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Quand on s’intéresse à Töpffer, on tombe sur Alfred Jarry. Faut-il s’en étonner ? Apparemment pas.

Alfred Jarry s’est inspiré des Amours de M. Vieux-Bois dessinées et publiées par Rodolphe Töpffer à Genève en 1837. Jarry s’amuse des aventures drolatiques de l’amoureux éperdu et s’en inspire pour écrire, en 1903, L’Objet aimé, pastorale en un acte.

Cette pièce en vers mirlitonesques s’ouvre sur l’entrée en scène de l’Objet aimé, la femme qui va bouleverser M. Vieuxbois (scène I) :

L’Objet aimé
Traverse la scène en chantant

Oyez, oui, ouïs
Sous la feuillée
Sous le fouillis
Oyez, oyez

Dans le taillis,
Oyez, oyons
Le gazouillis
De l’oisillon

Cette vision enchanteresse propulse M. Vieuxbois au comble de l’émotion (scène II)

M. Vieuxbois

Elle est charmouille…
Non, je bafouille :
Elle est charmante !…

La pièce paraît pour la première fois dans la revue Poesia, publiée à Milan par Filipo Tommaso Marinetti, le fondateur du Futurisme, (Anno I, n° 11-12, dicembre-gennaio 1908-1909), revue que l’on trouve en ligne, numérisée par la Bibliothèque de Princeton. La revue italienne est alors un porte-parole des avant-gardes.

La Bibliothèque de Genève conserve de son côté un exemplaire de l’édition, dite originale, publiée à Paris en 1953. Le texte est repris dans le volume 2 des Œuvres complètes de Jarry, parues dans la Bibliothèque de la Pléiade. Dans la notice, Henri Bordillon y rappelle que les sept albums dessinés de Töpffer connurent un grand succès en France au 19e siècle, grâce aux éditions Garnier et qu’ils « furent ainsi lus et relus dans les familles bourgeoises françaises ».

La pièce n’est pas une simple adaptation versifiée des Amours de M. Vieux-Bois. Elle en omet plusieurs péripéties et ne retient que trois protagonistes : Vieuxbois, l’Objet aimé et le Rival. Jarry leur adjoint trois autres personnages : le Maire et la « Force armée », les deux militaires ahuris (Blême et Rouget), que l’on trouve dans les Voyages et aventures du Dr Festus.

L’édition de 1953 est enrichie d’illustrations extraites des deux albums. Dans la note liminaire assez importante qu’il donne en tête de cette édition, Roger Shattuck – professeur de littérature à Harvard – montre que l’œuvre de « l’Hogarth genevois » était bien connue de Jarry. Le Docteur Festus de Rodolphe Töpffer aurait ainsi inspiré le Docteur Faustroll d’Alfred Jarry.

Le père de la bande dessinée a donc influencé le père de la pataphysique !

Alfred Jarry est né en 1873 à Laval (Mayenne) où la bibliothèque municipale conserve aujourd’hui le fonds d’archives de l’écrivain. On y trouve notamment le manuscrit autographe de la pièce que la bibliothèque a numérisé et mis en ligne.

Pour aller plus loin :

La Bibliothèque de Genève conserve de nombreuses éditions des histoires en estampes de Rodolphe Töpffer notamment des exemplaires empruntables :

On y trouve aussi nombre d’œuvres d’Alfred Jarry.