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La Saint-Barthélemy est un événement majeur de l’histoire européenne dont on commémore cette année les 450 ans. Le passage des familles protestantes fuyant à partir de 1572 les persécutions dont elles sont victimes en France a durablement marqué la mémoire genevoise. La Bibliothèque de Genève qui conserve de nombreux documents en relation avec l’histoire du protestantisme, a tenu à évoquer cette histoire en publiant une série de blogs. Elle a fait appel à divers spécialistes qui en illustreront de manière originale un événement, un thème ou un objet qui leur ont paru particulièrement significatifs.

La Saint-Barthélemy suscite très vite une abondante littérature pour justifier ou édulcorer le massacre côté catholique, ou pour le dénoncer et prendre l’opinion à témoin côté calviniste: le Des fureurs françoises (Hotman, 1573) et le Reveille-matin des françois et de leurs voisins (anonyme, 1573-1574) sont repris en 1577 dans les Memoires de l’estat de France de Goulart.

Jules Joseph Bourdet, «Sa majesté daigna tirer elle-même» Lithographie, vers 1829 (Bibliothèque nationale de France)

Bien plus tard, en 1616, Agrippa d’Aubigné, qui n’a pas été témoin du massacre, le rapporte d’après ces sources dans sa poésie et dans l’Histoire universelle. Dans les Tragiques, il imagine un dispositif de représentation original: les anges assistent dans l’épreuve les fidèles. Lorsqu’ils remontent au ciel, ils peignent «comme à prendre relâche» des tableaux splendides de ce qu’ils ont vu. La Saint-Barthélemy est ainsi atroce sur terre et lumineuse au paradis. Le dispositif associe l’horreur d’une fête satanique au point de vue céleste que la foi éclaire.

Bartholomäus Sarburgh (d’après), Portrait d’Agrippa d’Aubigné.
Homme de guerre et poète, Agrippa d’Aubigné s’établit à Genève de 1620 à sa mort. Il acquiert la seigneurie du Crest près de Jussy dont il restaure le château.

Huile sur toile, vers 1621-1622 (Bibliothèque de Genève, CIG 0121)

Aubigné met aussi le massacre au cœur de son Histoire universelle (1616). Il se vante d’une impartialité toute de façade (il n’emploie pas le mot de cruauté), mais invente des épisodes, insiste sur les cas extraordinaires ou miraculeux. C’est que pour lui l’événement est décisif, car il justifie l’autonomie politico-militaire du parti protestant sous Louis XIII. L’insurrection de 1562-1563, début des guerres de Religion, se fondait sur le droit de légitime défense dès lors que les protestants étaient persécutés hors de toute procédure judiciaire. Le massacre de la Saint-Barthélemy, ordonné par le roi alors que les protestants s’étaient fiés à sa parole, leur donne désormais le droit de traiter d’égal à égal avec lui, de s’assembler, de disposer de structures militaires, puisque la parole du roi ne garantit plus les traités. Seul un régime de paix armée peut leur permettre de survivre, alors que le complot catholique menace toujours. Telle est la thèse de l’Histoire universelle.

Jean-Raymond Fanlo, professeur Centre interdisciplinaire d’étude des littératures d’Aix-Marseille

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