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Rive gauche, rive droite ou d’un livre à l’autre

Fonds GIR, XA 13 / 2590
Satisfaction / Mick Jagger et K. Richard ;
arr. Stuff Combe, Radio-Genève, 1976
illustration du point L du plan

L’été invite au farniente, mais peut également susciter l’envie d’une balade. Les Sentiers culturels de la Ville de Genève proposent des itinéraires par quartiers ainsi que des parcours thématiques.

Celui consacré aux livres permet d’en savoir davantage sur les collections des bibliothèques logées sur les deux rives, avec des arrêts au Musée Voltaire, aux Bastions et à La Musicale. « D’une bibliothèque à l’autre propose [également] de se perdre dans les rues de Genève à travers l’imaginaire d’auteur-e-s pour qui la cité fut le décor de leur fiction. Les extraits reproduits sont autant d’invitations à se rendre dans l’une des bibliothèques de la ville et d’en prolonger la lecture ».

Muni d’un plan, vous voila prêt-e à partir… entre les deux rives:

«Sur le pont du Mont-Blanc, l’on baissait en toute hâte les drapeaux de la Confédération pris de folie dans la bourrasque, et l’élégant jet d’eau couronné d’embruns s’éteignit plus tôt que de coutume. Le Président ne reconnut pas son café habituel sur le quai, car on avait relevé l’auvent de toile verte et fermé les terrasses estivales bordées de fleurs.» Gabriel Garcia Marquez, Bon voyage, Monsieur le Président, in Douze contes vagabonds

La Bibliothèque reste ouverte pendant l’été, consultez les horaires avant de venir nous rendre visite!

Fazil Say, Beethoven… et les femmes de la chanson

Partition annotée de Fazil Say

Depuis une dizaine de jours, la Maison des arts du Grütli est à nouveau accessible. Le personnel de La Musicale a œuvré au mois de mai afin d’accueillir le public en respectant les normes sanitaires en vigueur. Avec quelles partitions repartirez-vous prochainement?

Au mois de mai, les bibliothécaires ont catalogué en télétravail ou sur le site un lot de partitions nouvellement acquises.

Parmi celles-ci, une création de Fazil Say en différentes versions The moving mansion: Hommage à Atatürk dont l’original a été composé pour quintette avec piano, avec une magnifique partie pour clarinette. Fazil Say a double casquette et en tant que pianiste, année anniversaire oblige, a réalisé une intégrale des sonates de Beethoven. La bibliothèque compte aussi de nouvelles éditions de Beethoven pour célébrer ce jubilé dont celle de la grande Sonate pathétique, op. 13.

Créé en octobre 2019

Fazil Say confiait à Classica en février dernier: « J’ai toujours composé à partir de l’ADN musical de mon propre pays. Et je suis convaincu que cela doit être une démarche prioritaire. »

Les femmes de la chanson porte comme sous-titre: Deux cents portraits de 1850 à nos jours: « Richement illustré, cet ouvrage analyse ce qui – dans un parcours ou dans un répertoire – contribue à façonner l’histoire de cet art un peu vite considéré comme « mineur ». Au-delà des chanteuses sous les feux de la rampe, il s’intéresse aussi aux « femmes des coulisses » : auteures, compositrices, directrices de salles, programmatrices des médias… ». Ouvrage qui vient combler une lacune de notre salle de lecture.

Avant de vous déplacer, prenez connaissance de toutes les informations sur les mesures mises en place ici ou prenez contact avec nous. À présent, les collections sont à nouveau accessibles, mais vos réservations restent possible en ligne.

Tacite, Narratologie, Émotions

Le service du prêt a été, quelque temps, délocalisé aux Bastions pour les lecteurs et lectrices de La Musicale… Et le prêt réalisé en partie par les bibliothécaires du Grütli également!

Faire du prêt aux Bastions, une grande première pour moi, bibliothécaire à La Musicale. C’est donc avec mes souvenirs d’étudiante dans l’aile Jura que j’ai traversé le parc. Quand il fallait venir à la BPU (Bibliothèque publique et universitaire, ancien nom de la Bibliothèque de Genève), c’était toujours avec une petite appréhension. En traversant d’une aile à l’autre, on relisait son bulletin de prêt deux fois plutôt qu’une de peur de se faire sermonner s’il manquait une information arrivé au guichet. Bref, ces temps sont révolus, le catalogue Explore permet de faire des recherches minutieuses et le personnel a changé!

Pendant la première phase de réouverture, le prêt a lieu au rez-de-chaussée et non pas à l’étage dans le respect des normes sanitaires en place. Mes souvenirs s’arrêtent donc là. Enfin je le croyais.

Sur le desk, les livres commandés la veille attendent d’être empruntés. En regardant de plus près les piles préparées par la collègue avant mon arrivée, un titre attire mon attention… L’œuvre du temps : Poétique de la discordance narrative de Raphaël Baroni. Et voilà que la narratologie ravive mes souvenirs. Dans les années quatre-vingt, l’analyse du roman passait par la distinction entre récit, histoire et narration avec la « figure » de Gérald Genette. À l’époque, cela m’avait presque éloignée pour un temps de la lecture. Tout à côté de ce petit volume que j’emprunterai bien à mon tour, cinq ou six classiques des éditions Belles-Lettres attendent son étudiant-e. Tacite domine la pile.

Plus loin encore, un des trois volumes consacrés à l’Histoire des émotions qui commence par cette phrase:

Si vous pensez que tout a déjà été dit et fait, alors comment se fait-il que rien n’ait été réglé et résolu? Je vous le demande. (Journal, Kurt Cobain, trad. par Laurence Romance, Paris, oh éditions, p. 211)

Je vous laisse à cette interrogation. Les deux heures aux Bastions m’ont permis de renouer avec le public. Celui de la Faculté des Lettres, mais pas seulement. Tous et toutes content-e-s d’obtenir les ouvrages pour leurs recherches en cours. Je repars ravie de mes découvertes parmi la richesse des collections et reste impatiente d’accueillir à nouveau le public de La Musicale, dès mardi 9 juin.

Fonds Dany Gignoux (3): les travaux préparatoires et le déménagement au Centre d’iconographie

En novembre 2019, du personnel des secteurs des manuscrits, de la conservation préventive et du Centre d’iconographie se rend à l’atelier de Dany Gignoux pour la préparation du déménagement physique du fonds.  Au préalable, plusieurs visites avaient déjà été organisées pour préparer la gestion matérielle: pré-inventaire du fonds, prise de mesure pour métrages des volumes à déménager, calcul des caisses de transport nécessaires et personnel à mobiliser…

Mise en caisse dans l’atelier de Dany Gignoux
Photo : Bibliothèque de Genève / Stéphane Pecorini

Durant deux jours, l’emballage est pratiqué dans le respect des matériaux et des types d’objets à transporter. Le premier inventaire est rédigé afin de prévoir le stockage des fonds à leur arrivée au Centre d’iconographie. Il tient compte des critères de conservation et de fragilité des supports. Ainsi, les négatifs, les diapositives et les tirages photographiques doivent être rapidement entreposés dans un local au climat contrôlé.

Une autre équipe est mobilisée pour le transport du fonds qui ne représente pas loin de 4 mètres cubes. À l’arrivée au Centre d’iconographie, les caisses sont entreposées dans l’attente de leur traitement.

Arrivée des caisses contenant les fonds au CIG
Photo : Bibliothèque de Genève / Stéphane Pecorini

Retrouvez les autres billets de blog consacrés au fonds Dany Gignoux:

Fonds Dany Gignoux (1): histoire de l’arrivée d’un grand fonds de photographies au Centre d’iconographie

Fonds Dany Gignoux (2): pourquoi ce fonds arrive-t-il à la Bibliothèque de Genève?

Voltaire est mort, vive Voltaire!

Gravure de 1782 de Charles-Etienne Gaucher d’après Moreau le Jeune intitulée « Le Couronnement de Voltaire le 30 mars 1778 après la sixième représentation d’Irène ».

Le 30 mai 1778, Voltaire tire sa révérence du royaume des vivants pour rejoindre celui des immortels. Après un exil de 20 ans à Genève (aux Délices) et à Ferney, malade et âgé de 84 ans, Voltaire revient à Paris en février 1778, pour assister notamment à la création d’Irène, sa dernière œuvre dramaturgique, dont un manuscrit de travail est propriété de la Ville de Genève (CH IMV MS 1-7).

Voltaire assiste ainsi au couronnement, par des lauriers, de son buste à la Comédie-Française, le 30 mars 1778, jour de la sixième représentation. Il le fait depuis les Secondes (balcon au premier plan à gauche) entre Madame Denis et la Marquise de Villette, immortalisé par les burins de Charles-Etienne Gauchier, d’après le dessin de Moreau le Jeune.

En termes contemporains, nous dirions qu’il s’agit du sacre de toute une carrière. Le Mercure de France décrit la scène avec une foule immense d’admirateurs qui se précipitent sur le passage de Voltaire et qui font retentir des applaudissements finis. Le couronnement de son buste marque de surcroît l’histoire de la reconnaissance sociale qui est accordée aux écrivains et aux artistes en général. Cette gravure, présente dans les collections du Musée Voltaire, illustre l’hommage rendu par les comédiens en corps pour celui qui s’est toujours vu comme un homme de théâtre, ce qu’on oublie parfois.

Le 30 mai 1778, alors qu’il rend son dernier souffle c’est une nouvelle vie qui débute pour Voltaire, celle de la diffusion de l’œuvre gigantesque de celui qui compte parmi les hommes les plus illustres du siècle des Lumières.

Éloge du retard

Ce petit livre écrit par la philosophe et psychanalyste Hélène L’Heuillet arrive à point nommé en cette période particulière qui a vu une grande partie de la population être confinée chez elle. Il remet en question la société actuelle basée sur l’urgence en toutes choses. Cette urgence qui conduit à un sentiment d’intensité et de vie bien remplie, sentiment qui finalement est totalement illusoire.

Dans ces conditions, le retard doit être considéré non pas comme un défaut mais une richesse. Savoir attendre permet de ne pas s’engager trop rapidement, de prendre le temps de la réflexion. S’autoriser un retard signifie également prendre un risque personnel, le risque de laisser survenir quelque chose d’inattendu, de laisser une ouverture dans sa vie trop bien planifiée.

À l’heure actuelle où les services reprennent peu à peu à la Bibliothèque de Genève comme ailleurs, le livre d’Hélène L’Heuillet est donc tout à fait actuel. Il nous incite à vivre pleinement mais sans précipitation et nous invite à accueillir avec sérénité  les aléas et les «retards» éventuels qui ponctuent notre quotidien.