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Après une balade aux Bains des Pâquis et une déambulation virtuelle entre les murs du Musée Rath, nous faisons aujourd’hui connaissance avec la cheville ouvrière de cette grande exposition: Estelle Sohier, commissaire de l’exposition, qui est enseignante et chercheuse à l’Université de Genève.
Au bas de cette interview, nous vous proposons de découvrir des images inédites du montage de l’exposition.

Vous êtes une des commissaires de l’expo au Musée Rath, mais pas seulement. Vous étudiez depuis des années le travail de Fred Boissonnas et avez déjà lancé plusieurs projets de valorisation sur ces images… Pouvez-vous nous raconter les jalons qui ont mené à cette grande exposition? Comment avez-vous découvert les Boissonnas?

Estelle Sohier:
J’ai découvert l’œuvre de Fred Boissonnas quand le prof. Jean-François Staszak m’a proposé de rejoindre son équipe à l’Université de Genève pour étudier ses photographies de voyage. Je ne connaissais alors pas ce photographe, mais j’ai eu le désir d’en savoir plus en voyant le Parthénon après l’orage dans un catalogue de vente. Cette image m’a profondément marquée. Elle porte un regard exceptionnel et sensible sur un vestige archéologique et son inscription dans le paysage.  

À l’Université, nous avons tout de suite décidé de faire une exposition pour partager cette œuvre et nos recherches. Pour y arriver, il aura fallu une décennie, beaucoup de chance et de multiples collaborations : celles des descendants de Fred Boissonnas qui nous ont ouvert généreusement leurs archives ; de Nicolas Schaetti et de l’équipe de la Bibliothèque de Genève à qui le fonds Borel-Boissonnas a été confié en 2012 ; de collaborateurs et collaboratrices suisses, français, grecs, égyptiens, britanniques, qui portaient des regards très différents mais complémentaires sur ces photographies ; puis du Musée d’art et d’histoire, en particulier de Lada Umstätter, Mayte Garcia et Julie Noël, avec qui nous avons conçu l’exposition. 

Pourquoi le Musée Rath pour cette exposition?

Le Musée Rath est un lieu d’exposition unique à Genève. Il est spacieux mais à taille humaine, élégant et chaleureux. Il offre aussi des conditions idéales pour exposer des œuvres fragiles. Son style néoclassique fait écho à la Grèce et à la connexion historique entre les rives de la Méditerranée, qui est le sujet de notre exposition. L’œuvre de Fred Boissonnas y avait déjà été exposée par deux fois, en 1912 et 1981, c’était un prolongement qui nous paraissait évident.

Une exposition sur le même sujet a été organisée il y a une quarantaine d’années au Musée Rath. Qu’est-ce qui a changé depuis et quelles sont les nouveautés qu’offre ce projet d’exposition?

Nicolas Bouvier avait conçu avec le Musée d’art et d’histoire une grande exposition consacrée à la dynastie Boissonnas en 1981. Nous avons bénéficié de cet héritage, mais notre approche est bien entendu très différente à la fois dans le fond et la forme. Au début des années 1980, la photographie n’avait pas encore le statut qu’elle a acquis désormais. Nous attachons aujourd’hui une grande importance à présenter au public des tirages originaux : l’histoire de la photographie n’est pas seulement faite d’images, mais aussi de techniques, de matériaux et de chimie qui rendent les tirages d’époque irremplaçables. La Bibliothèque de Genève a fait un travail considérable pour nettoyer, restaurer et mettre en valeur les œuvres originales.

Quel est votre meilleur souvenir de cette exposition?  

Le montage a été un moment fantastique. Des dizaines de professionnel-le-s du Musée d’art et d’histoire, de la Bibliothèque, mais aussi des studios Onlab (scénographie) et Actinic (pour les tirages, y compris les spectaculaires wallpaper) étaient mobilisé-e-s pour donner naissance au projet. C’était merveilleux de voir tant de spécialistes apporter leur art et leur savoir-faire pour transformer l’espace et y mettre en scène les photographies, au fil d’un parcours conçu comme un voyage.
Ensuite chaque visite collective a été un moment de bonheur, celui de partager des connaissances et de voir le plaisir que ces œuvres et l’expérience des lieux procuraient au public.

L’exposition a été malmenée par la crise du coronavirus. Comment avez-vous vécu ces rebondissements?

L’exposition n’aura duré qu’un mois et demi au lieu de quatre. La première fermeture a été annoncée brutalement le dimanche 1er novembre après-midi, alors que nous passions avec le public un très bon moment dans l’exposition autour des artistes Serval, Kalonji et de la tatoueuse Sandra Baud Pernes qui réinterprétaient les œuvres par le dessin. Cette annonce a été accompagnée d’un moment de flottement dans les salles, c’était surréaliste. On ne savait pas s’il fallait fuir ou profiter des dernières minutes d’ouverture. La deuxième annonce de fermeture, avant Noël, nous a moins surpris, en revanche je n’aurais alors jamais imaginé que l’exposition n’allait jamais rouvrir au public. Nous avions encore tant de visites et d’évènements prévus… c’est cruel.

Est-ce que vous avez déjà en tête d’autres projets autour de ce fonds d’images, conservé au Centre d’iconographie de la Bibliothèque, ou est-ce que vous vous envolez vers d’autres horizons après cette consécration au Musée Rath?

Il est temps pour moi de me tourner vers d’autres sujets, mais j’espère que l’exposition et le livre vont inciter d’autres personnes à se pencher sur le fonds Borel-Boissonnas désormais accessible grâce au travail de classement et de conservation préventive mené au Centre d’iconographie. D’innombrables regards peuvent être posés sur ces 200.000 images! 

Galerie d’images : Bibliothèque de Genève/Stéphane Pecorini  

Montage des wallpapers de l’exposition

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