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Plus de six cents personnes ont convergé vers les Délices de Voltaire afin de mener l’enquête lors de la Nuit des musées 2019. L’objectif de l’opération a été de montrer à travers de nombreux documents patrimoniaux présents dans nos collections comment Voltaire a saisi à plusieurs reprises des affaires criminelles.

Entre les Délices et Ferney, entre 1760 et 1778, Voltaire a entrepris des démarches afin de comprendre l’affaire Calas, l’affaire Sirven, l’affaire du chevalier de la Barre et l’affaire Lally-Tollendal. Il devient en effet dans cette seconde moitié du XVIIIe siècle, une référence en la matière pour lutter contre ce qu’il appelait le fanatisme religieux : un véritable défenseur des droits de l’Homme comme l’a notamment nommé le regretté Raymond Trousson.

La première étape de cette découverte nocturne a été l’affaire Calas. Elle est sans doute l’affaire judiciaire défendue par Voltaire la plus emblématique. Elle se déroule entre 1761 et 1765 à Toulouse et à comme point de départ le conflit religieux entre les protestants et les catholiques. L’affaire aurait, à prime abord, pu passer de manière tout à fait anodine : un père, Jean Calas, est accusé d’avoir tué son fils. Mais quels en sont les faits ? Jean Calas est en effet protestant et son fils est retrouvé mort pendu. Le mobile du crime aurait été que le fils venait, ou aurait souhaité, se convertir au catholicisme ce qui a mis son père en colère.

C’est principalement l’intervention de Voltaire et d’Antoine Louis, médecin français, qui mettent ce crime à l’agenda politique. Ils vont en effet prendre fait et cause pour la famille Calas, qui rend d’ailleurs visite à Voltaire aux Délices, afin de casser l’accusation de Jean Calas.

Après avoir présenté des documents originaux aux nombreux visiteurs et visiteuses, nous avons poursuivi l’enquête en nous déplaçant jusqu’en Inde. L’affaire de Lally-Tolendal est sûrement un des combats les moins connus de Voltaire.

Nous pouvons nous poser également la question de savoir que vient faire le subcontinent indien chez Voltaire ? Un élément est le liant à cette affaire atroce qui se prolonge au-delà de l’exécution du Comte de Lally-Tolendal, le 8 mai 1766.

Les motifs de sa condamnation sont dus à la perte de territoires français en Inde. En 1758, le comte de Lally part pour les Indes, il se fait battre par les Anglais dans des conditions tout à fait honorables dira-t’on, et doit capituler sans conditions à Pondichéry en 1761, après un siège de cinq mois, avec 800 hommes contre 20’000 partisans anglais, pour la plupart des autochtones. Le traité de reddition est signé en 1763 et ne laisse à la France que les célèbres cinq comptoirs.

Il n’est pas juste de punir la folie par des supplices qui ne doivent être réservés qu’aux plus grands crimes. Cette phrase de Voltaire a permis d’ouvrir la dernière enquête de la journée. Elle est mentionnée en effet dans le cadre du procès du chevalier de la Barre. Toujours sous une teinte religieuse, elle met en scène un chevalier, François-Jean Lefevbre de La Barre, qui est accusé de blasphème et de sacrilège.

Les faits : deux actes de profanation sont découverts à Abbeville : des entailles à l’arme blanche sur le crucifix du pont d’Abbeville, et un dépôt d’immondices sur une représentation du Christ dans un cimetière d’Abbeville.

L’enquête conclu que le chevalier de La Barre est coupable d’autant plus, qu’il se serait vanté d’avoir participé à une procession sans se couvrir. Le sort est donc sans appel, le chevalier est décapité, son corps jeté au bûcher et un Dictionnaire philosophique portatif, fraîchement publié (1764) de Voltaire lui sera cloué sur le torse.

Voltaire intervient face à la disproportion de la peine et profite de son dialogue avec Cesare Beccaria, qui vient de publier Des Délits et des Peines, pour publiciter l’affaire.

Voltaire montre à travers ces trois affaires son engagement dans la culture juridique de l’époque et nous permet de voir que les combats des Lumières restent des combats en filigrane d’aujourd’hui.