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Nicolas Bouvier, Journal photographique de la route de la Yougoslavie à Hong-Kong, réalisé vers 1957, reproduction partielle de la planche « I. Yougoslavie », BGE, Arch. Bouvier 19/1

Premier jour de vacances à la maison, le coq de la voisine sonne la diane. Je ne lui trouve aucune poésie.
Je m’enfonce sous le duvet et pense au verbe « confiner », à ses sonorités moelleuses, sucrées, et qui recouvre des sens qui subtilement s’opposent: c’est à la fois toucher aux confins ou aux limites, et côtoyer, être proche ou s’isoler et se retirer.

Que nous dit le nomade Nicolas Bouvier du confinement? Au centre géographique du voyage qui le mène entre 1953 et 1954 de la Yougoslavie en Afghanistan, et au cœur physique de son récit L’Usage du monde, il écrit, après avoir fait « toute l’Anatolie en coup de vent »: « Dans la nuit, la neige tombe, couvre les toits, étouffe les cris, coupe les routes… et on reste six mois à Tabriz, Azerbâyjân ».
L’hiver iranien le contraint à suspendre le voyage, à attendre. Un méchant virus nous confine à l’ombre d’un printemps où neigent les cerisiers. L’arrêt d’un certain mouvement, imprévisible et subit, fait écho.

Mais de l’adversité, Nicolas Bouvier en fait œuvre. A nous, puces assoiffées sur cette planète, ses textes et poèmes sont une belle leçon de lenteur, d’attention au monde et de conscience de son impermanence. A la dernière page de L’Usage du monde, il conclut: « […] rien de cette nature n’est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu’on porte en soi, devant cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr ».

Foisonnant et ouvrant l’imagination, les fonds manuscrits et iconographiques de Nicolas Bouvier conservés à la Bibliothèque de Genève sont à l’image du fabuleux écrivain voyageur.

Citations
Nicolas Bouvier, L’Usage du monde, Droz, 1999, chapitres « TabrizAzerbâyjân, p. 116, et « La Route du Khyber », p. 374

Complément bibliographique
Nadine Laporte, Nicolas Bouvier, passeur pour notre temps, Le Passeur, 2016

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