0041 22 418 28 00 communication.bge@ville-ge.ch
Sélectionner une page

L’infrarouge au service des papyrus

Photo: Bibliothèque de Genève / Stéphane Pecorini

Certaines demandes de lecteurs et de lectrices sont l’occasion de travailler entre spécialistes de la Bibliothèque, voire même de faire appel à des expert-e-s externes. La reproduction d’un papyrus demandé pour un travail éditorial est un bel exemple de cette collaboration.

Le papyrus en question, un recueil de diatribes cyniques du IIe s., porte la cote P. Gen. inv. 271. Il fait partie d’une collection de plus de 1000 papyrus dont les plus anciens remontent au IIIe s. av J.-C. Cette magnifique collection, à la renommée internationale, a été diffusée sur Internet au début des années 2000 avec la mise en ligne du Catalogue des papyrus genevois versé récemment dans la nouvelle base des Manuscrits et Archives privées de la Bibliothèque  de Genève.

Photo: Bibliothèque de Genève / Stéphane Pecorini

Conservé sous verre, ce papyrus est composé de quatre fragments dont plusieurs parties sont carbonisées.  Le défi était de rendre ces parties lisibles. Stéphane Pecorini (photographe, Bibliothèque de Genève) a tout d’abord photographié le papyrus en surexposition, mais la qualité de l’image était encore insatisfaisante. Il a alors contacté plusieurs institutions pour tester le résultat en utilisant un appareil à infrarouge, notamment le Département d’astronomie de l’UNIGE, l’Ecole des sciences criminelles de Lausanne, les HUG, les CJB et le MEG. Le  papyrus a finalement été photographié au MAH par Victor Lopes (conservateur responsable, MAH) au moyen d’une caméra infrarouge. Auparavant, Cinzia Martorana  (conservatrice restauratrice, Bibliothèque de Genève) avait soigneusement débordé le verre de protection.

Photo: Bibliothèque de Genève / Stéphane Pecorini

Le résultat est stupéfiant. La photographie infrarouge permet le déchiffrement de ce papyrus par des procédés renforçant le contraste entre l’encre et le fond brunâtre.  Victor Lopes a également testé avec succès la numérisation à l’ultraviolet.

Grâce à la photographie numérique infrarouge, le travail éditorial du P. Gen. Inv. 271 inv. suit son cours.

Photo: Bibliothèque de Genève / Stéphane Pecorini

Peste ou coronavirus: la peur de l’épidémie

1545… 2020, un peu moins de 500 ans séparent ces dates et pourtant la peur d’être contaminé reste la même. Peur de la peste, peur du coronavirus. On devient suspicieux envers un-e voisin-e, un-e ami-e, un-e proche. On se barricade chez soi, on vit le confinement.

Genève a oublié qu’elle a connu dans son passé des épidémies. Au Moyen Âge, la peste était un phénomène récurrent. Saint Sébastien et saint Roch sont invoqués pour stopper l’épidémie de la peste.

La légende dorée de Jacques de Voragine. Enluminure représentant saint Sébastien. Vers 1402.
Bibliothèque de Genève, Ms.fr. 57, f. 51
Livre d’heures. Prière à saint Roch. Seconde moitié du XVe s. Bibliothèque de Genève, Ms. lat. 31, f. 2

Au XVIe siècle, celle de 1545 frappe encore certains esprits. Les autorités de la ville prennent des décisions radicales pour stopper l’épidémie: emprisonnement, procès, bannissement, mutilation ou mise à mort.  

Février 1545. La croyance circule qu’une bande d’empoisonneurs sévit dans la ville en enduisant les serrures des maisons du venin de la peste. Plusieurs personnes sont arrêtées.  Penchons-nous sur le registre du Petit Conseil du 9 mars 1545 : A esté advisé voyeant les grans maulx que telles gens hont faict dans Geneve etc., que les hommes soyent tenalliés parmy la ville et en appres condampnés a mort […] et les femmes ayent coppé la main dextre aut Mollars et puys menees en Plain Pallex et la soyent bruslés […]

Archives d’Etat de Genève, Registre du Petit Conseil du 9 mars 1545 (AEG, RC40, f. 42v)

Dans une lettre en latin datée du 27 mars 1545, adressée à son ami théologien Oswald Myconius, Calvin exprime son désarroi: Le Seigneur nous éprouve de façon surprenante. On a découvert récemment une conspiration d’hommes et de femmes qui, en l’espace de trois ans, avaient répandu la peste dans la ville, je ne sais au moyen de quels sortilèges. Bien que quinze femmes aient déjà été brûlées, qu’un certain nombre d’hommes aient été châtiés d’une manière plus atroce, que certains se soient donnés la mort en prison et que vingt-cinq soient encore emprisonnés, ils ne cessent cependant d’enduire chaque jour les serrures des portes. (Bibliothèque de Genève,  Ms. lat. 106, f. 115v)

Le dernier « boute-peste » est exécuté le 16 mai 1545. 31 personnes accusées de semer la peste perdent la vie en l’espace de quelques mois.

2020: autre époque, autres remèdes … mais la peur est toujours là!

Joubert, Laurent: Traitté de la peste composé en latin par M. Laurent Joubert conseiller et medecin ordinaire du Roy, et du Roy de Navarre, premier docteur regent stipendié, […]. [Genève] : Jacob Stoer, 1581.
Bibliothèque de Genève, Nb 399, Public Domain Mark
P. 14. Des causes de la peste

Noëlle Roger, une infirmière engagée

Chaque soir nous encourageons le corps médical qui lutte pour sauver des vies, soigner, accompagner, soutenir et réconforter patients et familles.

En remontant le temps, Hélène Pittard, née Dufour (1874-1953) est une personnalité genevoise qui s’est profondément engagée auprès des malades. Née dans un milieu cultivé – son père, Théophile Dufour, est archiviste d’Etat puis directeur de la Bibliothèque publique et universitaire de Genève, l’actuelle Bibliothèque de Genève, et son grand-père maternel, Henri Bordier, est un célèbre historien français – elle épouse en 1900 l’ethnologue et fondateur du Musée d’ethnographie de Genève Eugène Pittard.  Journaliste et écrivaine, elle se fait rapidement connaître sous son nom de plume Noëlle Roger.

Portrait de Noëlle Roger

1914, la guerre éclate. Bouleversée par ce drame, Noëlle Roger suit des cours d’infirmière, obtient son diplôme et part aussitôt soigner les soldats à l’Hôpital 101 de Lyon, l’Ecole Vétérinaire transformée en hôpital provisoire. Jour après jour, elle transcrit les paroles des blessés dans de petits carnets qui seront publiés en 1915  sous le titre Les carnets d’une infirmière. Cette publication provoque de vives émotions comme en témoignent la presse de l’époque et les nombreuses lettres de sympathie adressées à l’autrice.

Pendant l’assaut la prière

Paul Chaponnière lui rend un vibrant hommage dans le Journal de Genève du 15 octobre 1953, soulignant  «chez la romancière une crainte que l’individu se trouve un jour dépassé par les forces qu’a déclenchées le génie humain» , propos toujours d’actualité.

Autre portrait de Noëlle Roger au bord de l’Arve

La Bibliothèque de Genève a l’honneur de conserver les archives de Noëlle Roger remises par la famille Pittard en 1987 et en 2015.

Nouveau dépôt de manuscrits à la Bibliothèque de Genève: papiers de Louis-Albert Necker et Ferdinand de Saussure

La Fondation Charles-Frédéric Necker a déposé une partie de ses archives à la Bibliothèque de Genève en septembre 2019. Trois lots de documents sont à présent mis à la disposition des chercheurs et chercheuses: des actes notariés concernant le domaine de Satigny, remontant au XVe siècle;  la correspondance scientifique de Louis-Albert Necker (1786-1861), soit 481 lettres signées par des géologues,  botanistes, géographes, etc.;  des notes de linguistique inédites de la main de Ferdinand de Saussure.

Un catalogue raisonné de la correspondance de Louis-Albert Necker, dressé par Joëlle Martinet en 1989 sous la supervision de Jean-Daniel Candaux, est consultable à la Salle Senebier de la Bibliothèque de Genève. Les autres documents sont signalés dans l’inventaire sommaire des « Archives des familles Necker et alliées » dans Odyssée, la base de données des manuscrits et archives privées de la Bibliothèque.

Ce dépôt exceptionnel sera enrichi par d’autres versements de la Fondation Charles-Frédéric Necker.

Fondation Henri Necker/Archives de Vufflens

Archives Ferdinand de Saussure

Ferdinand de Saussure dans la Bibliothèque numérique de Genève

Pin It on Pinterest