0041 22 418 28 00 communication.bge@ville-ge.ch
Sélectionner une page

Fonds Dany Gignoux (5): le classement, l’inventaire et la mise en ligne

Lorsqu’un fonds de photographies entre au Centre d’iconographie, vient ensuite le temps de sa mise en valeur et de son inventaire.

Pour le rendre visible aux yeux du public, il faut décrire les images ou les pièces le constituant dans la base de données «Bibliothèque de Genève, Collections iconographiques». Depuis ce site Internet, le public peut faire des recherches et accéder directement aux photographies par des mots-clés ou naviguer à l’aide du plan de classement.

Page relative à Dany Gignoux dans la base de données «Bibliothèque de Genève Collections iconographiques»

Le plan de classement décrit l’ordre dans lequel le fonds est conservé et hiérarchisé. Il peut avoir été prévu par l’artiste, et dans ce cas il est conservé comme tel, ou développé en fonction des thèmes apparents du fonds. Il permet de classer, d’organiser et de retrouver les parties du fonds.

Il doit être clair et logique, pour ne pas dire pratique et simple, afin de permettre le classement en respectant les supports. Il précède le travail de description des pièces, série par série ou une à une (selon leur importance), puis de leur numérisation et mise en ligne sur le site des collections pour les rendre accessibles au public.

Pour le fonds D. Gignoux, le plan de classement qu’elle avait développé pour son usage professionnel a été conservé. La difficulté réside cependant dans la diversité des supports puisqu’il n’y a pas seulement des photographies, mais aussi de la documentation, des publications… Il a donc fallu travailler à établir des liens entre les différentes entités.

Retrouvez les autres billets de blog consacrés au fonds Dany Gignoux:

Fonds Dany Gignoux (1): histoire de l’arrivée d’un grand fonds de photographies au Centre d’iconographie

Fonds Dany Gignoux (2): pourquoi ce fonds arrive-t-il à la Bibliothèque de Genève?

Fonds Dany Gignoux (3): les travaux préparatoires et le déménagement au Centre d’iconographie

Fonds Dany Gignoux (4): le traitement physique des fonds photos pour une conservation optimale

Guirlande de vers

Paul Celan

Pour prendre son mal en patience, rien ne vaut une couronne de vers. Trois Paul l’illustreront.

En 1915, Paul Claudel, fervent catholique, publie sous le titre de Corona Benignitatis Anni Dei des hymnes «naissant sous le pas des heures sacrées».

Succombant contre toute attente sur le tard à la passion amoureuse, l’auteur du Cimetière marin, «où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombre», Paul Valéry, meurt sans avoir édité son dernier recueil, Corona et Coronilla, couronne et couronnette poétiques dédiées à Jeanne Loviton, sa liaison de sept ans, qui le renvoya à ses cahiers quelques jours avant la Libération:

Le temps vaincu succombe, et le baiser vainqueur
De l’absence sans nom dont un nom me délivre,
Boit dans l’ombre à longs traits le feu qui nous fait vivre !

Juif de Bucovine né en 1920, Paul Celan élit pour nom de plume une anagramme de son patronyme, comme pour acter que l’Holocauste a rebattu les lettres de ses papiers d’identité en anéantissant tous ses proches. Du naufrage de la guerre, il ne sauve que la langue de ses bourreaux, qu’il transforme en une «contre-langue» opposée au silence qui recouvre les décombres. Son œuvre hermétique, abrupte, ardue, fait de lui, sans conteste, le plus grand poète d’expression allemande de l’après-guerre.

En 1952, il fait paraître un poème de lyrique amoureuse intitulé «Corona» dans son recueil Mohn und Gedächtnis (Pavot et mémoire):

L’automne mange sa feuille dans ma main : nous sommes amis.
Nous écalons le temps et nous lui apprenons à marcher :
le temps retourne dans sa coquille. (…)
Il est temps que la pierre consente à fleurir,
qu’un cœur batte au rythme de l’agitation.
Il est temps que le temps vienne.
Il est temps.

Lecture estivale (2)

Cette rubrique estivale vous accompagnera tout l’été. Elle vise à donner quelques pistes de lecture où la musique est présente, sans en être le sujet principal.

L’attente dans les couloirs du Conservatoire, avant l’entrée dans la salle d’audition
(Photo: www.concoursgeneve.ch)

« Ma chérrie, chanter c’est comme la vie, il y a des contradictions. Il faut de la douceur et de la force, il faut le corps mais il faut l’âme, sinon ce n’est qu’une farce. Vous avez la beauté intérieure, ma chérrie, l’âme, la sincérité qui manquent à tant de chanteurs, et la richesse du timbre, et la profondeur du son, vous êtes bénie des dieux, vous avez tout!, Sauf – Mme Volk fit une pause – un peu de patience! Vous avez une voix: laissez-lui le temps de grandir! Ecoutez votre corps! Aimez-le, soyez douce avec lui. Allez, on reprend. Ouvrez les côtes, allez plus bas que le diaphragme, là, comme cela, vous donnez de la puissance à votre voix et vous deviendrez vraiment une « grande soprano », ma chérrie, grande par la voix et grande par la gloire. Recommencez depuis le début.

Elle retourna au piano. Tatiana s’exécuta, reprit tout l’air et le conclut à la perfection par le morir en sol dièse qu’elle rendit piquant comme deux banderilles.

 Heidi Volk ôta lentement ses lunettes, puis regarda en direction d’Armand.

 – Elle est prête pour le Concours[1].

Armand regardait Tatiana et ne répondit pas.

Heidi Volk reprit:

Musetta[2] est trop souvent chantée comme un rôle de cocotte. Tatiana lui rend son humanité. Elle m’a émue.

Elle resta un instant pensive.

– Mais une carrière ne s’arrête pas à un concours. Merci mille fois d’être venu assister à la leçon, Armand, vous voyez, on avance.

– C’est moi qui vous remercie. Armand et Tatiana descendirent en silence l’escalier qui menait au foyer du rez-de-chaussée, puis les marches extérieures qui donnaient sur la place Neuve. Armand tendit la main et dit: « C’était magnifique », n’attendit aucune réponse et partit très vite vers le boulevard du Théâtre. Il emprunta le passage piéton, omit de regarder sur sa droite, et un motocycliste l’évita de justesse. Tatiana le vit s’éloigner; il courait presque. Elle rangea ses partitions dans son sac, en ajusta la bandoulière et se dirigea vers la Treille.

Victoria Hall, p. 136-137, Actes Sud (Babel, no. 726)


[1] référence au Concours de Genève dont le chant est l’une des huit disciplines présentes en alternance

[2] rôle de soprano dans l’opéra La Bohême de Giacomo Puccini dont nous possédons plusieurs partitions

Le roman a pour décor tout ce qui entoure la bibliothèque musicale : la prestigieuse salle du Victoria Hall, le Concours de Genève, la Place Neuve, la Treille… Metin Arditi par l’entremise de deux personnages – Armand, riche banquier privé, collectionneur et Tatiana, jeune soprano tchèque, fille d’un antiquaire à Prague – dresse le portrait de sa ville d’adoption avec pour trame de fond la musique. Laissez-vous emmener dans ce Victoria Hall littéraire, où les allusions musicales et géographiques vous étonneront!

Pour emprunter ce roman, c’est par ici.

Retrouvez la Lecture estivale (1) ici.

Des anges pas si genevois que ça?

Le premier incunable imprimé à Genève en 1478, Le livre des saints anges, ne comporte pas le nom de sa ville sur la première page, mais à la fin, dans le colophon. Il a été produit par un imprimeur d’origine bavaroise du nom d’Adam Steinschaber, dont on ne sait pas grand’chose: ni date de naissance, ni date de mort. Juste qu’il imprima une douzaine d’ouvrages durant les trois années qu’il passa à Genève, tous de belle facture et en caractères gothiques.

Ce premier livre porte sur un sujet qui n’est pas spécifiquement genevois: les anges. Mais il s’agit tout de même du plus important traité sur le sujet au Moyen Âge. On y parle, sur près de 380 pages, de la nature des anges, de leur hiérarchie, de leur fonction, de leur puissance et de l’archange saint Michel. Ce traité a été rédigé à l’origine, en 1392, en catalan, par le moine Francisco Ximenes, un éminent théologien et penseur sociopolitique, né à Gérone.

Mais la première fois qu’il sera imprimé, ce sera en français et à Genève. L’exemplaire que la Bibliothèque de Genève possède (BGE Bc 207) provient du couvent de Cluses, en Savoie. Il n’en existerait plus qu’une dizaine de par le monde. Le nôtre possède encore en partie sa reliure d’origine en cuir, tendu sur deux planchettes de bois. Il n’est entré dans la Bibliothèque qu’en 1811, suite à un don du préfet du Léman.

Une centaine d’incunables ont été imprimés à Genève entre 1478 et 1500. La Bibliothèque de Genève abrite dans ses fonds plus de 460 incunables sortis des presses de toute l’Europe.

Lecture estivale (1)

Cette rubrique estivale vous accompagnera tout l’été. Elle vise à donner quelques pistes de lecture où la musique est présente, sans en être le sujet principal.

Pour commencer cette rubrique, ni le soleil ardent, ni un pays lointain ne seront évoqués. Le voyage proposé sera celui de chambres successives à l’intérieur de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière où Philippe Lançon, journaliste à Libération et chroniqueur à Charlie Hebdo, séjourne après avoir survécu à l’attentat de janvier 2015. Le Lambeau, terminé en 2018, relate les longs mois qui suivront.

C’est une photo d’Elvin Jones que Philippe Lançon
montrait à Cabu juste avant l’attentat [p.72]

Si Philippe Lançon est grand amateur de jazz, ces lignes témoignent du soutien sans mesure que lui a procuré la musique de Jean-Sébastien Bach:

Dans l’après-midi [en février 2015], Gabriel, un ami violoniste, membre du quatuor Thymos, vient jouer dans la chambre la Chaconne de Bach. Je me suis installé dans un fauteuil. Il étale la partition, immense, sur le lit. J’ai prévenu Hossein, le jeune chirurgien de garde le 7 janvier, qui n’est pas encore un ami, mais qui n’est plus seulement un soignant. Il vient écouter. Il en profite pour m’offrir un recueil de poèmes persans, Oasis d’émeraude, de Sorab Sepehri. Des infirmières sont là. Chloé [la chirurgienne] n’a pas pu venir. Gabriel suit la partition en remontant lentement jusqu’à la tête du lit. Les cordes grincent, j’entends sa respiration, son souffle, ses pieds sur le sol. Rien n’est physique comme le violon. Son corps paraît souffrir toute la beauté qu’il répand. Bach résonne presque sauvagement dans le silence de la chambre et du service. Je me mets à saliver sous le pansement. Les nerfs se tendent et se détendent, les cordes du violon grincent. J’ai mal aux mains. Je regarde les pâtés cicatriciels qui les encombrent. Le corps entier est occupé, comme celui du violon, par la difficulté et par la musique. Tous les sentiments, toutes les émotions défilent dans la Chaconne: Gabriel les communique tantôt un par un, tantôt ensemble. Il se bat jusqu’à l’oreiller et finit la main presque paralysée. Pendant quelques minutes, j’ai l’impression que je n’ai survécu que pour être là. pp. 299-300 (Ed. Folio, no 6738)

Je suis restée longtemps suspendue à cette dernière phrase, comme après la dernière note, laissant toute la place au silence! Plus loin, l’auteur insiste: « Bach, dont j’avais chaque jour un peu plus l’impression qu’il m’avait sauvé la vie. »

Pour écouter la Chaconne, non pas avec Gabriel Richard, mais par Nemenja Radulovic, c’est ici.

Addenda pour celles et ceux qui hésiteraient à s’embarrasser d’un sujet si lourd par les beaux jours. L’auteur évoque La nuit des rois, se réfugie dans la Montagne magique et relit À la recherche du temps perdu. On ne se sent à aucun moment voyeur, passant d’une chambre à l’autre de cet immense hôpital (décrit par le menu p. 356 et suivantes). Silence, écriture, regards, c’est par eux que se tissent au fil des mois les liens entre l’auteur et ses visites, ses soignant-e-s et sa chirurgienne.

Fonds Dany Gignoux (4): le traitement physique des fonds photos pour une conservation optimale

Dépoussiérage et conditionnement d’un tirage dans une pochette en papier permanent.
Photo : Bibliothèque de Genève / Stéphane Pecorini

Le fonds de Dany Gignoux, composé de photographies, de négatifs, de diapositives est arrivé au Centre d’iconographie dans des boîtes diverses, en carton ou en plastique, des classeurs et des contenants variés. La plupart ne respectent pas les normes de conservation pour préserver à long terme les collections.

Pour cette raison, le reconditionnement matériel du fonds devient une opération indispensable. Il permet à la fois d’éliminer la poussière et les particules déposées sur la surface des objets mais également de les conserver dans des pochettes et des boîtes appropriées.

Même si cela paraît simple, c’est une opération requérant une connaissance profonde des:

  • procédés: identification des phototypes et des dégâts
  • techniques de dépoussiérage: choix des outils et gestes
  • matériels pour le conditionnement: pochettes et boîtes doivent avoir passé le Photographic Activity Test et être chimiquement et physiquement stables.
Tirages reconditionnés et rangés dans une boîte de conservation à long terme

Des questions se posent alors: combien d’objets? Pochettes ou cartables? Papier ou plastique? Avec ou sans réserve alcaline? Quels format et modèle de boîtes? Les décisions sont prises par l’Unité Régie qui, à travers un diagnostic du fonds, développe une stratégie d’intervention et un plan de conservation des plus performants.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Véronique Goncerut, Conservatrice au Centre d’iconographie.

Retrouvez les autres billets de blog consacrés au fonds Dany Gignoux:

Fonds Dany Gignoux (1): histoire de l’arrivée d’un grand fonds de photographies au Centre d’iconographie

Fonds Dany Gignoux (2): pourquoi ce fonds arrive-t-il à la Bibliothèque de Genève?

Fonds Dany Gignoux (3): les travaux préparatoires et le déménagement au Centre d’iconographie