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Sans-tort mais avec modération

Nous buvons davantage durant le confinement, révélait récemment la Tribune de Genève. A la maison, seul, en compagnie ou en «skypéro», nous consommons plus d’alcool. Les spécialistes de la prévention des addictions s’en inquiètent d’ailleurs.

La publicité pour les boissons alcoolisées est très présente dans les collections de la Bibliothèque de Genève: bière, vin, apéritifs et spiritueux, importés ou, comme ici, produits locaux. La maison nyonnaise Vitavin produisait des apéritifs aux plantes, dont le Centaure, réputé sans-tort, car produit à base de plantes alpestres, comme on le lit sur cette affiche de Noël Fontanet de 1937.

FONTANET, Noël (1898-1982). Vitavin S.A. Nyon – Suisse enfin un apéritif sain ! Sans-tort, 1937
Da 1082 Droits réservés

On a revu récemment les affiches politiques de Fontanet, notamment contre le droit de vote des femmes. Fontanet fut sans doute le plus brillant affichiste genevois du milieu du 20e siècle, et aussi –surtout?– un affichiste publicitaire particulièrement fécond. La Bibliothèque conserve de lui 78 affiches de publicités commerciales. On y retrouve les caractéristiques du style de Fontanet: dynamisme du trait, souplesse de la ligne, inventivité des motifs et humour. Fontanet a beaucoup travaillé pour des commanditaires locaux. Ses affiches rappellent des maisons genevoises dont certaines ont aujourd’hui disparu: le tailleur Adler, les limonades Bambi, les ceintures Simba, l’orfèvrerie Boujon, la librairie Prior etc.

Le Centaure est aujourd’hui produit par un viticulteur de Signy et toujours vendu avec une étiquette signée Fontanet. Alors, avec modération, santé!

Qui se confine cuisine!

Nous voici donc claquemurés chez nous. Entre le télétravail, les devoirs scolaires et les séries télévisées, les obligations ménagères tentent de trouver une place. Restaurants et cantines sont fermés, il faut donc cuisiner pour soi et pour la famille. C’est une corvée pour les un-e-s, mais pour d’autres c’est Le Rêve… pour autant que l’on soit équipé d’une bonne cuisinière, évidemment! Une cuisinière comme celle dont rêve le replet cuisinier que nous montre Edouard Elzingre  en 1925.

Edouard Elzingre, Le Rêve, Genève, Sonor SA, 1925, SGA 115.37, droits réservés.

La fabrique de fourneaux et cuisinières Le Rêve était établie le long de la route des Acacias. De 1905 à 1970, à bois, à gaz ou électrique, la cuisinière Le Rêve équipa de très nombreux foyers romands et, a fortiori, genevois. Dans bien des familles, Le Rêve avait sa place dans la cuisine, nous en avons été personnellement témoins. Réputées pour leur robustesse, il n’est pas exclu que certaines fonctionnent encore, cinquante ans après la cessation de la production.

Né à Neuchâtel et établi à Genève, Edouard Elzingre (1880-1966) fut un des grands illustrateurs romands. La Bibliothèque conserve de lui plus de soixante affiches publicitaires, politiques, sociales ou événementielles. Il fut pendant plusieurs années l’affichiste attitré du Concours hippique international. Son travail d’illustrateur est aussi considérable, notamment sur des sujets historiques comme l’Escalade et la Restauration que ses dessins rendirent familiers à nombre de jeunes lecteurs et lectrices.

Des œufs comme il y a 206 ans

À Pâques, les œufs, on les teint, on les décore, on les cache, on les chasse, on les trouve, on les croque, on les roule, on les bat, on les monte, on les cuit, on les écale, on les apprête et on les mange. L’œuf est un symbole de vie et de renouveau dans de nombreuses traditions. En cuisine, il entre dans d’innombrables préparations et s’accommode de mille et une manières.

La Cuisinière genevoise, enseignant les manières de préparer toutes sortes de viandes, de volailles, de gibiers, de poisson, de légumes, de fruits, etc. est un ouvrage classique publié en 1798 et maintes fois réédité. On peut encore trouver dans les librairies un reprint de l’édition de 1817 édité par Slatkine.

L’édition de 1814 est consultable en ligne sur Google Books. Le terme « œufs » y apparaît 196 fois dans les 215 pages que compte le livre. Aux pages 90 à 98, on trouve dans le chapitre « Des Œufs » vingt recettes de mets aux œufs. Certaines n’ont pas vieilli, comme les œufs à la coque et les œufs pochés. Quant à l’omelette, comment l’aimez-vous? Au pain, aux pommes, aux herbes, à l’allemande, au jus, enflée ou ordinaire? Sinon, il vous est proposé des œufs bouillis au jus d’agneau, pour rester dans l’esprit de Pâques, mais aussi des œufs aux anchois, ou en tripe, ou en fricassée de poulet, ainsi que des œufs au café. Si le beau temps est de la fête, pourquoi pas des œufs à la terrasse? Et pour le dessert, des œufs mignons, sans hésitation.

Aujourd’hui, c’est Pâques et, comme chaque année, les Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève vous invitent à une grande chasse aux œufs familiale. Pour cette édition – confinement oblige – la chasse sera virtuelle et se fera depuis chez vous! Saurez-vous retrouvez les œufs cachés dans le Jardin botanique?

Joyeuses Pâques et bon appétit!

Applaudissons le personnel soignant!

Tous les soirs à 21h précises, à nos fenêtres et à nos balcons, nous applaudissons le personnel soignant qui est en première ligne dans la lutte contre cette pandémie qui nous frappe. La figure de l’infirmière est, depuis la fin du 19e siècle, emblématique des métiers de la santé. Aujourd’hui encore, c’est souvent elle qui incarne un large éventail de professions. C’est donc logiquement une infirmière que Jules-Ami Courvoisier a choisi de représenter, au côté d’Helvetia, sur cette affiche pour la souscription nationale en faveur de la Croix-Rouge lancée en 1921. Les deux femmes apparaissent sereines et déterminées, croix rouge et croix blanche associées comme un yin et un yang.

L’affichiste a tenu à localiser la scène à Genève en représentant la silhouette caractéristique de la cathédrale Saint-Pierre en arrière-plan à gauche.

COURVOISIER, Jules-Ami. Souscription nationale pour la Croix-Rouge. S.l: [s.n.], 1921.
SGA 117.32 et Da 369

Jules-Ami Courvoisier, né en 1884 à La Chaux de Fonds et mort à Genève en 1936, fut l’un des grands affichistes suisses du premier tiers du 20e siècle. Il réalisa des affiches dans de nombreux domaines: compétitions sportives, fêtes et rassemblements patriotiques, expositions artistiques, politique, publicité commerciale, etc. La Bibliothèque de Genève conserve de lui plus de 130 affiches, recensées dans le Catalogue collectif suisse des affiches, qui rendent compte d’une œuvre riche, variée et de qualité. Pour mieux le connaître vous pouvez vous référer à l’ouvrage que Jean-Charles Giroud lui a consacré en 1996.

L’objet aimé : pastorale en un acte, Alfred Jarry

Quand on s’intéresse à Töpffer, on tombe sur Alfred Jarry. Faut-il s’en étonner ? Apparemment pas.

Alfred Jarry s’est inspiré des Amours de M. Vieux-Bois dessinées et publiées par Rodolphe Töpffer à Genève en 1837. Jarry s’amuse des aventures drolatiques de l’amoureux éperdu et s’en inspire pour écrire, en 1903, L’Objet aimé, pastorale en un acte.

Cette pièce en vers mirlitonesques s’ouvre sur l’entrée en scène de l’Objet aimé, la femme qui va bouleverser M. Vieuxbois (scène I) :

L’Objet aimé
Traverse la scène en chantant

Oyez, oui, ouïs
Sous la feuillée
Sous le fouillis
Oyez, oyez

Dans le taillis,
Oyez, oyons
Le gazouillis
De l’oisillon

Cette vision enchanteresse propulse M. Vieuxbois au comble de l’émotion (scène II)

M. Vieuxbois

Elle est charmouille…
Non, je bafouille :
Elle est charmante !…

La pièce paraît pour la première fois dans la revue Poesia, publiée à Milan par Filipo Tommaso Marinetti, le fondateur du Futurisme, (Anno I, n° 11-12, dicembre-gennaio 1908-1909), revue que l’on trouve en ligne, numérisée par la Bibliothèque de Princeton. La revue italienne est alors un porte-parole des avant-gardes.

La Bibliothèque de Genève conserve de son côté un exemplaire de l’édition, dite originale, publiée à Paris en 1953. Le texte est repris dans le volume 2 des Œuvres complètes de Jarry, parues dans la Bibliothèque de la Pléiade. Dans la notice, Henri Bordillon y rappelle que les sept albums dessinés de Töpffer connurent un grand succès en France au 19e siècle, grâce aux éditions Garnier et qu’ils « furent ainsi lus et relus dans les familles bourgeoises françaises ».

La pièce n’est pas une simple adaptation versifiée des Amours de M. Vieux-Bois. Elle en omet plusieurs péripéties et ne retient que trois protagonistes : Vieuxbois, l’Objet aimé et le Rival. Jarry leur adjoint trois autres personnages : le Maire et la « Force armée », les deux militaires ahuris (Blême et Rouget), que l’on trouve dans les Voyages et aventures du Dr Festus.

L’édition de 1953 est enrichie d’illustrations extraites des deux albums. Dans la note liminaire assez importante qu’il donne en tête de cette édition, Roger Shattuck – professeur de littérature à Harvard – montre que l’œuvre de « l’Hogarth genevois » était bien connue de Jarry. Le Docteur Festus de Rodolphe Töpffer aurait ainsi inspiré le Docteur Faustroll d’Alfred Jarry.

Le père de la bande dessinée a donc influencé le père de la pataphysique !

Alfred Jarry est né en 1873 à Laval (Mayenne) où la bibliothèque municipale conserve aujourd’hui le fonds d’archives de l’écrivain. On y trouve notamment le manuscrit autographe de la pièce que la bibliothèque a numérisé et mis en ligne.

Pour aller plus loin :

La Bibliothèque de Genève conserve de nombreuses éditions des histoires en estampes de Rodolphe Töpffer notamment des exemplaires empruntables :

On y trouve aussi nombre d’œuvres d’Alfred Jarry.