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La Bibliothèque a de la suite dans les rayons

La Bibliothèque de la Pléiade (BGE Zs 600) occupe plus de 40 mètres linéaires dans nos rayons
Bibliothèque de Genève/Stéphane Pecorini

Beiträge zur Geschichte des alten Mönchtums und des Benediktinerordens; Textes littéraires français Droz; The Works of Mark Twain; Spicilegium sacrum Lovaniense; Atlas linguistiques de la France par régions; Uitgaven van het Nederlands Historisch-Archaeologisch Instituut te Istanbul; Correspondance générale de Verlaine ou Bibliothèque de la Pléiade, tous ces titres conservés à la Bibliothèque de Genève sont appelés «suites» dans le jargon professionnel.

Les suites sont des publications en série qui se distinguent des périodiques et revues. On y trouve par exemple des éditions d’œuvres complètes ou de correspondance dont la parution s’étale dans le temps, mais aussi les livres publiés dans le cadre d’une collection que la Bibliothèque acquiert systématiquement.

Choisies selon notre politique d’acquisition, ces séries sont essentielles car elles contribuent à structurer nos collections en raison de leur nombre et de la durée de leur publication. Elles assurent de la profondeur et de la longévité à la collection d’imprimés et permettent d’affirmer le caractère de bibliothèque académique et de recherche de la Bibliothèque.

La gestion des suites est un travail complexe et spécialisé. Il faut assurer la veille des nouvelles parutions qui paraissent sans périodicité fixée à l’avance et réclamer au besoin les livraisons non reçues. Chaque volume reçu est inscrit individuellement – bulletiné – avant d’être catalogué et envoyé au rayon.

En 2020, en dépit de la Covid, la Bibliothèque a enregistré 1102 volumes. En un siècle, nous avons ouvert 14462 suites dont 1677 sont toujours en cours de publication.

Les Grimaces du Dépôt légal

Photo: Bibliothèque de Genève/Stéphane Pecorini

Les maisons d’édition qui ont pignon sur rue sont concernées au premier chef par la loi cantonale qui institue le Dépôt légal. Elles fournissent la moitié des livres et brochures qui sont remis chaque année à la Bibliothèque. Certaines maisons d’édition sont très anciennes, comme Georg, déjà active au 19e siècle. D’autres ont quelques années d’existence. Des maisons d’édition apparaissent et disparaissent parfois en quelques mois. Leurs domaines d’activité vont de la haute érudition aux livres pour enfants et s’adressent aussi bien au grand public qu’à un lectorat de niche. Leur nombre et leur diversité dessinent la vaste mosaïque de l’édition professionnelle à Genève.

Parmi les petites maisons genevoises, on peut citer en exemple Grimaces éditions. Créées en 2012 cette officine éditoriale a fourni quelques cinquante publications au dépôt légal genevois. On trouve dans son catalogue des livres, des albums, des leporellos illustrés, des livres audio, des CD et des affiches. Fondées et animées par Paille et Julie Gindre, elles publient plus d’une vingtaine d’auteurs et d’autrices. Grimaces éditions est artistique mais aussi artisanale. À l’enseigne des «Bras manuels», les éditrices assument l’intégralité de la fabrication de leur production, de l’imprimerie, en sérigraphie, typographie ou risographie, jusqu’à la reliure. Les tirages sont limités. Petite maison inventive, Grimaces éditions prend pleinement sa place dans les collections patrimoniales de la Bibliothèque.

Les HUG, éditeur genevois

Photo : Bibliothèque de Genève / Stéphane Pecorini

La loi cantonale genevoise qui institue le Dépôt légal des imprimés prévoit que «tout éditeur établi dans le canton de Genève» soit soumis à l’obligation de remettre à la Bibliothèque de Genève un exemplaire des documents qu’il destine au public. La Bibliothèque en assure le recensement et la conservation pérenne par la constitution de collections de référence.
Les maisons d’édition genevoises contribuent fortement à l’enrichissement de ce patrimoine, mais elles ne sont pas les seules. Toute collectivité publique ou privée qui publie et diffuse un document se voit concernée par le dépôt légal: communes, administrations publiques, associations, partis, églises, entreprises, théâtres, festivals, régies publiques etc.

Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) sont un exemple de ces éditeurs inattendus mais actifs. Les HUG publient chaque année force dépliants et flyers, mais aussi des brochures explicatives sur les prestations de l’institution destinées aux malades et à leurs proches. Ils fournissent aussi des guides pratiques concernant la santé, l’alimentation, les directives anticipées etc.
Certains sont édités en plusieurs langues. D’autres mettent en valeur les activités culturelles proposées par les HUG. Cette documentation constitue un témoignage vivant et durable de ce que fait et ce que représente une grande institution hospitalière au début du 21e siècle. Dans le futur, elle constituera une source documentaire indispensable pour écrire l’histoire des HUG.

L’œuvre de Bernard Reichel au Dépôt légal

Bernard Reichel

Bernard Reichel fut un acteur marquant de la vie musicale genevoise au XXe siècle. Né en 1901 dans le canton de Neuchâtel et décédé à Lutry en 1992, c’est à Genève qu’il fit l’essentiel de sa carrière comme organiste, compositeur et pédagogue. Élève, puis disciple d’Émile Jaques-Dalcroze, il enseigna longtemps à l’Institut Jaques-Dalcroze et fut professeur d’harmonie au Conservatoire de musique. Il fut aussi organiste des temples de Chêne-Bougeries puis des Eaux-Vives. À Genève, il se lie d’amitié avec Frank Martin. Ensemble, ils publièrent en 1936 «Le tombeau de Monsieur Basile ou le triomphe de l’opinion publique: poème héroîque en 93 chants et quelques ritournelles», une bande dessinée humoristique à la manière de Töpffer, rééditée en 2004. Ils y racontent les aventures drolatiques et imaginaires du célèbre critique musical Aloys Mooser.

Les archives du musicien sont déposées à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne mais c’est à Genève que l’Association Bernard Reichel s’est établie pour promouvoir, éditer et diffuser son œuvre. Le catalogue comprend 667 œuvres de musique instrumentale ou vocale. Ce fils de pasteur s’est notamment beaucoup consacré à la musique sacrée. L’Association a entrepris l’édition des œuvres dont elle remet scrupuleusement un exemplaire pour les collections du Dépôt légal. À ce jour 76 partitions ont ainsi été déposées à la Bibliothèque. Quant aux musicien-ne-s désireux de jouer les œuvres de Bernard Reichel, elles et ils pourront les emprunter à La Musicale qui en propose plus de cent.

Sans-tort mais avec modération

Nous buvons davantage durant le confinement, révélait récemment la Tribune de Genève. A la maison, seul, en compagnie ou en «skypéro», nous consommons plus d’alcool. Les spécialistes de la prévention des addictions s’en inquiètent d’ailleurs.

La publicité pour les boissons alcoolisées est très présente dans les collections de la Bibliothèque de Genève: bière, vin, apéritifs et spiritueux, importés ou, comme ici, produits locaux. La maison nyonnaise Vitavin produisait des apéritifs aux plantes, dont le Centaure, réputé sans-tort, car produit à base de plantes alpestres, comme on le lit sur cette affiche de Noël Fontanet de 1937.

FONTANET, Noël (1898-1982). Vitavin S.A. Nyon – Suisse enfin un apéritif sain ! Sans-tort, 1937
Da 1082 Droits réservés

On a revu récemment les affiches politiques de Fontanet, notamment contre le droit de vote des femmes. Fontanet fut sans doute le plus brillant affichiste genevois du milieu du 20e siècle, et aussi –surtout?– un affichiste publicitaire particulièrement fécond. La Bibliothèque conserve de lui 78 affiches de publicités commerciales. On y retrouve les caractéristiques du style de Fontanet: dynamisme du trait, souplesse de la ligne, inventivité des motifs et humour. Fontanet a beaucoup travaillé pour des commanditaires locaux. Ses affiches rappellent des maisons genevoises dont certaines ont aujourd’hui disparu: le tailleur Adler, les limonades Bambi, les ceintures Simba, l’orfèvrerie Boujon, la librairie Prior etc.

Le Centaure est aujourd’hui produit par un viticulteur de Signy et toujours vendu avec une étiquette signée Fontanet. Alors, avec modération, santé!