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Paul Celan

Pour prendre son mal en patience, rien ne vaut une couronne de vers. Trois Paul l’illustreront.

En 1915, Paul Claudel, fervent catholique, publie sous le titre de Corona Benignitatis Anni Dei des hymnes «naissant sous le pas des heures sacrées».

Succombant contre toute attente sur le tard à la passion amoureuse, l’auteur du Cimetière marin, «où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombre», Paul Valéry, meurt sans avoir édité son dernier recueil, Corona et Coronilla, couronne et couronnette poétiques dédiées à Jeanne Loviton, sa liaison de sept ans, qui le renvoya à ses cahiers quelques jours avant la Libération:

Le temps vaincu succombe, et le baiser vainqueur
De l’absence sans nom dont un nom me délivre,
Boit dans l’ombre à longs traits le feu qui nous fait vivre !

Juif de Bucovine né en 1920, Paul Celan élit pour nom de plume une anagramme de son patronyme, comme pour acter que l’Holocauste a rebattu les lettres de ses papiers d’identité en anéantissant tous ses proches. Du naufrage de la guerre, il ne sauve que la langue de ses bourreaux, qu’il transforme en une «contre-langue» opposée au silence qui recouvre les décombres. Son œuvre hermétique, abrupte, ardue, fait de lui, sans conteste, le plus grand poète d’expression allemande de l’après-guerre.

En 1952, il fait paraître un poème de lyrique amoureuse intitulé «Corona» dans son recueil Mohn und Gedächtnis (Pavot et mémoire):

L’automne mange sa feuille dans ma main : nous sommes amis.
Nous écalons le temps et nous lui apprenons à marcher :
le temps retourne dans sa coquille. (…)
Il est temps que la pierre consente à fleurir,
qu’un cœur batte au rythme de l’agitation.
Il est temps que le temps vienne.
Il est temps.