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Lecture estivale (1)

Cette rubrique estivale vous accompagnera tout l’été. Elle vise à donner quelques pistes de lecture où la musique est présente, sans en être le sujet principal.

Pour commencer cette rubrique, ni le soleil ardent, ni un pays lointain ne seront évoqués. Le voyage proposé sera celui de chambres successives à l’intérieur de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière où Philippe Lançon, journaliste à Libération et chroniqueur à Charlie Hebdo, séjourne après avoir survécu à l’attentat de janvier 2015. Le Lambeau, terminé en 2018, relate les longs mois qui suivront.

C’est une photo d’Elvin Jones que Philippe Lançon
montrait à Cabu juste avant l’attentat [p.72]

Si Philippe Lançon est grand amateur de jazz, ces lignes témoignent du soutien sans mesure que lui a procuré la musique de Jean-Sébastien Bach:

Dans l’après-midi [en février 2015], Gabriel, un ami violoniste, membre du quatuor Thymos, vient jouer dans la chambre la Chaconne de Bach. Je me suis installé dans un fauteuil. Il étale la partition, immense, sur le lit. J’ai prévenu Hossein, le jeune chirurgien de garde le 7 janvier, qui n’est pas encore un ami, mais qui n’est plus seulement un soignant. Il vient écouter. Il en profite pour m’offrir un recueil de poèmes persans, Oasis d’émeraude, de Sorab Sepehri. Des infirmières sont là. Chloé [la chirurgienne] n’a pas pu venir. Gabriel suit la partition en remontant lentement jusqu’à la tête du lit. Les cordes grincent, j’entends sa respiration, son souffle, ses pieds sur le sol. Rien n’est physique comme le violon. Son corps paraît souffrir toute la beauté qu’il répand. Bach résonne presque sauvagement dans le silence de la chambre et du service. Je me mets à saliver sous le pansement. Les nerfs se tendent et se détendent, les cordes du violon grincent. J’ai mal aux mains. Je regarde les pâtés cicatriciels qui les encombrent. Le corps entier est occupé, comme celui du violon, par la difficulté et par la musique. Tous les sentiments, toutes les émotions défilent dans la Chaconne: Gabriel les communique tantôt un par un, tantôt ensemble. Il se bat jusqu’à l’oreiller et finit la main presque paralysée. Pendant quelques minutes, j’ai l’impression que je n’ai survécu que pour être là. pp. 299-300 (Ed. Folio, no 6738)

Je suis restée longtemps suspendue à cette dernière phrase, comme après la dernière note, laissant toute la place au silence! Plus loin, l’auteur insiste: « Bach, dont j’avais chaque jour un peu plus l’impression qu’il m’avait sauvé la vie. »

Pour écouter la Chaconne, non pas avec Gabriel Richard, mais par Nemenja Radulovic, c’est ici.

Addenda pour celles et ceux qui hésiteraient à s’embarrasser d’un sujet si lourd par les beaux jours. L’auteur évoque La nuit des rois, se réfugie dans la Montagne magique et relit À la recherche du temps perdu. On ne se sent à aucun moment voyeur, passant d’une chambre à l’autre de cet immense hôpital (décrit par le menu p. 356 et suivantes). Silence, écriture, regards, c’est par eux que se tissent au fil des mois les liens entre l’auteur et ses visites, ses soignant-e-s et sa chirurgienne.

Rive gauche, rive droite ou d’un livre à l’autre

Fonds GIR, XA 13 / 2590
Satisfaction / Mick Jagger et K. Richard ;
arr. Stuff Combe, Radio-Genève, 1976
illustration du point L du plan

L’été invite au farniente, mais peut également susciter l’envie d’une balade. Les Sentiers culturels de la Ville de Genève proposent des itinéraires par quartiers ainsi que des parcours thématiques.

Celui consacré aux livres permet d’en savoir davantage sur les collections des bibliothèques logées sur les deux rives, avec des arrêts au Musée Voltaire, aux Bastions et à La Musicale. « D’une bibliothèque à l’autre propose [également] de se perdre dans les rues de Genève à travers l’imaginaire d’auteur-e-s pour qui la cité fut le décor de leur fiction. Les extraits reproduits sont autant d’invitations à se rendre dans l’une des bibliothèques de la ville et d’en prolonger la lecture ».

Muni d’un plan, vous voila prêt-e à partir… entre les deux rives:

«Sur le pont du Mont-Blanc, l’on baissait en toute hâte les drapeaux de la Confédération pris de folie dans la bourrasque, et l’élégant jet d’eau couronné d’embruns s’éteignit plus tôt que de coutume. Le Président ne reconnut pas son café habituel sur le quai, car on avait relevé l’auvent de toile verte et fermé les terrasses estivales bordées de fleurs.» Gabriel Garcia Marquez, Bon voyage, Monsieur le Président, in Douze contes vagabonds

La Bibliothèque reste ouverte pendant l’été, consultez les horaires avant de venir nous rendre visite!

Fazil Say, Beethoven… et les femmes de la chanson

Partition annotée de Fazil Say

Depuis une dizaine de jours, la Maison des arts du Grütli est à nouveau accessible. Le personnel de La Musicale a œuvré au mois de mai afin d’accueillir le public en respectant les normes sanitaires en vigueur. Avec quelles partitions repartirez-vous prochainement?

Au mois de mai, les bibliothécaires ont catalogué en télétravail ou sur le site un lot de partitions nouvellement acquises.

Parmi celles-ci, une création de Fazil Say en différentes versions The moving mansion: Hommage à Atatürk dont l’original a été composé pour quintette avec piano, avec une magnifique partie pour clarinette. Fazil Say a double casquette et en tant que pianiste, année anniversaire oblige, a réalisé une intégrale des sonates de Beethoven. La bibliothèque compte aussi de nouvelles éditions de Beethoven pour célébrer ce jubilé dont celle de la grande Sonate pathétique, op. 13.

Créé en octobre 2019

Fazil Say confiait à Classica en février dernier: « J’ai toujours composé à partir de l’ADN musical de mon propre pays. Et je suis convaincu que cela doit être une démarche prioritaire. »

Les femmes de la chanson porte comme sous-titre: Deux cents portraits de 1850 à nos jours: « Richement illustré, cet ouvrage analyse ce qui – dans un parcours ou dans un répertoire – contribue à façonner l’histoire de cet art un peu vite considéré comme « mineur ». Au-delà des chanteuses sous les feux de la rampe, il s’intéresse aussi aux « femmes des coulisses » : auteures, compositrices, directrices de salles, programmatrices des médias… ». Ouvrage qui vient combler une lacune de notre salle de lecture.

Avant de vous déplacer, prenez connaissance de toutes les informations sur les mesures mises en place ici ou prenez contact avec nous. À présent, les collections sont à nouveau accessibles, mais vos réservations restent possible en ligne.

Tacite, Narratologie, Émotions

Le service du prêt a été, quelque temps, délocalisé aux Bastions pour les lecteurs et lectrices de La Musicale… Et le prêt réalisé en partie par les bibliothécaires du Grütli également!

Faire du prêt aux Bastions, une grande première pour moi, bibliothécaire à La Musicale. C’est donc avec mes souvenirs d’étudiante dans l’aile Jura que j’ai traversé le parc. Quand il fallait venir à la BPU (Bibliothèque publique et universitaire, ancien nom de la Bibliothèque de Genève), c’était toujours avec une petite appréhension. En traversant d’une aile à l’autre, on relisait son bulletin de prêt deux fois plutôt qu’une de peur de se faire sermonner s’il manquait une information arrivé au guichet. Bref, ces temps sont révolus, le catalogue Explore permet de faire des recherches minutieuses et le personnel a changé!

Pendant la première phase de réouverture, le prêt a lieu au rez-de-chaussée et non pas à l’étage dans le respect des normes sanitaires en place. Mes souvenirs s’arrêtent donc là. Enfin je le croyais.

Sur le desk, les livres commandés la veille attendent d’être empruntés. En regardant de plus près les piles préparées par la collègue avant mon arrivée, un titre attire mon attention… L’œuvre du temps : Poétique de la discordance narrative de Raphaël Baroni. Et voilà que la narratologie ravive mes souvenirs. Dans les années quatre-vingt, l’analyse du roman passait par la distinction entre récit, histoire et narration avec la « figure » de Gérald Genette. À l’époque, cela m’avait presque éloignée pour un temps de la lecture. Tout à côté de ce petit volume que j’emprunterai bien à mon tour, cinq ou six classiques des éditions Belles-Lettres attendent son étudiant-e. Tacite domine la pile.

Plus loin encore, un des trois volumes consacrés à l’Histoire des émotions qui commence par cette phrase:

Si vous pensez que tout a déjà été dit et fait, alors comment se fait-il que rien n’ait été réglé et résolu? Je vous le demande. (Journal, Kurt Cobain, trad. par Laurence Romance, Paris, oh éditions, p. 211)

Je vous laisse à cette interrogation. Les deux heures aux Bastions m’ont permis de renouer avec le public. Celui de la Faculté des Lettres, mais pas seulement. Tous et toutes content-e-s d’obtenir les ouvrages pour leurs recherches en cours. Je repars ravie de mes découvertes parmi la richesse des collections et reste impatiente d’accueillir à nouveau le public de La Musicale, dès mardi 9 juin.

Obtenir des partitions, c’est à nouveau possible!

Le lieu au Grütli que vous connaissez vivant, animé, coloré reste pour le moment silencieux, le bâtiment de la Maison des arts du Grütli étant fermé au public jusqu’à nouvel avis. Cependant, l’équipe de la bibliothèque travaille pour le prêt délocalisé entre sites, inédit pour une situation exceptionnelle!

La première demande prête à rejoindre les Bastions

Faites votre demande par courrier électronique à l’adresse: bmus@ville-ge.ch ou commandez vos ouvrages directement sur le catalogue RERO Explore Genève selon la procédure. Le billet de blog du 11 mai vous l’explique également avec photos à l’appui. Chaque matin, une navette achemine les documents entre La Musicale et les Bastions pour être réceptionnés par son lecteur ou lectrice à l’heure prévue. Et, la première demande de prêt pour La Musicale dans cette étape no 1 de réouverture est un recueil de chansons de troubadours. La musique médiévale donne donc le ton de la reprise!

La liste de nouvelles acquisitions établie ici à l’heure où le confinement prenait ses marques en mars dernier va vous donner des envies, écrivez-nous pour vous les faire parvenir!