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Éloge du retard

Ce petit livre écrit par la philosophe et psychanalyste Hélène L’Heuillet arrive à point nommé en cette période particulière qui a vu une grande partie de la population être confinée chez elle. Il remet en question la société actuelle basée sur l’urgence en toutes choses. Cette urgence qui conduit à un sentiment d’intensité et de vie bien remplie, sentiment qui finalement est totalement illusoire.

Dans ces conditions, le retard doit être considéré non pas comme un défaut mais une richesse. Savoir attendre permet de ne pas s’engager trop rapidement, de prendre le temps de la réflexion. S’autoriser un retard signifie également prendre un risque personnel, le risque de laisser survenir quelque chose d’inattendu, de laisser une ouverture dans sa vie trop bien planifiée.

À l’heure actuelle où les services reprennent peu à peu à la Bibliothèque de Genève comme ailleurs, le livre d’Hélène L’Heuillet est donc tout à fait actuel. Il nous incite à vivre pleinement mais sans précipitation et nous invite à accueillir avec sérénité  les aléas et les «retards» éventuels qui ponctuent notre quotidien.

L’incendie du pont du Rhône

« Au milieu de la nuit le pont fut enflammé;
Car le feu par dessous s’était fort allumé,
Tout ainsi qu’un brûlot qui est tout combustible,
Fit un embrasement si grand et si horrible,
Que je ne pense pas que dessous le soleil,
Aucun homme vivant ait vu son pareil. »
Abraham Bonnet

Il y a 350 ans, dans la nuit du 17 au 18 janvier 1670, un incendie se déclarait sur le pont du Rhône à Genève, causant la mort de plus d’une centaine de personnes. L’embrasement puis l’effondrement du pont le plus important de la ville, fut un évènement traumatique majeur pour ses contemporains.

Ce sinistre inspira un certain nombre d’artistes, comme Abraham Bonnet qui déclare, dans son Poème sur l’embrasement arrivé à Genève sur le pont du Rhône: «  L’embrasement du plus beau de ses ponts sur le Rhône demeura toute ma vie dans mon cœur ». Des gravures et une huile sur panneau de bois du XVIIe siècle illustrent les impressionnantes flammes qui surgissent dans la nuit et embrasent les maisons et les échoppes, nous laissant imaginer l’effroi dans lequel habitant-e-s, spectateurs et spectatrices furent plongé-e-s. L’auteur de L’ embrasement du pont du Rhône donne une interprétation théologique de l’évènement.

Ces œuvres issues des décombres constituent des témoignages historiques d’importance et permettent de mieux appréhender la topographie ancienne de la ville de Genève. Elles sont consultables en ligne dans la base de donnée e-rara et sur le site du Centre d’iconographie de la Bibliothèque de Genève.

Après ce drame, le quartier et le pont sont reconstruits; en 1871, ils laissent place aux ponts en métal que l’on connaît aujourd’hui, tels que les ponts de l’Ile.

Une particularité de La Musicale: Les matériels d’orchestre (2)

Les achats de matériels d’exécution pour les orchestres ont été à la hausse en 2019! Non seulement la bibliothèque répond aux propositions de ses usagères et usagers, mais elle remplace également les éditions vieillissantes et parfois désuètes de certaines œuvres par des éditions plus récentes et plus conformes aux attentes des interprètes du 21e siècle.

Passion according to St. Matthew (1769) [H 782] de Carl Philipp Emanuel Bach

Les orchestres professionnels et amateurs de la région constituent un public fidèle à La Musicale. Ils y trouvent une très grande collection de matériels d’orchestre du répertoire symphonique, choral ou chambriste, et surtout ils apprécient la possibilité de proposer à l’achat les partitions des œuvres qu’ils programment pour leurs concerts et que la bibliothèque ne possède pas encore. La Musicale répond à leurs demandes et les orientent aussi vers les bonnes éditions, notamment lorsque le matériel ne peut pas être acheté et qu’ils doivent le louer.

Un exemple original de matériel d’orchestre: ce surprenant Kyrie de Beethoven, orchestré d’après l’adagio de sa célèbre Sonate au clair de lune pour piano, et auquel est ajouté un choral à quatre voix. De la Passion selon St Matthieu de Carl Philip Emanuel Bach à La Liste de Schindler de John Williams, en passant par Debussy, Vivaldi ou le compositeur genevois Bernard Reichel, ce sont quelques uns des 70 nouveaux matériels d’orchestre de l’année.

A vos baguettes (de chef-fe), à vos archets! Et merci cher public musicien de participer activement au développement de nos collections.

Pour lire le premier épisode sur les matériels d’orchestre, c’est ici.

Fonds Dany Gignoux (2): pourquoi ce fonds arrive-t-il à la Bibliothèque de Genève?

L’atelier en cours de réorganisation
Photo : Bibliothèque de Genève / Matthias Thomann

En 2018, les amis et la famille de la photographe genevoise Dany Gignoux ont approché la Bibliothèque de Genève, et plus particulièrement le Centre d’iconographie. En effet, ils recherchaient des solutions pour envisager la conservation et la valorisation dans une institution publique de son fonds d’atelier qui comprend environ 80 000 supports photographiques (env. 40 000 négatifs, 22 000 diapositives, 15 000 épreuves argentiques), sans compter les archives et sa documentation de travail. La Bibliothèque y répond favorablement car le fonds traite de thématiques genevoises et suisses, mais aussi en raison de la qualité photographique et du travail impressionnant autour de la musique et du jazz.

Ses proches commencent alors un long travail de préparation des fonds matériels en prévision de leur transfert: soit un tri et un rangement systématique, un conditionnement physique, un pré-inventaire numérique… L’atelier de la photographe est rangé et organisé durant près d’un an avant le déménagement au Centre d’iconographie.

Photographies, boîtes contenant des tirages, livres: exemples des documents contenus dans l’atelier
Photo : Bibliothèque de Genève / Matthias Thomann

Si vous avez manqué l’histoire de l’arrivée de ce grand fonds photographique au Centre d’iconographie, lisez le premier épisode.

Le bon usage du monde

Nicolas Bouvier, Journal photographique de la route de la Yougoslavie à Hong-Kong, réalisé vers 1957, reproduction partielle de la planche « I. Yougoslavie », BGE, Arch. Bouvier 19/1

Premier jour de vacances à la maison, le coq de la voisine sonne la diane. Je ne lui trouve aucune poésie.
Je m’enfonce sous le duvet et pense au verbe « confiner », à ses sonorités moelleuses, sucrées, et qui recouvre des sens qui subtilement s’opposent: c’est à la fois toucher aux confins ou aux limites, et côtoyer, être proche ou s’isoler et se retirer.

Que nous dit le nomade Nicolas Bouvier du confinement? Au centre géographique du voyage qui le mène entre 1953 et 1954 de la Yougoslavie en Afghanistan, et au cœur physique de son récit L’Usage du monde, il écrit, après avoir fait « toute l’Anatolie en coup de vent »: « Dans la nuit, la neige tombe, couvre les toits, étouffe les cris, coupe les routes… et on reste six mois à Tabriz, Azerbâyjân ».
L’hiver iranien le contraint à suspendre le voyage, à attendre. Un méchant virus nous confine à l’ombre d’un printemps où neigent les cerisiers. L’arrêt d’un certain mouvement, imprévisible et subit, fait écho.

Mais de l’adversité, Nicolas Bouvier en fait œuvre. A nous, puces assoiffées sur cette planète, ses textes et poèmes sont une belle leçon de lenteur, d’attention au monde et de conscience de son impermanence. A la dernière page de L’Usage du monde, il conclut: « […] rien de cette nature n’est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu’on porte en soi, devant cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr ».

Foisonnant et ouvrant l’imagination, les fonds manuscrits et iconographiques de Nicolas Bouvier conservés à la Bibliothèque de Genève sont à l’image du fabuleux écrivain voyageur.

Citations
Nicolas Bouvier, L’Usage du monde, Droz, 1999, chapitres « TabrizAzerbâyjân, p. 116, et « La Route du Khyber », p. 374

Complément bibliographique
Nadine Laporte, Nicolas Bouvier, passeur pour notre temps, Le Passeur, 2016

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Qui est cette femme?

Qui ne s’est pas posé cette question en regardant le portrait de «M.-A. Evans» à la Salle Moynier, décroché temporairement le temps d’être nettoyé?

C’est l’une des très rares peintures de femmes ornant les murs de la Bibliothèque. Mary Ann Evans (1819-1880) est devenue célèbre sous un nom de plume masculin: George Eliot.

Le tableau a été exécuté en 1850 pendant son séjour dans la famille de l’artiste-peintre Albert Durade. Ce que l’inscription sur le tableau n’indique pas est qu’Albert-Durade en a fait plusieurs copies, dont une se trouve à la National Portrait Gallery à Londres et une autre à la Herbert Art Gallery à Coventry.

Les liens entre l’artiste et son sujet sont restés étroits, puisqu’Albert Durade devint le traducteur des romans de Georges Eliot.

En décembre 2018, pour lancer le bicentenaire de la naissance de George Eliot, l’Université de Genève, avec la collaboration de la George Eliot Fellowship, a organisé un colloque. Les participant-e-s ont notamment été accueilli-e-s à l’Espace Ami Lullin de la Bibliothèque de Genève pour y découvrir le portrait, la correspondance et des œuvres imprimées de George Eliot.

Ce texte est signé Valerie Fehlbaum, anciennement chargée d’enseignement au Département de langue et littérature anglaises de l’Université de Genève.