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Memoriav: 25 ans au service de l’audiovisuel helvétique

Alors que l’on célèbre cette année les 25 ans de sa création, Memoriav dédie la dernière édition de son bulletin à cet anniversaire. L’association, dont la mission consiste à sauvegarder et valoriser le patrimoine audiovisuel suisse, revisite à cette occasion un quart de siècle d’actions diverses en faveur de notre mémoire audiovisuelle. Si les moyens techniques, les pratiques et les modes de consommation en la matière ont fortement évolué depuis 1995 – jusqu’à en être totalement bouleversés – la réussite de cet organisme unique en Suisse tient à sa capacité à fédérer archives, musées et bibliothèques, mais aussi services administratifs, secteur privé et chaînes de télévision autour de projets de restauration et de valorisation complexes et pérennes. Ainsi, en 25 ans, ce sont plus d’un million d’images, tirages, films, fichiers, courts ou longs métrages, photos, bobines, plaques, négatifs, positifs, et autres daguerréotypes qui ont été sauvegardés et mis en valeur.

Parmi les projets récents auxquels la Bibliothèque de Genève a été associée, citons premièrement la préservation, puis la mise en valeur du fonds photographique de l’usine Gardy, que le Collège du travail  – fondation genevoise dont le but est de conserver et de mettre en valeur la mémoire du monde ouvrier – a donné à notre institution en 2019. Celles et ceux qui y ont assisté se souviennent de l’exposition puis de la rencontre stimulante et émouvante entre spécialistes du patrimoine et de la photographie et anciens ouvriers et descendant-e-s d’ouvriers organisée à la Bibliothèque pour célébrer ce travail de préservation. Voici quelque unes de ces photographies visibles sur notre chaîne youtube:

Autre projet de conservation important réalisé par la Bibliothèque en partenariat avec Memoriav , la préservation et mise en valeur des daguerréotypes de Jean-Gabriel Eynard, dont l’important travail de restauration a abouti à la publication cet été d’un innovant catalogue raisonné numérique, disponible dans le nouvel outil de diffusion du Centre d’iconographie de la Bibliothèque.

Frédéric Sardet, directeur de la Bibliothèque, revient notamment sur ces deux actions en faveur de notre patrimoine dans le bulletin de Memoriav.

20 minutes pour l’éternité

La Bibliothèque de Genève est en charge du Dépôt légal depuis 1539. Dans ce cadre légal, nous recueillons la presse genevoise. Qu’il s’agisse de la Tribune de Genève, du Courrier ou du GHI, nous accueillons et réservons le plus grand soin à ces journaux locaux qui sont un témoignage exceptionnel et irremplaçable sur notre activité sociale, scientifique, culturelle, politique, artistique, éducative ou économique. Ainsi dans des dizaines d’années, ces documents deviendront des sources illustrant un mode de vie passé.

A l’instar des autres quotidiens, le 20 minutes que vous lisez gratuitement dans le tram, dont vous griffonnez les mots-fléchés est considéré chez nous comme un fonds patrimonial.

Le papier journal est un papier dont la durée de vie est très limitée et qui s’altère rapidement. La reliure est un moyen de conservation préventive efficace contre les chocs, la poussière ou les déformations et prodigue une barrière contre les polluants extérieurs.

Chaque année, nous faisons relier par des prestataires genevois près de 3000 volumes dont 300 pour Dépôt légal.

Les numéros du 20 minutes ne font pas exception et sont reliés en employant des matériaux de conservation (toile, papier, carton) et des techniques spécifiques à la conservation à long terme. Tous les fascicules sont cousus un à un, manuellement et sans colle afin de ne pas créer d’interaction chimique avec le papier journal. Chaque volume est recouvert d’une toile neutre sans colorant et est doré à l’or véritable.

Si vous passez chez nous et que vous avez raté une info genevoise ou votre horoscope du jour, n’hésitez pas à venir consulter un de nos 3900 numéros du 20 minutes!

Lecture estivale (5)

Cette rubrique va se terminer cet été par Le cœur de l’Angleterre de Jonathan Coe, sorti l’automne dernier. Cet écrivain ne pouvait pas ne pas figurer dans les lectures estivales. Ecrivain et musicien, la musique est toujours présente dans ses romans, comme elle est présente nulle part ailleurs qu’en Grande-Bretagne. C’est le cas pour ce douzième opus. Il s’en explique dans l’interview qu’il accorde à la revue Magic. Si vous connaissez l’auteur, vous savez qu’il aime à l’aide de ses personnages faire le portrait de son pays, même si cette fois dans cette dernière décennie, il ne le comprend plus.

Petit morceau d’anthologie de la première partie de ce roman intitulé La Joyeuse Angleterre. Nous sommes le 27 juillet 2012, tous les personnages sont assis devant leur télévision, devant la Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Tous, sauf un.

«Benjamin [Benjamin Potter, l’alter ego de l’auteur] était seul au moulin, assis à son bureau, il faisait des coupures et des révisions dans son roman tout en écoutant un quatuor à cordes d’Arthur Honegger […]. Lorsque la musique de la partie suivante débuta, Philipp n’en crut pas ses oreilles. Il la reconnut tout de suite, cette phrase unique, hypnotique, avec sa curieuse mesure: c’était une musique qu’il avait écoutée des centaines, des milliers de fois, qu’il aimait de tout son cœur, d’une passion qu’il avait dû tenir secrète pendant près de quatre décennies sous la pression de ses camarades qui lui avaient donné le sentiment qu’aimer cette musique revenait à se déclarer ringard ou tout au moins en décalage total avec la mode. Et voilà qu’elle se faisait entendre, diffusée dans le monde entier, présentée comme le nec plus ultra de la culture britannique. Le temps lui donnait raison! Enfin! «Mike Oldfield, s’écria-t-il en renversant du riz sur tout le tapis. C’est Mike Oldfield! C’est «Tubular Bells»!»

Il prit son portable et se précipita dans un coin plus tranquille de la pièce pour appeler Benjamin. Quand celui-ci lui répondit, il entendit de la musique en arrière-plan; cependant ce n’était pas «Tubular Bells», elle avait quelque chose d’angoissé, de discordant. Un quatuor à cordes, semblait-il.

«Tu ne regardes pas?

  • Regarde pas quoi?
  • La cérémonie d’ouverture des Jeux.
  • C’est ce soir?
  • Oh bon Dieu ! Allume la télé.
  • Non, pas envie, je travaille ce soir.
  • Ne discute pas, allume tout de suite.»

Benjamin hésita, impressionné par l’urgence dans la voix de Philipp. «Bon, bon d’accord».

Philipp entendit qu’on éteignait le quatuor à cordes et qu’on allumait la télévision. Au bout de quelques secondes, Benjamin s’exclama:

«Oh bon sang, mais c’est Mike Oldfield!

  • Exact. Mike Oldfield. Mike Oldfield!
  • Qu’est-ce qu’il fiche là?
  •  Il joue «Tubular Bells», qu’est-ce que tu dis de ça!
  • Mais pourquoi?

Parce que enfin – enfin – quelqu’un s’est  aperçu de son génie. C’est un grand compositeur britannique. On a raison depuis le début!» Benjamin entendait le sourire de triomphe de son ami dans sa voix. «Bon je te laisse. Continue à regarder, c’est incroyable.»

Benjamin posa le téléphone sur le bras du canapé et jeta un coup d’œil à l’étrange scène qui se déroulait sur l’écran.» [pp.174, 179-180]

Mike Oldfield est aussi présent à La Musicale avec la version de Tubular Bells de 1992.

Retrouvez les précédents billets de cette rubrique d’été:

Lecture estivale (1)

Lecture estivale (2)

Lecture estivale (3)

Lecture estivale (4)

Fonds Dany Gignoux (6): Documentation et création d’un article sur Wikipédia pour Dany Gignoux

Pour informer le public des nouvelles ressources acquises, la Bibliothèque possède des outils de diffusion et d’information comme ses catalogues, ses collections d’images en ligne, son site Internet avec ses rubriques, ses personnalités numériques

Les pages dans la base de données «Bibliothèque de Genève Collections iconographiques » relatives à Dany Gignoux

Mais il existe des moyens supplémentaires pour valoriser les fonds et les faire connaître au monde entier. Au lieu d’uniquement les signaler sur son propre site ou dans son réseau, il convient aussi de les placer sur d’autres plateformes Internet afin de toucher des publics venant d’autres horizons. Comme les recherches dans Internet renvoient souvent à l’encyclopédie Wikipédia, pourquoi ne pas s’assurer que la personnalité genevoise y figure, ici la photographe Dany Gignoux?

Si un article Wikipédia sur la personnalité existe déjà, on peut le compléter avec des informations. S’il n’existe pas, on peut le créer entièrement. En effet, pour décrire les Genevois-es, il incombe aussi aux institutions patrimoniales locales, comme la Bibliothèque, de le faire afin de garantir la justesse des informations publiées. Il est aisé de comprendre qu’en raison de ses missions d’acquisition et de conservation, la Bibliothèque est l’institution qui a accès au plus grand nombre de documents et renseignements pertinents sur lesdites personnalités locales.

La notice Wikipédia pour Dany Gignoux a donc été créée et mise en ligne par la Bibliothèque de Genève, ainsi que celles de bien d’autres photographes genevois-es.

Fonds Dany Gignoux (1): histoire de l’arrivée d’un grand fonds de photographies au Centre d’iconographie

Fonds Dany Gignoux (2): pourquoi ce fonds arrive-t-il à la Bibliothèque de Genève?

Fonds Dany Gignoux (3): les travaux préparatoires et le déménagement au Centre d’iconographie

Fonds Dany Gignoux (4): le traitement physique des fonds photos pour une conservation optimale

Fonds Dany Gignoux (5): le traitement physique des fonds photos pour une conservation optimale

Lecture estivale (4)

Mathilde, Werner et Nelly, les trois protagonistes (image tirée de la captation de la pièce)

Il leur proposa Schubert.

Les Lieder. Un par jour. Tous les jours. Il déciderait du choix.

Ce serait à dix-sept heures précises, sans exception. Il fallait organiser un piano dans une salle adjacente avec une bonne température, un bon plancher et un accordeur. Elles pourraient répéter en début d’après-midi. L’ordonnance fournirait l’eau sucrée tiède, les partitions, un lutrin, une lime à ongles et un métronome. Tant que la qualité de l’exécution resterait convenable, elles n’auraient plus l’obligation de tresser à l’usine. Elles seraient mieux nourries et pourraient prendre un bain. Un tous les deux jours, alternativement. Le savon serait fourni. Il y aurait même des fleurs.

En complément de l’exécution musicale, Madame Aubry devra écrire des textes. Des textes qui devraient être inspirés par le Lied du jour avec cette obligation d’être divertissants, captivants et inciter à l’élévation de l’âme.

Chemin Venel, p. 187, Ed. de L’Aire, 2009


Martine Chevalier en écrivant Chemin Venel lève un pan de son histoire personnelle. Fille de la cantatrice genevoise Nelly Aubry, elle va s’inspirer de cette figure maternelle pour écrire son roman. Comme elle le raconte dans le programme de soirée du Grand Théâtre «toute mon enfance a été bercée par les récits mystérieux et fascinants que ma mère égrenait sur son art vocal et les affres émotionnelles qui, forcément, en découlaient […]. A ces moments, elle parlait toute seule, invectivait des partitions qui ne livraient pas assez vite leurs clés, prenait à partie le compositeur, enlevait et remettait ses petites lunettes rondes pour mieux cerner l’acrobatie vocale que demandaient les notes sur la portée» (in: Tant qu’il y aura des âmes, p. 15).

La cantatrice Nelly Aubry s’engage durant la guerre pour soutenir l’armée dans un projet patriotique. Ce sera La cité sur la montagne. Ensuite, la fiction prend le relais sur la réalité. La Nelly du roman et sa pianiste Marcelle Nemsky, sous l’influence de cette dernière, se produisent à l’étranger, en Allemagne, puis à Budapest où elles sont arrêtées pour être conduites dans un camp de travail, à Rechlin. Là, où la musique devient “protectrice” d’un plus mauvais sort encore… 

Si Nelly Aubry s’est produite maintes fois à Genève, notamment lors des concerts d’été organisés au kiosque du Jardin Anglais début des années trente, la Nelly de fiction est montée sur les planches du Grand Théâtre de Genève en 2009. L’adaptation dramatique du regretté François Dupeyron a pour titre Conversations à Rechlin. La bibliothèque dispose d’une présentation de l’œuvre réalisée par l’équipe du Grand Théâtre ainsi que de nombreux recueils des Lieder de Schubert.

cop. Magali Dougados, GTG

Retrouvez les précédents billets de cette rubrique d’été:

Lecture estivale (1)

Lecture estivale (2)

Lecture estivale (3)

Un souffle s’éleva

Le Parc Barton après le 13 août dernier

A l’heure où les pompiers et les employés du SEVE constatent les dégâts causés jeudi 13 août dernier par l’orage, notamment au Parc Barton sur la rive droite, peut-être avez-vous employé le terme de « déluge » pour qualifier cette fin de journée tempétueuse.

Dans nos collections, un document unique est lié au Consul britannique Daniel F. P. Barton. Si ce mécène est connu pour avoir fait construire le Victoria Hall pour l’Harmonie nautique en 1894, pour l’avoir offert dix ans plus tard à la Ville de Genève, il est également lié au Déluge de Camille Saint-Saëns.

En effet, dans le contexte du nouveau Théâtre de Genève construit en 1879, une série de concerts d’abonnement est créé sous l’impulsion de Hugo de Senger. Ces concerts bénéficient de la générosité de Daniel F. P. Barton qui fait également partie du comité. En novembre 1884, la saison débute par le Festival Camille Saint-Saëns. En seconde partie est joué le Déluge dont la direction est confiée au compositeur lui-même. Le critique musical de l’époque dira dans son article : «  Il y a des pages très remarquables, en particulier la scène de l’inondation… ».

En souvenir de cette soirée, le compositeur offre le manuscrit de sa partition au mécène britannique. En 1908, Madame Barton en fait don au Grand Théâtre. On peut lire dans le registre de l’époque : « Madame Veuve Daniel Barton en a fait cadeau à la Ville de Genève (en 1908) qui l’a déposée à la bibliothèque du théâtre ». Et c’est par ce biais que le manuscrit fait partie aujourd’hui de nos collections. Le manuscrit de la réduction piano-chant du Déluge est conservé à la BNF et est consultable sur Gallica.

Détail du manuscrit de Saint-Saëns, BMU RA 830

Plusieurs partitions récentes du Déluge peuvent s’emprunter à la bibliothèque afin de découvrir ou  faire découvrir cette œuvre peu présente au répertoire.