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Données de base, bases de données

Données
de base

Bases
de données

En 2020, la Bibliothèque de Genève enrichit de manière significative l’accès à ses collections patrimoniales sur le Web, en lançant notamment trois portails, l’un pour ses collections iconographiques, un autre pour les manuscrits et archives privées de la Bibliothèque de Genève et un dernier pour les manuscrits et archives Voltaire.

Cette «transition numérique» s’illustre dans cet accrochage virtuel. Un voyage à travers le temps qui vous conduira des papyrus aux documents électroniques natifs.

Pour saisir la richesse et la diversité de nos outils en ligne, une frise chronologique vous permet de naviguer dans les collections de la Bibliothèque et un lien vous conduira vers le document complet et sa notice sur chacune des bases de données.

Cet accrochage est également visible dans le Couloir des coups d’œil de la Bibliothèque de Genève, sur le site des Bastions.

Faites défiler la page et suivez-nous sur les chemins numériques du patrimoine… avant de vous y perdre à votre guise!

 

IIIe s.
av. J.-C.

P. Gen. Inv. 90 recto

Homère
Iliade (fragment)
Ce papyrus appartient à la collection des papyrus genevois, qui comprend plus d’un millier de pièces. Ce fragment de l’Iliade, écrit en grec, est daté du IIIe siècle av. J.-C. Il a été acheté par l’égyptologue Édouard Naville entre 1882 et 1907 pour le compte de la Bibliothèque de Genève.

«Déesse, chante-nous la colère d’Achille, qui valut aux Argiens d’innombrables malheurs et jeta dans l’Hadès tant d’âmes de héros»

Vers
830

Ms. lat. 22

Raban Maur
Commentaire sur les livres de Judith, d’Esther et des Macchabées

Ce manuscrit, copié dans l’abbaye de Murbach en Alsace, s’ouvre sur un calligramme de 35 vers. La main de Dieu, placée dans un demi-cercle, bénit l’impératrice Judith de Bavière (vers 805-843), seconde épouse de Louis le Pieux, fils et successeur de Charlemagne.

1353

Ms. fr. 178

Guillaume de Lorris et Jean de Meung
Le Roman de la Rose

Cette oeuvre poétique de près de 22 000 vers, écrite par Guillaume de Lorris vers 1230, est conçue à l’origine comme un récit courtois dans lequel la rose est une métaphore de la femme aimée. Achevée par Jean de Meung une quarantaine d’années plus tard, l’oeuvre se perd en digressions sur des sujets variés, critiquant le mythe de la rose de Guillaume de Lorris.

«Cy est le Roman de la Rose, où tout l’art d’Amour est enclose»

Vers
1460

Ms. fr. 180 

Christine de Pisan
La Cité des dames

Éduquée à la cour de Charles V, écrivaine et poétesse de grande renommée, appréciée dans les cercles de la haute société, Christine de Pisan rédige de nombreuses œuvres, dont ce texte décrivant une cité utopique édifiée par et pour les femmes.

«C’est à toi entre toutes les femmes que revient le privilège de faire et de bâtir la Cité des Dames»

1476

Ms. fr. 81

Andrea Benincasa
Carte marine

Ce portulan, daté de 1476, n’était pas destiné à la navigation. Le tracé précis des côtes rehaussées de couleurs et l’élégance de l’écriture des toponymes font de cette carte un objet de bibliophile. L’espace maritime est sillonné de lignes qui, au moyen d’un compas et d’une boussole, servent à déterminer l’angle de la direction à suivre pour rallier un port.

1478

Bc 207

François Ximenez
Le Livre des saints anges

Cette première édition du traité sur les anges d’un moine catalan marque les débuts de l’imprimerie à Genève en 1478, un quart de siècle après son apparition en Allemagne.

1507

Db 1217

Les Libertés et Franchises de Genève

La page de titre de ce texte sur les privilèges de Genève illustre l’origine de ses armoiries: l’aigle impériale, dont le prince évêque, seigneur de la ville-État, dépendait, et les armes de l’évêché (deux clés entrecroisées).

«Les femmes veuves pourront contracter mariage sans punition, quand elles le voudront»

1536

Ms. fr. 167

Jehan Thenaud
Introduction à la Cabale

En 1519, François Ier demande à Jean Thenau de lui expliquer la cabale, une tradition juive qui donne une interprétation mystique et allégorique des cinq premiers livres de la Bible, la Torah. Différents courants de pensée avançaient que la pratique du mysticisme juif menait au Christ et que les dogmes essentiels du christianisme se trouvaient dans la cabale.

«Le chef qui est la plus haute partie du corps de l’homme représente le monde spirituel et angélique»

1540

Su 5000

Bible à l’Épée

On appelle Bible à l’Épée cette traduction française de la Bible, la première parue à Genève, en 1540, avant le retour de Calvin, en raison de l’épée qui orne sa page de titre, en référence à l’épître où saint Paulassimile la Parole de Dieu à un glaive à deux tranchants.

«La parole de Dieu est vive et efficace, et plus pénétrante que tout glaive à deux tranchants»

1560

Bc 69

Jean Calvin
Institution de la religion chrétienne

Version définitive du traité systématique résumant la théologie de la Réforme calviniste, qui repose sur les seuls fondements des Saintes Écritures et de la foi. Il faut entendre «institution» au double sens d’établissement et d’enseignement.

«La foi est une vision des choses qui ne se voient pas»

1581
-1588

Ms. fr. 140*

Jean Duvillard
Carte du Léman et description des poissons du lac

La carte de Jean Duvillard réunit deux parties réalisées à des époques différentes: une vue du Léman datée de 1588 et le dessin des espèces qui peuplent ses eaux de 1581. Cette carte est l’un des meilleurs exemples genevois de ce que l’on désigne comme la cartographie humaniste. L’auteur s’inspire de documents existants qu’il actualise en les complétant par des informations nouvelles.

Vers
1621

CIG 0121

Bartholomäus Sarburgh
Portrait d’Agrippa d’Aubigné

Le poète capitaine Agrippa d’Aubigné, qui finira sa vie près de Genève, relate les persécutions subies par les protestants durant les guerres de religion dans Les Tragiques, épopée de bruit et de fureur.

«Criez après l’enfer : de l’enfer il ne sort que l’éternelle soif de l’impossible mort»

Théodore de Bèze
Portraits des hommes illustres

Galerie, entre mémoire et propagande, de portraits gravés et en vers des hommes de lettres, théologiens, hommes d’armes ou souverains qui ont illustré les débuts du protestantisme en Europe, par le successeur de Calvin à la tête de l’Église de Genève.

«Par leurs vrais portraits, nous gagnons ce point de pouvoir deviser avec ceux de qui la présence nous était honorable tandis qu’ils vivaient»

1730

Ms. suppl. 1292

Jacques-Barthélemy Micheli du Crest
Carte de Genève

Jacques-Barthélemy Micheli du Crest a mis en oeuvre les techniques les plus modernes pour dessiner cette carte. Elle est contemporaine du plan Billon de 1726, le premier plan cadastral de la ville, et du cadastre sarde, dont l’entreprise est décidée en 1728.

1748

Da 157

Charles Louis de Secondat de Montesquieu
De l’esprit des lois

Montesquieu fait paraître son célèbre traité de théorie politique à Genève en 1748, pour contourner la censure française.

«C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser»

1762

Cc 12

Jean-Jacques Rousseau
Émile, ou de l’éducation

En 1762, le Conseil de Genève condamne Émile et le Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau à être brûlés en place publique, l’un pour son apologie de la religion naturelle, l’autre pour ses principes politiques, et du même coup leur auteur à un exil permanent.

«L’homme vraiment libre ne veut que ce qu’il peut, et fait ce qu’il lui plaît»

Jean-Etienne Liotard
Autoportrait au bonnet rouge

On connaît une quinzaine d’autoportraits de Jean-Etienne Liotard, qui se différencient par leur très grande variété d’expression. Dans ce pastel, qui laisse une grande place au vide, il se présente à l’automne de sa vie, sans ostentation, dans son apparente vérité.

Jean Signy
Vue des Délices de M. de Voltaire, près Genève

En 1755, Voltaire s’établit à Genève. C’est grâce à la famille Tronchin qu’il acquiert une propriété qu’il rebaptise aussitôt les Délices. Il y accueille de nombreux visiteurs, dont D’Alembert, pour la rédaction de l’article «Genève» de l’Encyclopédie. C’est là qu’il écrit notamment l’Orphelin de la Chine, le Poème sur le désastre de Lisbonne et Candide.

«Nous voilà établis aux Délices ; il n’y a guère de lieux qui méritent ce nom»

1779

Fb 280

Horace-Bénédict de Saussure
Voyages dans les Alpes

À la fois physicien, géologue, naturaliste et botaniste, Horace-Bénédict de Saussure consigne dans ses Voyages le résultat d’une trentaine d’années d’exploration des Alpes.

«Les systèmes ne doivent jamais être que les résultats ou les conséquences des faits»

1780

E 309

Guillaume-Thomas Raynal
Histoire des deux Indes

Cette œuvre collective, à laquelle contribuèrent notamment Diderot et le baron d’Holbach, et qui met en cause l’esclavage et la colonisation, eut un retentissement immense puisqu’elle connut une trentaine d’éditions en moins de vingt ans. La censure française condamna l’abbé Raynal à l’exil.

«Il n’y a dans la nature qu’une égalité de droit, et jamais une égalité de fait»

1813

Te 8543

Germaine de Staël
De l’Allemagne

Madame de Staël fait découvrir la civilisation germanique au public français, espérant revivifier la littérature et la philosophie de sa terre d’accueil par le vent romantique qui souffle d’Allemagne.

«La nature et la société donnent aux femmes une grande habitude de souffrir, et l’on ne saurait nier, ce me semble, que de nos jours elles valent, en général, mieux que les hommes»

Guillaume Henri Dufour
Grèce, île de Corfou

La carte de Corfou, réalisée en 1812 par Guillaume-Henri Dufour alors qu’il est enrôlé dans les armées de Napoléon, constitue un témoignage de ses talents d’ingénieur-topographe. Le futur général suisse en fera une copie pour ses archives personnelles.

Mary Shelley
Frankenstein, or, The Modern Prometheus

Archétype du récit d’épouvante et matrice de la science-fiction, ce récit composé par une femme dans la villa Diodati, aux portes de Genève, a suscité un nombre incalculable d’adaptations cinématographiques.

«Why did you form a monster so hideous that even you turned from me in disgust?»

1833

Coll. Suz. 106 À

Rodolphe Töpffer
Histoire de M. Jabot

Avec la première de ses «histoires en estampes» (1833), Rodolphe Töpffer pose les fondements de la bande dessinée: dessin et texte indissociablement liés dans un même cadre, récit suivi et dynamique découpé en actions, en bandes et en cases, personnages relevant de types, le tout réuni dans un album.

«Les dessins, sans le texte, n’auraient qu’une signification obscure; le texte, sans les dessins, ne signifierait rien»

Jean-Gabriel Eynard
Jean-Gabriel et Anna Eynard avec leurs
proches au bord du Léman

Ce daguerréotype, daté de 1840 au verso et montrant probablement une plage près de Rolle, est l’une des plus anciennes photographies connues de Suisse. S’il n’est pas sans défauts, en raison des difficultés techniques propres au médium inventé une année plus tôt, il atteste de l’originalité de Jean-Gabriel Eynard dans la composition de ses images.

Augusta de Pourtalès
Lettre à son beau-frère Arthur van Berchem

Cette lettre est étonnante par la manière dont l’écriture occupe l’espace. Elle est pourtant assez typique d’un usage répandu au XIXe siècle. À certaines périodes, le papier est rare et cher. Alors, après avoir rempli deux pages de lignes parallèles, l’auteur tourne son papier à angle droit et une nouvelle série de lignes vient s’inscrire perpendiculairement aux premières.

Auguste Louis Garcin
La Synagogue de Genève

Le chantier de démolition des fortifications est l’un des premiers grands sujets de la photographie genevoise. Les opérateurs se plaisent à saisir des moments fugitifs, ici la synagogue nouvellement bâtie avant qu’un nouveau quartier d’immeubles ne l’environne.

«Les dessins, sans le texte, n’auraient qu’une signification obscure; le texte, sans les dessins, ne signifierait rien»

1862

S 22924

Henry Dunant
Un souvenir de Solférino

Dans son récit du spectacle de désolation que laisse la bataille de Solférino (1859), Henri Dunant plaide pour la création de sociétés de secours qui viendraient en aide aux victimes des conflits armés : l’idée de la Croix-Rouge est née.

«Le temps: ce que l’on gagne d’expérience ne vaut pas ce que l’on perd d’illusion»

Henri-Frédéric Amiel
Délibérations. Questions matrimoniales

Henri-Frédéric Amiel, professeur de littérature française à l’Université de Genève, est l’auteur d’un journal intime de plus de 16 000 pages, publié après sa mort. Il prenait également des notes dans des cahiers dont l’un recueille ses pensées sur le mariage sous la forme d’un tableau.

«Le mariage tel qu’il est est une singulière chose, mais après tout on n’a encore rien trouvé de mieux»

Émile Pricam
Le «premier» jet d’eau à la Coulouvrenière

Le jet d’eau est fruit de la technique. Il s’agit à l’origine d’une soupape de sûreté permettant d’abaisser la pression engendrée par l’arrêt des machines dans la station de pompage de la Coulouvrenière. C’est alors déjà une attraction. En 1891, le jet d’eau est déplacé dans la rade.

«Dans la cour le jet d’eau qui jase
Et ne se tait ni nuit ni jour,
Entretient doucement l’extase
Où ce soir m’a plongé l’amour»

Baudelaire

Ferdinand de Saussure
Les hypogrammes d’Ange Politien

Extrait d’un cahier sur les hypogrammes – des mots cachés – d’auteurs classiques, grecs et latins, ou de la Renaissance comme Ange Politien, poète et humaniste. Sur cette page, de Saussure cherche le mot Leonora dans l’épigramme funéraire du peintre Filippo Lippi.

«La langue est une forme et non une substance»

Fred Boissonnas
Suzanne Perrottet dansant

Suzanne Perrottet est une figure majeure de l’art moderne en Suisse. Pionnière de la danse libre, compagne de Rudolf von Laban, la pianiste des spectacles Dada à Zurich et des premières soirées dansantes de Mary Wigman, elle commence sa carrière en maîtresse de rythmique chez Émile Jaques-Dalcroze à Genève, où elle danse devant l’objectif de Fred Boissonnas.

1931

X 2862

François-Louis Schmied
Peau-Brune

Peintre, graveur, imprimeur et éditeur, François-Louis Schmied, artiste genevois établi à Paris, a exercé ses talents dans la plupart des domaines de l’art du livre, concevant la mise en page, l’illustration et le décor de la reliure d’éditions de bibliophilie.

René Payot
Assez!
Éditorial en une du Journal de Genève le 11 novembre 1932

La fusillade du 9 novembre 1932 intervient dans un contexte politique extrêmement tendu à Genève. Les socialistes ont appelé à une manifestation contre l’Union nationale qui met en accusation ses leaders. Les autoritésfont appel à l’armée, qui tire sur la foule, faisant 13 morts. Pour la presse conservatrice, il s’agit d’une émeute dont les partis de gauche sont responsables.

«Fusillade: seule manière de
faire taire [les Genevois]»

Adaptation d’une idée reçue de Gustave Flaubert

Frank Henri Jullien
Le chantier du palais des Nations

Le siège de la Société des Nations, fondée à Genève en 1919, n’est inauguré qu’en 1936, soit trois années seulement avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, qui marquera son échec. C’est l’un des principau chantiers de l’entre-deux-guerres à Genève.

«Pas d’harmonie sans l’ordre, pas d’ordre sans la paix, pas de paix sans la liberté, pas de liberté sans la justice»

Léon Bourgeois

Ella Maillart
Oasis interdites, Carte géographique dessinée par Ella Maillart

Voyageuse intrépide, Ella Maillart a traversé la Chine d’est en ouest en 1935, racontant ses aventures dans Oasis interdites, un périple qui la conduisit de Pékin au Cachemire, en passant par les oasis interdites du Xinjiang.

«Oasis, mot charmant, synonyme de repos et d’abondance, mais qui pour nous signifie inquiétude et de nouveaux dangers»

Noël Fontanet
Votez contre le suffrage féminin

Fontanet, qui travailla dans l’entre-deuxguerres au Pilori de Géo Oltramare, s’opposa avec succès au suffrage féminin. On doit aussi à ce graphiste de belles affiches publicitaires genevoises.

Nicolas Bouvier
Lieux de conservation

Dans ce texte écrit en 1997, Nicolas Bouvier définit les lieux de conservation (cimetières, musées, bibliothèques) comme des lieux de savoirs vivants.
L’auteur et iconographe, qui cherchait à s’alléger des nourritures culturelles de son éducation afin d’être le plus perméable au monde, va, tout au long de sa vie, alimenter son insatiable curiosité et son profond désir de connaissance d’un savoir encyclopédique puisé tant dans les livres que sur les routes.

«Les lieux de conservation ne sont pas autre chose que du passé-présent»

Christian Lutz
Partenaires particuliers

La photographie de cette praticienne des MMA (Mixed Martial Arts) s’intègre à la série Partenaires particuliers de Christian Lutz, qui fait partie de l’enquête photographique genevoise consacrée aux pratiques sportives.

Commissaires: Thierry Dubois, Alexis Rivier, Nicolas Schaetti
Comité scientifique: Flávio Borda D’Água, Étienne Burgy, Paule Hochuli

L’affiche culturelle selon Pablo Lavalley

L’affiche culturelle
selon Pablo Lavalley

Après les avoir vues dans l’espace public, 40 affiches de Pablo Lavalley sont à découvrir ou redécouvrir dans les espaces de La Musicale. Les affiches retenues pour l’accrochage illustrent plus d’une décennie de collaboration entre Pablo Lavalley et de grandes institutions genevoises ou des événements incontournables de la scène locale. Danse, théâtre et musique sont les disciplines privilégiées par le graphiste pour des événements uniques ou pour ceux s’inscrivant dans une série.
Ces affiches sont toutes présentes au Catalogue collectif suisse des affiches (CCSA).
«C’est à voir» était sa première signature au bas des affiches, en 2007 déjà. L’injonction des débuts n’a pas déçu nos regards interpellés ou séduits par son travail. Aujourd’hui, son agence graphique a pour nom Oficio.

Informations pratiques

Memoriav: 25 ans au service de l’audiovisuel helvétique

Alors que l’on célèbre cette année les 25 ans de sa création, Memoriav dédie la dernière édition de son bulletin à cet anniversaire. L’association, dont la mission consiste à sauvegarder et valoriser le patrimoine audiovisuel suisse, revisite à cette occasion un quart de siècle d’actions diverses en faveur de notre mémoire audiovisuelle. Si les moyens techniques, les pratiques et les modes de consommation en la matière ont fortement évolué depuis 1995 – jusqu’à en être totalement bouleversés – la réussite de cet organisme unique en Suisse tient à sa capacité à fédérer archives, musées et bibliothèques, mais aussi services administratifs, secteur privé et chaînes de télévision autour de projets de restauration et de valorisation complexes et pérennes. Ainsi, en 25 ans, ce sont plus d’un million d’images, tirages, films, fichiers, courts ou longs métrages, photos, bobines, plaques, négatifs, positifs, et autres daguerréotypes qui ont été sauvegardés et mis en valeur.

Parmi les projets récents auxquels la Bibliothèque de Genève a été associée, citons premièrement la préservation, puis la mise en valeur du fonds photographique de l’usine Gardy, que le Collège du travail  – fondation genevoise dont le but est de conserver et de mettre en valeur la mémoire du monde ouvrier – a donné à notre institution en 2019. Celles et ceux qui y ont assisté se souviennent de l’exposition puis de la rencontre stimulante et émouvante entre spécialistes du patrimoine et de la photographie et anciens ouvriers et descendant-e-s d’ouvriers organisée à la Bibliothèque pour célébrer ce travail de préservation. Voici quelque unes de ces photographies visibles sur notre chaîne youtube:

Autre projet de conservation important réalisé par la Bibliothèque en partenariat avec Memoriav , la préservation et mise en valeur des daguerréotypes de Jean-Gabriel Eynard, dont l’important travail de restauration a abouti à la publication cet été d’un innovant catalogue raisonné numérique, disponible dans le nouvel outil de diffusion du Centre d’iconographie de la Bibliothèque.

Frédéric Sardet, directeur de la Bibliothèque, revient notamment sur ces deux actions en faveur de notre patrimoine dans le bulletin de Memoriav.

Viollet-le-Duc à Saint-Pierre

VIOLLET-LE-DUC
À SAINT-PIERRE

Découvrez l’histoire d’un monument majeur de Genève


Au cœur de la Vieille-Ville, la chapelle des Macchabées est l’une des parties les plus emblématiques de la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Élevée au cours des XIVe et XVe siècles, elle est le premier édifice en style gothique flamboyant de Suisse. La chapelle est reléguée durant la Réforme au statut d’entrepôt avant d’être entièrement restaurée au XIXe siècle. Les plans architecturaux et les photographies d’époque, conservées au Centre d’iconographie de la Bibliothèque de Genève, documentent son histoire. Sur ces images, on y découvre notamment les plans du plus célèbre des architectes-restaurateurs français Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc.

L’accrochage “Viollet-le-Duc à Genève” est visible dans le Couloir des coups d’œil de la Bibliothèque de Genève du 15 juin au 12 septembre 2020 et ci-dessous dès maintenant.

Organisation : Bibliothèque de Genève
Commissaire : Nicolas Schaetti

Lire l'introduction

L’histoire genevoise du XIXe siècle est mouvementée. Sous domination française de 1798 à 1813, la ville expérimente les institutions de la France révolutionnaire puis celles de l’Empire napoléonien. En 1814-1815, Genève s’émancipe de la France en devenant canton suisse. Le régime réactionnaire qui se met en place sous la Restauration est renversé par deux révolutions, coup sur coup en 1841 et 1846. La nouvelle constitution adoptée en 1847 ne met d’ailleurs pas fin aux antagonismes, en particulier dans le domaine des cultes. La crise religieuse qui éclate avec la guerre du Sonderbund et culmine en 1873 au moment du « Kulturkampf » ne s’apaise qu’après l’adoption, en 1907, de la loi de séparation de l’Église et de l’État toujours en vigueur aujourd’hui.

La manière dont les autorités, durant cette période, ont géré les lieux de culte hérités du passé est particulièrement emblématique de cette histoire. Pour comprendre celle-ci, il faut croiser plusieurs facteurs explicatifs capables de prendre en compte les dimensions institutionnelles (la République doit-elle être laïque?), confessionnelles (quelle place accorder aux catholiques romains?), identitaires (Genève est-elle avant tout protestante?), culturelles (comment conserver et restaurer les églises médiévales?) ou encore esthétiques (quelle forme et quel cadre artistique donner au culte?).

De manière générale, les documents conservés par la Bibliothèque de Genève contribuent utilement à l’intelligence de cette époque, notamment pour comprendre les débats intellectuels qui l’ont traversée. Ce sont, toutefois, les archives publiques, du canton et des communes, qui offrent les principales sources permettant d’écrire cette histoire. Dans ce contexte, le fonds Saint-Pierre, conservé au Centre d’iconographie de la Bibliothèque de Genève, fait donc exception. En raison de son importance, il a été donné au Musée du Vieux-Genève, par l’Église protestante qui l’avait reçu de la Ville de Genève, avec les bienscuriaux, au moment de la séparation de l’Église et de l’État.

Ce fonds est une source irremplaçable pour connaître les transformations qui ont affecté le principal lieu de culte genevois entre le milieu du XVIIIe et le début du XXe siècle, un édifice qui a cristallisé les débats comme aucun autre à Genève.

Nous sommes heureux que l’accrochage du Couloir des coups d’oeil permette au public de (re)voir ou simplement de prendre connaissance d’une sélection de ces documents. Nous avons choisi de présenter parmi les plus beaux, ceux qui illustrent la restauration de la chapelle des Macchabées dans les années 1870-1880 qui a vu notamment l’intervention remarquée de l’architecte français, Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc.

Frédéric Sardet
Directeur de la Bibliothèque de Genève

Benedetto Alfieri, Deuxième projet (non retenu) pour la façade de la cathédrale Saint-Pierre de Genève, 1752 [BGE CIG VG 4002/27]

Benedetto Alfieri, Schéma et détails du chaînage métallique du portique de Saint-Pierre, 1752 [BGE CIG VG 4002/24]

Présentation

La chapelle des Macchabées, élevée entre 1397 et 1405 et réhabilitée de 1878 à 1884, est, à double titre, l’une des constructions majeures du patrimoine architectural genevois. Il s’agit du premier édifice en style gothique flamboyant de Suisse et sa restauration a suscité un débat qui marqua profondément l’histoire du patrimoine à Genève. Si les origines du monument ont pu être reconstituées récemment, malgré des archives pour le moins lacunaires, sa transformation au XIXe siècle, à laquelle a pris part le plus célèbre des architectes-restaurateurs français, Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc, est relativement bien documentée.

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C’est au cardinal Jean de Brogny (vers 1342-1426), né près d’Annecy dans le diocèse de Genève, que l’on doit la fondation, à l’extrême fin du XIVe siècle, de la chapelle collégiale Notre-Dame qui prendra en 1460 le nom de Macchabées. Brogny est alors une personnalité éminente, membre de la cour pontificale d’Avignon puis, dès 1417, à Rome, de l’entourage du pape Martin V. Vice-chancelier de l’Église depuis 1391, il préside le concile de Constance entre 1415 et 1417. Sa position hiérarchique explique qu’il ait pu recevoir, en 1397, l’autorisation du pape Benoît XIII d’implanter, à proximité immédiate de la cathédrale de Genève, un bâtiment aussi imposant et obtenir le droit de fonder un chapitre collégial de douze prêtres pour le desservir. Sa très belle carrière ecclésiastique permet aussi de comprendre comment il a pu réunir les moyens financiers exceptionnels nécessités par une telle entreprise.

La chapelle est destinée à abriter son tombeau, dont la création est confiée à l’artiste d’origine bourguignonne Jean Prindale en 1414. L’architecte n’est pas connu, mais il a été identifié par Marcel Grandjean comme étant Colin Thomas de Dinant, un maître d’oeuvre cité à Genève en 1404 qui sera chargé par la suite de la construction de la cathédrale de Carpentras. Brogny fait encore appel à d’autres artistes-artisans de haut niveau, comme le peintre piémontais Giacomo Jaquerio ou le sculpteur Guillaume du Boes.

À la Réforme, une fois la messe abolie par les autorités en août 1535, le statut des Macchabées change radicalement. L’ancienne chapelle n’est pas retenue pour servir de temple au nouveau culte protestant. Le tombeau de Brogny et le mobilier liturgique sont réemployés, détruits ou vendus. L’édifice sert de dépôt puis est aménagé en 1566 pour abriter l’auditoire de théologie de l’Académie, logé probablement dans les combles. En 1670, les autorités augmentent la surface utile en créant un rez-de-chaussée qui sépare la zone de dépôt des parties hautes de la chapelle désormais accessibles par un escalier extérieur, puis, vers 1765, en subdivisant la nef d’un niveau de plancher supplémentaire.

Le nouvel usage masque et, pour une bonne part, détruit les structures architecturales de la chapelle médiévale. Les qualités de celles-ci ne sont redécouvertes que peu avant le milieu du XIXe siècle, à la faveur du nouvel engouement pour l’art du Moyen Âge qui s’est fait jour à l’époque romantique. L’état des Macchabées est préoccupant depuis plusieurs décennies, au point qu’en 1830, on songe à démolir l’ancienne chapelle. Quinze ans plus tard, c’est le Genevois Jean-Daniel Blavignac (1817-1876) qui est chargé d’établir un projet de restauration. Cet architecte joue un rôle pionnier dans la revalorisation du patrimoine architectural médiéval en Suisse dont il est l’un des premiers à entreprendre l’étude systématique. Dans son oeuvre, les références à l’époque gothique, comme à l’immeuble de la Tour (1859-1862), sont nombreuses. Pour Blavignac, il ne fait pas de doute que le travail aux Macchabées passe par une reconstitution de l’état médiéval préparé par une identification préalable des vestiges conservés. Bien que les transformations qu’il envisage pour la chapelle ne seront pas mises en oeuvre, il est le premier à avoir mis en évidence la richesse de ses décors anciens, notamment en retrouvant sous les badigeons de la voûte des peintures murales représentant un concert d’anges musiciens.

Depuis 1847, la constitution genevoise a confié aux municipalités la gestion des lieux de culte. C’est donc à la Ville de Genève qu’il convient d’entreprendre la restauration de la cathédrale. La chute en France du Second Empire amène en Suisse l’architecte de réputation internationale Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc, qui s’est vu condamné à mort par la Commune de Paris en 1871. S’il pourra par la suite retourner en France, il s’établit principalement à Lausanne où il fait construire une maison et où il est chargé de conduire les travaux de restauration de la cathédrale (1872-1879). En mars 1874, les autorités genevoises lui confient la tâche d’établir un projet de restauration pour les Macchabées. Les dessins qu’il propose sont d’une qualité graphique sans commune mesure avec ce qui est produit à Genève à la même époque. Viollet-le-Duc est fidèle au principe qu’il énonce en 1866 dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française, selon lequel « restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné ». Le modèle qu’il a en tête est la Sainte-Chapelle de Paris. Sur cet exemple, il suggère notamment de munir le monument genevois d’une flèche, dont la réalisation aurait donné une importance disproportionnée à la chapelle. Les propositions de Viollet le-Duc, qui éblouissent par leur inventivité, décontenanceront les autorités, de plus en plus hésitantes. L’architecte finit par renoncer de lui-même. La restauration des Macchabées est reprise par l’architecte Claude Camuzat (1848-1924), qui conduit la rénovation de l’extérieur (1878-1882), puis par l’architecte de la Ville, Louis Viollier (1852-1931), lequel, après l’achèvement des travaux intérieurs aux Macchabées (1885-1888), mènera la restauration de la cathédrale dans son ensemble. Saint-Pierre recevra une nouvelle flèche, inaugurée en 1898, qui n’est pas sans rapport avec celle pensée vingt ans plus tôt par Viollet-le-Duc pour la chapelle du cardinal de Brogny.

L’influence de Blavignac et surtout celle de Viollet-le-Duc restent fortement perceptibles dans le résultat final de la restauration, surtout si l’on tient compte que le décor des parties hautes (garde-corps, fronton et gargouilles) a été simplifié en 1939. Si les innovations les plus discutables, du point de vue de la vérité archéologique, ne sont pas retenues, il s’agit d’une reconstruction totale, avec suppression des transformations postérieures au Moyen Âge et réfection plus ou moins libre des structures et décors gothiques. Les éléments originaux ne sont pour la plupart pas conservés sur place, mais déposés et remplacés par des restitutions, notamment les décors peints des voûtes dont l’exécution est confiée au peintre Gustave de Beaumont (1851-1920). Le résultat sera critiqué par les tenants d’une restauration basée sur les données archéologiques, une opinion qui sera dominante dès le tournant des XIXe et XXe siècles.

La chapelle restaurée est affectée au culte, principalement pour les baptêmes et les mariages, le 23 septembre 1888. À certains égards,sa réhabilitation a ouvert à Genève la réflexion sur ce que pourraient être des formes architecturales et artistiques spécifiquement protestantes. La disposition de l’assemblée perpendiculairement à la nef, la place principale conférée à la chaire et l’importance accordée à un mobilier spécifique (bancs, tables de communion), l’omniprésence de symboles héraldiques « nationaux » et la pose d’une série de vitraux aux thèmes évangéliques ou historiques peuvent être considérées comme des réinterprétations du passé ancien à travers l’héritage pro-testant. La fascination du Moyen Âge semble toutefois l’avoir emporté aux Macchabées sur la sobriété qui sied, pensait-on, à un lieu de culte protestant. De ce point de vue aussi, la restauration de la chapelle sera fortement remise en question dans les décennies suivantes. La leçon des Macchabées sera retenue lors de restaurations menées ultérieurement, comme à la cathédrale, à Saint-Gervais ou à la Madeleine. Ce n’est qu’avec le changement progressif du regard porté sur le patrimoine du XIXe siècle et à l’achèvement d’une nouvelle campagne de restauration, entreprise entre 1976 et 1977, que la valeur de ce monument genevois sera véritablement reconnue.

Nicolas Schaetti
Conservateur responsable de l’unité des collections spéciales de la Bibliothèque de Genève

Fred Boissonnas, Gargouille néogothique au sommet d’un contrefort, vers 1900
[BGE CIG FBB P GE 03 11 19]

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