation du pape Benoît XIII d’implanter, à proximité immédiate de la cathédrale de Genève, un bâtiment aussi imposant et obtenir le droit de fonder un chapitre collégial de douze prêtres pour le desservir. Sa très belle carrière ecclésiastique permet aussi de comprendre comment il a pu réunir les moyens financiers exceptionnels nécessités par une telle entreprise.

La chapelle est destinée à abriter son tombeau, dont la création est confiée à l’artiste d’origine bourguignonne Jean Prindale en 1414. L’architecte n’est pas connu, mais il a été identifié par Marcel Grandjean comme étant Colin Thomas de Dinant, un maître d’oeuvre cité à Genève en 1404 qui sera chargé par la suite de la construction de la cathédrale de Carpentras. Brogny fait encore appel à d’autres artistes-artisans de haut niveau, comme le peintre piémontais Giacomo Jaquerio ou le sculpteur Guillaume du Boes.

À la Réforme, une fois la messe abolie par les autorités en août 1535, le statut des Macchabées change radicalement. L’ancienne chapelle n’est pas retenue pour servir de temple au nouveau culte protestant. Le tombeau de Brogny et le mobilier liturgique sont réemployés, détruits ou vendus. L’édifice sert de dépôt puis est aménagé en 1566 pour abriter l’auditoire de théologie de l’Académie, logé probablement dans les combles. En 1670, les autorités augmentent la surface utile en créant un rez-de-chaussée qui sépare la zone de dépôt des parties hautes de la chapelle désormais accessibles par un escalier extérieur, puis, vers 1765, en subdivisant la nef d’un niveau de plancher supplémentaire.

Le nouvel usage masque et, pour une bonne part, détruit les structures architecturales de la chapelle médiévale. Les qualités de celles-ci ne sont redécouvertes que peu avant le milieu du XIXe siècle, à la faveur du nouvel engouement pour l’art du Moyen Âge qui s’est fait jour à l’époque romantique. L’état des Macchabées est préoccupant depuis plusieurs décennies, au point qu’en 1830, on songe à démolir l’ancienne chapelle. Quinze ans plus tard, c’est le Genevois Jean-Daniel Blavignac (1817-1876) qui est chargé d’établir un projet de restauration. Cet architecte joue un rôle pionnier dans la revalorisation du patrimoine architectural médiéval en Suisse dont il est l’un des premiers à entreprendre l’étude systématique. Dans son oeuvre, les références à l’époque gothique, comme à l’immeuble de la Tour (1859-1862), sont nombreuses. Pour Blavignac, il ne fait pas de doute que le travail aux Macchabées passe par une reconstitution de l’état médiéval préparé par une identification préalable des vestiges conservés. Bien que les transformations qu’il envisage pour la chapelle ne seront pas mises en oeuvre, il est le premier à avoir mis en évidence la richesse de ses décors anciens, notamment en retrouvant sous les badigeons de la voûte des peintures murales représentant un concert d’anges musiciens.

Depuis 1847, la constitution genevoise a confié aux municipalités la gestion des lieux de culte. C’est donc à la Ville de Genève qu’il convient d’entreprendre la restauration de la cathédrale. La chute en France du Second Empire amène en Suisse l’architecte de réputation internationale Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc, qui s’est vu condamné à mort par la Commune de Paris en 1871. S’il pourra par la suite retourner en France, il s’établit principalement à Lausanne où il fait construire une maison et où il est chargé de conduire les travaux de restauration de la cathédrale (1872-1879). En mars 1874, les autorités genevoises lui confient la tâche d’établir un projet de restauration pour les Macchabées. Les dessins qu’il propose sont d’une qualité graphique sans commune mesure avec ce qui est produit à Genève à la même époque. Viollet-le-Duc est fidèle au principe qu’il énonce en 1866 dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française, selon lequel « restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné ». Le modèle qu’il a en tête est la Sainte-Chapelle de Paris. Sur cet exemple, il suggère notamment de munir le monument genevois d’une flèche, dont la réalisation aurait donné une importance disproportionnée à la chapelle. Les propositions de Viollet le-Duc, qui éblouissent par leur inventivité, décontenanceront les autorités, de plus en plus hésitantes. L’architecte finit par renoncer de lui-même. La restauration des Macchabées est reprise par l’architecte Claude Camuzat (1848-1924), qui conduit la rénovation de l’extérieur (1878-1882), puis par l’architecte de la Ville, Louis Viollier (1852-1931), lequel, après l’achèvement des travaux intérieurs aux Macchabées (1885-1888), mènera la restauration de la cathédrale dans son ensemble. Saint-Pierre recevra une nouvelle flèche, inaugurée en 1898, qui n’est pas sans rapport avec celle pensée vingt ans plus tôt par Viollet-le-Duc pour la chapelle du cardinal de Brogny.

L’influence de Blavignac et surtout celle de Viollet-le-Duc restent fortement perceptibles dans le résultat final de la restauration, surtout si l’on tient compte que le décor des parties hautes (garde-corps, fronton et gargouilles) a été simplifié en 1939. Si les innovations les plus discutables, du point de vue de la vérité archéologique, ne sont pas retenues, il s’agit d’une reconstruction totale, avec suppression des transformations postérieures au Moyen Âge et réfection plus ou moins libre des structures et décors gothiques. Les éléments originaux ne sont pour la plupart pas conservés sur place, mais déposés et remplacés par des restitutions, notamment les décors peints des voûtes dont l’exécution est confiée au peintre Gustave de Beaumont (1851-1920). Le résultat sera critiqué par les tenants d’une restauration basée sur les données archéologiques, une opinion qui sera dominante dès le tournant des XIXe et XXe siècles.

La chapelle restaurée est affectée au culte, principalement pour les baptêmes et les mariages, le 23 septembre 1888. À certains égards,sa réhabilitation a ouvert à Genève la réflexion sur ce que pourraient être des formes architecturales et artistiques spécifiquement protestantes. La disposition de l’assemblée perpendiculairement à la nef, la place principale conférée à la chaire et l’importance accordée à un mobilier spécifique (bancs, tables de communion), l’omniprésence de symboles héraldiques « nationaux » et la pose d’une série de vitraux aux thèmes évangéliques ou historiques peuvent être considérées comme des réinterprétations du passé ancien à travers l’héritage pro-testant. La fascination du Moyen Âge semble toutefois l’avoir emporté aux Macchabées sur la sobriété qui sied, pensait-on, à un lieu de culte protestant. De ce point de vue aussi, la restauration de la chapelle sera fortement remise en question dans les décennies suivantes. La leçon des Macchabées sera retenue lors de restaurations menées ultérieurement, comme à la cathédrale, à Saint-Gervais ou à la Madeleine. Ce n’est qu’avec le changement progressif du regard porté sur le patrimoine du XIXe siècle et à l’achèvement d’une nouvelle campagne de restauration, entreprise entre 1976 et 1977, que la valeur de ce monument genevois sera véritablement reconnue.

Nicolas Schaetti
Conservateur responsable de l’unité des collections spéciales de la Bibliothèque de Genève

Fred Boissonnas, Gargouille néogothique au sommet d’un contrefort, vers 1900
[BGE CIG FBB P GE 03 11 19]

Cliquez sur la première image pour voir la légende et pour naviguer dans l’accrochage virtuel

Le guide de visite de l’accrochage

Valentine Mallet: l’accrochage depuis votre canapé!

Attachée à sa mission de service public, l’équipe de la Bibliothèque a redoublé d’efforts ces dernières semaines pour dénicher les plus belles perles de ses collections, valoriser les ressources numériques accessibles à distance et informer sur le plan mis en place pendant le confinement pour assurer la continuité des missions institutionnelles.

Pour compléter cette panoplie, nous mettons aujourd’hui en ligne l’intégralité de l’accrochage Genève dans l’objectif de Valentine Mallet, exposé dans le Couloir des coups d’œil depuis février dernier. Les photographies de Valentine Mallet ont connu un fort succès aux Bastions, attirant un public nombreux avant que la pandémie ne lui coupe l’herbe sous le pied. Grâce à cet accrochage virtuel, ces images inédites retrouvent la visibilité qu’elles méritent. N’hésitez donc pas à faire partager ce lien à vos proches!

Plongez sans attendre dans la Genève de la “Belle Epoque!” (Cliquez sur la première image pour lancer le diaporama avec les légendes).

Organisation: Bibliothèque de Genève, en partenariat avec l’association Lancy d’Autrefois
Commissaires: Sarah Merlini et Nicolas Schaetti

Introduction

Il faut le souligner sans rougir : en Suisse, les femmes actives dans la photographie au début du XXe siècle restent hors du champ cadré par les hommes. Pourtant, à la Belle Époque, les femmes photographes de talent ne manquent pas à Genève.

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Depuis son apparition en 1839, le médium s’est considérablement développé dans la ville et ses environs. De nouveaux appareils et une simplification des procédés de mise en œuvre ont facilité l’accès à sa pratique. Professionnels et amateurs sont réunis au sein de la Société genevoise de photographie qui veut promouvoir la diffusion de la technique. Fondée en 1881, cette société finit par ouvrir ses portes aux femmes, en 1890, grâce à la détermination de certaines d’entre elles. On comptait 13 femmes membres pour 112 sociétaires en 1892. Peu connue, peu valorisée, l’histoire de ces femmes photographes reste à écrire. C’est donc une étude importante que celle menée par Sarah Merlini, historienne de l’art, sur une femme photographe amateure, originaire de Lancy et active à Genève au tournant des XIXe et XXe siècles: Valentine Mallet.

Dans le même ordre d’idées, les affiches de la Société suisse des femmes peintres, sculpteurs et décorateurs, montrées dans l’accrochage de la Bibliothèque de Genève, sont là pour rappeler que la reconnaissance du talent des femmes dans les beaux-arts comme dans les arts appliqués a été particulièrement tardive en Suisse. Leur intégration dans la Société des peintres et sculpteurs suisses fondée en 1865 (connue aujourd’hui sous le nom de Visarte) intervient même après que le suffrage féminin est introduit au niveau fédéral ! Pas étonnant donc que les photographies de Valentine Mallet soient tombées dans l’oubli ou qu’elles aient été attribuées à… des opérateurs masculins. Par sa recherche, Sarah Merlini a toutefois pu montrer l’originalité de la pratique photographique de Valentine Mallet. Ses images se distinguent de la pratique documentaire de son temps, par son intérêt pour les états «intermédiaires» de la ville, bâtiments en cours de démolition mais pas encore remplacés par de nouvelles constructions. Bel hommage.

La Bibliothèque de Genève se félicite de voir les jeunes universitaires entreprendre des travaux sur ses collections. Les conditions pour une médiation de connaissances heureusement renouvelées et actualisées sont alors remplies. Par cette étude, les prises de vue de Valentine Mallet s’inscrivent désormais dans l’espace large de la recherche sur les pratiques amateures et bien évidemment sur la place des femmes photographes dans la société. L’intérêt de l’étude de Sarah Merlini a été reconnu par l’association Lancy d’Autrefois qui a décidé de la publier aux Éditions des Communes réunies et de la rendre accessible à un large public. Elle a servi de base pour le montage de l’accrochage du Couloir des coups d’œil qui sera repris ensuite par l’association dans son Arcade du Vieux Lancy.

Frédéric Sardet
Directeur de la Bibliothèque de Genève

Présentation

Au tournant des XIXe et XXe siècles, de profondes modifications urbaines et sociétales touchent la ville de Genève. Les priorités architecturales tendent vers la reconstruction et l’élargissement du territoire de la cité.

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En réaction à la transformation du paysage urbain, l’intérêt pour le patrimoine et sa protection se développe. Cet élan général de modernisation apporte aussi des progrès dans les techniques de représentation, notamment du matériel photographique dont l’usage facilité augmente le nombre d’amateurs de manière significative. La photographie devient un moyen de préservation d’une mémoire collective, comme en témoigne Eugène Demole et son projet de Musée suisse de photographies documentaires lancé en 1901. 

C’est dans un tel contexte que Valentine Mallet (1862-1949) produit les photographies présentées dans le Couloir des coups d’œil et ici en ligne. Issue d’une famille prospère, propriétaire d’un domaine au Grand-Lancy, elle y demeure toute sa vie et ne se marie pas. Bien que Valentine Mallet n’ait jamais été considérée comme une photographe professionnelle, sa pratique du médium dépasse le simple loisir privé et lui permet d’acquérir certaines formes de reconnaissance. Elle participe à divers concours proposés par des revues de photographie. L’une de ses images est exposée à Paris tandis qu’une autre est publiée par la Revue suisse de photographie en 1906.

Le fonds de Valentine Mallet conservé au Centre d’iconographie de la Bibliothèque de Genève donne un bon aperçu des qualités et compétences de la photographe, notamment grâce à la variété des objets qu’il contient. Il s’agit de plaques de verre négatives, de tirages montés sur carton, d’agrandissements ainsi que d’albums fabriqués par la photographe. L’accrochage présenté propose un parcours à travers sa production et rend compte de la richesse de son œuvre tant sur le plan formel que thématique.

Valentine Mallet pratique la photographie avec une véritable conscience historique. Elle immortalise les anciennes rues de Genève, tantôt désertes et montrées sans artifices, et tantôt noires de monde, parées pour un événement. Elle s’attache à documenter les monuments de la ville ayant survécu aux mutations urbaines tels que la Maison Tavel ou l’ancien Arsenal. Elle capte par son objectif les anciens moyens de transport, comme les charrettes, peu à peu remplacées par les tramways, ou les anciens métiers, comme les lavandières et porteurs d’eau, qui disparurent à mesure que l’eau courante fut installée dans les habitations. Son regard s’est également arrêté sur des sujets moins attendus tels que les démolitions, les anciens passages ou les arrière-cours vétustes, magnifiant ainsi des scènes singulières. Ses connaissances techniques et sa sensibilité évidente pour le médium ajoutent une indéniable dimension artistique à ses photographies documentaires. La composition, la maîtrise des jeux d’ombre et de lumière, la justesse du cadrage, témoignent de la qualité de ses prises de vue et sont à la mesure de son talent de photographe.

Sarah Merlini
Historienne de l’art

Vous souhaitez une visite personnalisée? Suivez le guide!

Le guide de visite de l’accrochage, c’est par ici. Vous y trouverez notamment une bibliographie sur le sujet.