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4 + 1 à La Musicale

C’est reparti pour une nouvelle année musicale. Quatre événements s’égraineront au fil des saisons, avec un bonus sous forme d’accrochage pour entamer le cycle: 4+1 saisons!

Le graphiste Pablo Lavalley ouvre le programme avec son accrochage du 2 octobre au 13 novembre (vernissage le 1er octobre à 19h). Reportée en raison de «ce que vous savez», cette exposition propose 40 de ses affiches représentatives du travail de collaboration avec des institutions culturelles genevoises et romandes ou des festivals régionaux. Un «Jeudi midi de l’affiche» lui est aussi consacré le 15 octobre.

Quant au cabaret Antoine & Charlotte, il lancera les réjouissances musicales le 8 octobre. Une heure de pitreries et sensibleries en textes et chansons autour de l’amour, de la guerre, du panaris, du petit Jésus, de la mort et surtout de la vie!

La Musicale appréciant programmer des artistes qui sont également ses lecteurs et lectrices, elle accueillera ensuite trois ensembles dont les membres sont des habitués de la bibliothèque:

  • 3 décembre: Les Quat’ Saisons du Grupetto: ce quartet tout terrain a composé chaque saison un répertoire original pour fêter la fertilité, la diversité et le chromatisme infini de la vie.

Voici 4+1 raisons de se réjouir!

Viollet-le-Duc à Saint-Pierre

VIOLLET-LE-DUC
À SAINT-PIERRE

Découvrez l’histoire d’un monument majeur de Genève


Au cœur de la Vieille-Ville, la chapelle des Macchabées est l’une des parties les plus emblématiques de la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Élevée au cours des XIVe et XVe siècles, elle est le premier édifice en style gothique flamboyant de Suisse. La chapelle est reléguée durant la Réforme au statut d’entrepôt avant d’être entièrement restaurée au XIXe siècle. Les plans architecturaux et les photographies d’époque, conservées au Centre d’iconographie de la Bibliothèque de Genève, documentent son histoire. Sur ces images, on y découvre notamment les plans du plus célèbre des architectes-restaurateurs français Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc.

L’accrochage “Viollet-le-Duc à Genève” est visible dans le Couloir des coups d’œil de la Bibliothèque de Genève du 15 juin au 12 septembre 2020 et ci-dessous dès maintenant.

Organisation : Bibliothèque de Genève
Commissaire : Nicolas Schaetti

Lire l'introduction

L’histoire genevoise du XIXe siècle est mouvementée. Sous domination française de 1798 à 1813, la ville expérimente les institutions de la France révolutionnaire puis celles de l’Empire napoléonien. En 1814-1815, Genève s’émancipe de la France en devenant canton suisse. Le régime réactionnaire qui se met en place sous la Restauration est renversé par deux révolutions, coup sur coup en 1841 et 1846. La nouvelle constitution adoptée en 1847 ne met d’ailleurs pas fin aux antagonismes, en particulier dans le domaine des cultes. La crise religieuse qui éclate avec la guerre du Sonderbund et culmine en 1873 au moment du « Kulturkampf » ne s’apaise qu’après l’adoption, en 1907, de la loi de séparation de l’Église et de l’État toujours en vigueur aujourd’hui.

La manière dont les autorités, durant cette période, ont géré les lieux de culte hérités du passé est particulièrement emblématique de cette histoire. Pour comprendre celle-ci, il faut croiser plusieurs facteurs explicatifs capables de prendre en compte les dimensions institutionnelles (la République doit-elle être laïque?), confessionnelles (quelle place accorder aux catholiques romains?), identitaires (Genève est-elle avant tout protestante?), culturelles (comment conserver et restaurer les églises médiévales?) ou encore esthétiques (quelle forme et quel cadre artistique donner au culte?).

De manière générale, les documents conservés par la Bibliothèque de Genève contribuent utilement à l’intelligence de cette époque, notamment pour comprendre les débats intellectuels qui l’ont traversée. Ce sont, toutefois, les archives publiques, du canton et des communes, qui offrent les principales sources permettant d’écrire cette histoire. Dans ce contexte, le fonds Saint-Pierre, conservé au Centre d’iconographie de la Bibliothèque de Genève, fait donc exception. En raison de son importance, il a été donné au Musée du Vieux-Genève, par l’Église protestante qui l’avait reçu de la Ville de Genève, avec les bienscuriaux, au moment de la séparation de l’Église et de l’État.

Ce fonds est une source irremplaçable pour connaître les transformations qui ont affecté le principal lieu de culte genevois entre le milieu du XVIIIe et le début du XXe siècle, un édifice qui a cristallisé les débats comme aucun autre à Genève.

Nous sommes heureux que l’accrochage du Couloir des coups d’oeil permette au public de (re)voir ou simplement de prendre connaissance d’une sélection de ces documents. Nous avons choisi de présenter parmi les plus beaux, ceux qui illustrent la restauration de la chapelle des Macchabées dans les années 1870-1880 qui a vu notamment l’intervention remarquée de l’architecte français, Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc.

Frédéric Sardet
Directeur de la Bibliothèque de Genève

Benedetto Alfieri, Deuxième projet (non retenu) pour la façade de la cathédrale Saint-Pierre de Genève, 1752 [BGE CIG VG 4002/27]

Benedetto Alfieri, Schéma et détails du chaînage métallique du portique de Saint-Pierre, 1752 [BGE CIG VG 4002/24]

Présentation

La chapelle des Macchabées, élevée entre 1397 et 1405 et réhabilitée de 1878 à 1884, est, à double titre, l’une des constructions majeures du patrimoine architectural genevois. Il s’agit du premier édifice en style gothique flamboyant de Suisse et sa restauration a suscité un débat qui marqua profondément l’histoire du patrimoine à Genève. Si les origines du monument ont pu être reconstituées récemment, malgré des archives pour le moins lacunaires, sa transformation au XIXe siècle, à laquelle a pris part le plus célèbre des architectes-restaurateurs français, Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc, est relativement bien documentée.

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C’est au cardinal Jean de Brogny (vers 1342-1426), né près d’Annecy dans le diocèse de Genève, que l’on doit la fondation, à l’extrême fin du XIVe siècle, de la chapelle collégiale Notre-Dame qui prendra en 1460 le nom de Macchabées. Brogny est alors une personnalité éminente, membre de la cour pontificale d’Avignon puis, dès 1417, à Rome, de l’entourage du pape Martin V. Vice-chancelier de l’Église depuis 1391, il préside le concile de Constance entre 1415 et 1417. Sa position hiérarchique explique qu’il ait pu recevoir, en 1397, l’autorisation du pape Benoît XIII d’implanter, à proximité immédiate de la cathédrale de Genève, un bâtiment aussi imposant et obtenir le droit de fonder un chapitre collégial de douze prêtres pour le desservir. Sa très belle carrière ecclésiastique permet aussi de comprendre comment il a pu réunir les moyens financiers exceptionnels nécessités par une telle entreprise.

La chapelle est destinée à abriter son tombeau, dont la création est confiée à l’artiste d’origine bourguignonne Jean Prindale en 1414. L’architecte n’est pas connu, mais il a été identifié par Marcel Grandjean comme étant Colin Thomas de Dinant, un maître d’oeuvre cité à Genève en 1404 qui sera chargé par la suite de la construction de la cathédrale de Carpentras. Brogny fait encore appel à d’autres artistes-artisans de haut niveau, comme le peintre piémontais Giacomo Jaquerio ou le sculpteur Guillaume du Boes.

À la Réforme, une fois la messe abolie par les autorités en août 1535, le statut des Macchabées change radicalement. L’ancienne chapelle n’est pas retenue pour servir de temple au nouveau culte protestant. Le tombeau de Brogny et le mobilier liturgique sont réemployés, détruits ou vendus. L’édifice sert de dépôt puis est aménagé en 1566 pour abriter l’auditoire de théologie de l’Académie, logé probablement dans les combles. En 1670, les autorités augmentent la surface utile en créant un rez-de-chaussée qui sépare la zone de dépôt des parties hautes de la chapelle désormais accessibles par un escalier extérieur, puis, vers 1765, en subdivisant la nef d’un niveau de plancher supplémentaire.

Le nouvel usage masque et, pour une bonne part, détruit les structures architecturales de la chapelle médiévale. Les qualités de celles-ci ne sont redécouvertes que peu avant le milieu du XIXe siècle, à la faveur du nouvel engouement pour l’art du Moyen Âge qui s’est fait jour à l’époque romantique. L’état des Macchabées est préoccupant depuis plusieurs décennies, au point qu’en 1830, on songe à démolir l’ancienne chapelle. Quinze ans plus tard, c’est le Genevois Jean-Daniel Blavignac (1817-1876) qui est chargé d’établir un projet de restauration. Cet architecte joue un rôle pionnier dans la revalorisation du patrimoine architectural médiéval en Suisse dont il est l’un des premiers à entreprendre l’étude systématique. Dans son oeuvre, les références à l’époque gothique, comme à l’immeuble de la Tour (1859-1862), sont nombreuses. Pour Blavignac, il ne fait pas de doute que le travail aux Macchabées passe par une reconstitution de l’état médiéval préparé par une identification préalable des vestiges conservés. Bien que les transformations qu’il envisage pour la chapelle ne seront pas mises en oeuvre, il est le premier à avoir mis en évidence la richesse de ses décors anciens, notamment en retrouvant sous les badigeons de la voûte des peintures murales représentant un concert d’anges musiciens.

Depuis 1847, la constitution genevoise a confié aux municipalités la gestion des lieux de culte. C’est donc à la Ville de Genève qu’il convient d’entreprendre la restauration de la cathédrale. La chute en France du Second Empire amène en Suisse l’architecte de réputation internationale Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc, qui s’est vu condamné à mort par la Commune de Paris en 1871. S’il pourra par la suite retourner en France, il s’établit principalement à Lausanne où il fait construire une maison et où il est chargé de conduire les travaux de restauration de la cathédrale (1872-1879). En mars 1874, les autorités genevoises lui confient la tâche d’établir un projet de restauration pour les Macchabées. Les dessins qu’il propose sont d’une qualité graphique sans commune mesure avec ce qui est produit à Genève à la même époque. Viollet-le-Duc est fidèle au principe qu’il énonce en 1866 dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française, selon lequel « restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné ». Le modèle qu’il a en tête est la Sainte-Chapelle de Paris. Sur cet exemple, il suggère notamment de munir le monument genevois d’une flèche, dont la réalisation aurait donné une importance disproportionnée à la chapelle. Les propositions de Viollet le-Duc, qui éblouissent par leur inventivité, décontenanceront les autorités, de plus en plus hésitantes. L’architecte finit par renoncer de lui-même. La restauration des Macchabées est reprise par l’architecte Claude Camuzat (1848-1924), qui conduit la rénovation de l’extérieur (1878-1882), puis par l’architecte de la Ville, Louis Viollier (1852-1931), lequel, après l’achèvement des travaux intérieurs aux Macchabées (1885-1888), mènera la restauration de la cathédrale dans son ensemble. Saint-Pierre recevra une nouvelle flèche, inaugurée en 1898, qui n’est pas sans rapport avec celle pensée vingt ans plus tôt par Viollet-le-Duc pour la chapelle du cardinal de Brogny.

L’influence de Blavignac et surtout celle de Viollet-le-Duc restent fortement perceptibles dans le résultat final de la restauration, surtout si l’on tient compte que le décor des parties hautes (garde-corps, fronton et gargouilles) a été simplifié en 1939. Si les innovations les plus discutables, du point de vue de la vérité archéologique, ne sont pas retenues, il s’agit d’une reconstruction totale, avec suppression des transformations postérieures au Moyen Âge et réfection plus ou moins libre des structures et décors gothiques. Les éléments originaux ne sont pour la plupart pas conservés sur place, mais déposés et remplacés par des restitutions, notamment les décors peints des voûtes dont l’exécution est confiée au peintre Gustave de Beaumont (1851-1920). Le résultat sera critiqué par les tenants d’une restauration basée sur les données archéologiques, une opinion qui sera dominante dès le tournant des XIXe et XXe siècles.

La chapelle restaurée est affectée au culte, principalement pour les baptêmes et les mariages, le 23 septembre 1888. À certains égards,sa réhabilitation a ouvert à Genève la réflexion sur ce que pourraient être des formes architecturales et artistiques spécifiquement protestantes. La disposition de l’assemblée perpendiculairement à la nef, la place principale conférée à la chaire et l’importance accordée à un mobilier spécifique (bancs, tables de communion), l’omniprésence de symboles héraldiques « nationaux » et la pose d’une série de vitraux aux thèmes évangéliques ou historiques peuvent être considérées comme des réinterprétations du passé ancien à travers l’héritage pro-testant. La fascination du Moyen Âge semble toutefois l’avoir emporté aux Macchabées sur la sobriété qui sied, pensait-on, à un lieu de culte protestant. De ce point de vue aussi, la restauration de la chapelle sera fortement remise en question dans les décennies suivantes. La leçon des Macchabées sera retenue lors de restaurations menées ultérieurement, comme à la cathédrale, à Saint-Gervais ou à la Madeleine. Ce n’est qu’avec le changement progressif du regard porté sur le patrimoine du XIXe siècle et à l’achèvement d’une nouvelle campagne de restauration, entreprise entre 1976 et 1977, que la valeur de ce monument genevois sera véritablement reconnue.

Nicolas Schaetti
Conservateur responsable de l’unité des collections spéciales de la Bibliothèque de Genève

Fred Boissonnas, Gargouille néogothique au sommet d’un contrefort, vers 1900
[BGE CIG FBB P GE 03 11 19]

Cliquez sur la première image pour voir la légende et pour naviguer dans l’accrochage virtuel

Le guide de visite de l’accrochage

Valentine Mallet: l’accrochage depuis votre canapé!

Attachée à sa mission de service public, l’équipe de la Bibliothèque a redoublé d’efforts ces dernières semaines pour dénicher les plus belles perles de ses collections, valoriser les ressources numériques accessibles à distance et informer sur le plan mis en place pendant le confinement pour assurer la continuité des missions institutionnelles.

Pour compléter cette panoplie, nous mettons aujourd’hui en ligne l’intégralité de l’accrochage Genève dans l’objectif de Valentine Mallet, exposé dans le Couloir des coups d’œil depuis février dernier. Les photographies de Valentine Mallet ont connu un fort succès aux Bastions, attirant un public nombreux avant que la pandémie ne lui coupe l’herbe sous le pied. Grâce à cet accrochage virtuel, ces images inédites retrouvent la visibilité qu’elles méritent. N’hésitez donc pas à faire partager ce lien à vos proches!

Plongez sans attendre dans la Genève de la “Belle Epoque!” (Cliquez sur la première image pour lancer le diaporama avec les légendes).

Organisation: Bibliothèque de Genève, en partenariat avec l’association Lancy d’Autrefois
Commissaires: Sarah Merlini et Nicolas Schaetti

Introduction

Il faut le souligner sans rougir : en Suisse, les femmes actives dans la photographie au début du XXe siècle restent hors du champ cadré par les hommes. Pourtant, à la Belle Époque, les femmes photographes de talent ne manquent pas à Genève.

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Depuis son apparition en 1839, le médium s’est considérablement développé dans la ville et ses environs. De nouveaux appareils et une simplification des procédés de mise en œuvre ont facilité l’accès à sa pratique. Professionnels et amateurs sont réunis au sein de la Société genevoise de photographie qui veut promouvoir la diffusion de la technique. Fondée en 1881, cette société finit par ouvrir ses portes aux femmes, en 1890, grâce à la détermination de certaines d’entre elles. On comptait 13 femmes membres pour 112 sociétaires en 1892. Peu connue, peu valorisée, l’histoire de ces femmes photographes reste à écrire. C’est donc une étude importante que celle menée par Sarah Merlini, historienne de l’art, sur une femme photographe amateure, originaire de Lancy et active à Genève au tournant des XIXe et XXe siècles: Valentine Mallet.

Dans le même ordre d’idées, les affiches de la Société suisse des femmes peintres, sculpteurs et décorateurs, montrées dans l’accrochage de la Bibliothèque de Genève, sont là pour rappeler que la reconnaissance du talent des femmes dans les beaux-arts comme dans les arts appliqués a été particulièrement tardive en Suisse. Leur intégration dans la Société des peintres et sculpteurs suisses fondée en 1865 (connue aujourd’hui sous le nom de Visarte) intervient même après que le suffrage féminin est introduit au niveau fédéral ! Pas étonnant donc que les photographies de Valentine Mallet soient tombées dans l’oubli ou qu’elles aient été attribuées à… des opérateurs masculins. Par sa recherche, Sarah Merlini a toutefois pu montrer l’originalité de la pratique photographique de Valentine Mallet. Ses images se distinguent de la pratique documentaire de son temps, par son intérêt pour les états «intermédiaires» de la ville, bâtiments en cours de démolition mais pas encore remplacés par de nouvelles constructions. Bel hommage.

La Bibliothèque de Genève se félicite de voir les jeunes universitaires entreprendre des travaux sur ses collections. Les conditions pour une médiation de connaissances heureusement renouvelées et actualisées sont alors remplies. Par cette étude, les prises de vue de Valentine Mallet s’inscrivent désormais dans l’espace large de la recherche sur les pratiques amateures et bien évidemment sur la place des femmes photographes dans la société. L’intérêt de l’étude de Sarah Merlini a été reconnu par l’association Lancy d’Autrefois qui a décidé de la publier aux Éditions des Communes réunies et de la rendre accessible à un large public. Elle a servi de base pour le montage de l’accrochage du Couloir des coups d’œil qui sera repris ensuite par l’association dans son Arcade du Vieux Lancy.

Frédéric Sardet
Directeur de la Bibliothèque de Genève

Présentation

Au tournant des XIXe et XXe siècles, de profondes modifications urbaines et sociétales touchent la ville de Genève. Les priorités architecturales tendent vers la reconstruction et l’élargissement du territoire de la cité.

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En réaction à la transformation du paysage urbain, l’intérêt pour le patrimoine et sa protection se développe. Cet élan général de modernisation apporte aussi des progrès dans les techniques de représentation, notamment du matériel photographique dont l’usage facilité augmente le nombre d’amateurs de manière significative. La photographie devient un moyen de préservation d’une mémoire collective, comme en témoigne Eugène Demole et son projet de Musée suisse de photographies documentaires lancé en 1901. 

C’est dans un tel contexte que Valentine Mallet (1862-1949) produit les photographies présentées dans le Couloir des coups d’œil et ici en ligne. Issue d’une famille prospère, propriétaire d’un domaine au Grand-Lancy, elle y demeure toute sa vie et ne se marie pas. Bien que Valentine Mallet n’ait jamais été considérée comme une photographe professionnelle, sa pratique du médium dépasse le simple loisir privé et lui permet d’acquérir certaines formes de reconnaissance. Elle participe à divers concours proposés par des revues de photographie. L’une de ses images est exposée à Paris tandis qu’une autre est publiée par la Revue suisse de photographie en 1906.

Le fonds de Valentine Mallet conservé au Centre d’iconographie de la Bibliothèque de Genève donne un bon aperçu des qualités et compétences de la photographe, notamment grâce à la variété des objets qu’il contient. Il s’agit de plaques de verre négatives, de tirages montés sur carton, d’agrandissements ainsi que d’albums fabriqués par la photographe. L’accrochage présenté propose un parcours à travers sa production et rend compte de la richesse de son œuvre tant sur le plan formel que thématique.

Valentine Mallet pratique la photographie avec une véritable conscience historique. Elle immortalise les anciennes rues de Genève, tantôt désertes et montrées sans artifices, et tantôt noires de monde, parées pour un événement. Elle s’attache à documenter les monuments de la ville ayant survécu aux mutations urbaines tels que la Maison Tavel ou l’ancien Arsenal. Elle capte par son objectif les anciens moyens de transport, comme les charrettes, peu à peu remplacées par les tramways, ou les anciens métiers, comme les lavandières et porteurs d’eau, qui disparurent à mesure que l’eau courante fut installée dans les habitations. Son regard s’est également arrêté sur des sujets moins attendus tels que les démolitions, les anciens passages ou les arrière-cours vétustes, magnifiant ainsi des scènes singulières. Ses connaissances techniques et sa sensibilité évidente pour le médium ajoutent une indéniable dimension artistique à ses photographies documentaires. La composition, la maîtrise des jeux d’ombre et de lumière, la justesse du cadrage, témoignent de la qualité de ses prises de vue et sont à la mesure de son talent de photographe.

Sarah Merlini
Historienne de l’art

Vous souhaitez une visite personnalisée? Suivez le guide!

Le guide de visite de l’accrochage, c’est par ici. Vous y trouverez notamment une bibliographie sur le sujet.

Le Jeudi midi de l’affiche vous a-t-il manqué?

Peut-être aviez-vous noté dans votre agenda, le rendez-vous du jeudi midi consacré aux affiches en mars à la Bibliothèque. C’était au tour de Cédric Marendaz de nous parler de son travail de graphiste. Des affiches qui évoquent de belles saisons passées au Théâtre du Grütli, des événements aux Bains des Pâquis ou encore le Cénovis !

Vous pouvez retrouver les affiches de Cédric Marendaz au Catalogue collectif suisse des affiches (CCSA) afin de découvrir la diversité des sujets qu’il aborde.

D’autres catalogues proposent des collections d’affiches. En Suisse, le Museum für Gestaltung de Zurich possède un catalogue où vous pouvez découvrir les affiches depuis chez vous. C’est l’une des plus grandes collections au monde, conservant ce support fragile.

Ailleurs, la porte d’entrée numérique Gallica permet de découvrir celles que la Bibliothèque nationale de France conserve ; la recherche peut se faire par auteur-e ou par sujet. Ou encore, à Vienne, le Musée d’arts appliqués (MAK) propose, lui aussi, ses collections en ligne.

Enfin, lorsque nous rouvrirons nos portes, venez emprunter l’un des nombreux ouvrages consacrés aux affiches.

La bande dessinée a attiré du monde: retour en images et vidéos

Les différents rendez-vous dans le cadre du programme “La bande dessinée, une invention genevoise?” ont attiré un public curieux que ce soit lors des visites guidées avec les commissaires, lors des visites scolaires ou librement pendant les événements publics. Le lifting du Couloir des coups d’oeil aux couleurs de Nikita Mandryka a surpris les visiteurs et visiteuses jusqu’au 18 janvier 2020.
Revivez en images quelques temps forts de ce programme dans le cadre du cycle des Trésors de la Bibliothèque de Genève.

Photographies : Bibliothèque de Genève / Stéphane Pecorini et Matthias Thomann

La soirée table ronde du 28 novembre qui regroupait Zep et les spécialistes de la bande dessinée a passionné 140 personnes dans l’Espace Ami Lullin. Les vidéos des conférences sont dès maintenant visionnables sur le compte Youtube de la Bibliothèque. Découvrez ci-dessous l’introduction du directeur de la Bibliothèque et du magistrat en charge de la culture et du sport de la Ville de Genève.

Retour sur les panoramas à Genève en 1900

Vers 1900, Genève abrite plusieurs panoramas. À l’exposition nationale suisse de 1896, un panorama alpestre de près de 2000 mètres carrés, œuvre d’Auguste Baud-Bovy, d’Eugène Burnand et de Francis Furet, est offert à l’admiration des visiteurs du Village suisse. Le Panorama international, situé dans les rues basses, se spécialise dans la présentation de paysages du monde entier. L’Alpineum est un diorama qui présente les vues de Suisse centrale et de Berne peints par Ernst Hodel de Lucerne. Son propriétaire, le photographe Andreossi, ayant compris l’importance du cinéma dont il avait pu voir les premières projections à l’exposition nationale, y montre aussi, dès 1895, des films, ce qui fait de l’Alpineum la plus ancienne salle de Suisse dédiée au 7ème art.

En 1877, l’entrepreneur genevois Charles Henneberg fait appel à l’architecte Jacques-Elysée Goss pour la création d’une rotonde de panorama. C’est le peintre Edouard Castres qui est chargé, avec l’aide d’autres artistes dont Ferdinand Hodler, d’exécuter la peinture consacrée à «L’arrivée des troupes du général Bourbaki aux Verrières en 1871». Ce spectacle restera ouvert au public de 1881 à 1889. Cette année-là, la toile de Castres est transférée à Lucerne où elle peut toujours être admirée et est remplacée à Genève par «Le siège de Belfort en 1871» du peintre français Etienne-Prosper Berne-Bellecour.

Charles Henneberg décide en 1897 de déplacer son panorama à la Jonction. C’est à cet endroit que sera montré, à partir du 1er janvier 1899, le panorama de la bataille de Morat. L’ère des panoramas touche cependant à sa fin. Dix ans plus tard, la rotonde de la Jonction est démantelée. Sa porte à fronton servira longtemps d’enseigne à la poste du quartier. En 1992, elle est finalement déplacée à la rue Necker où elle fait figure de décor urbain. Le spectacle, toujours…

Adolphe Gampert, Le panorama de Plainpalais, 1882, Bibliothèque de Genève CIG VG 2755
Oscar Messerli, Plan de l’emprise au sol du panorama de la Jonction, 1911, Bibliothèque de Genève, CIG 2015-071 REC E 08 13 01
Ch. Joos et J. van Daele, M. Molly (retouches), Vue générale du quartier de la Jonction avec à l’avant-plan, la rotonde du panorama en cours de démolition; l’image a été retouchée pour mettre en évidence l’explosion de l’usine à gaz du 23 août 1909 (La Patrie Suisse, 1er septembre 1909, p. 216), inv. Bibliothèque de Genève CIG RVG N13x18 17044
Roger Gottraux, La poste au rond-point de la Jonction, 14 septembre 1971, inv. Bibliothèque de Genève CIG VG T24x36 00741
Stéphane Pecorini, Fontaine et porte de l’ancien panorama de Plainpalais fermant la rue Necker, 2014, fichier numérique, inv. Bibliothèque de Genève CIG FBB 2015-035 NUM 03 0253
Edouard Jeanmaire, Panorama de Lucerne, Passage de l’armée française aux Verrières – Suisses, 1890, Bibliothèque de Genève Ca 1043
Edouard Jeanmaire, Panorama Genève Boulevard de Plainpalais. Le siège de Belfort, 1890, Bibliothèque de Genève, Ca 236
Réouverture du panorama Genève Fusterie, 7, Entresol Les Pyrénées et Lourdes, Genève, 1895, Bibliothèque de Genève Ca 424
Duc lithographe, extrait du plan de l’exposition nationale de 1896, avec situation du Panorama des Alpes bernoises aménagée dans la « montagne » du Village Suisse aux Vernets, Bibliothèque de Genève, inv. CIG rec est 0398 f 018
Auguste Magnin, Projet pour le pavillon du « Relief de Genève en 1850 » à exposition nationale suisse, vers 1893, Bibliothèque de Genève CIG vgm 015 01