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Valentine Mallet: l’accrochage depuis votre canapé!

Attachée à sa mission de service public, l’équipe de la Bibliothèque a redoublé d’efforts ces dernières semaines pour dénicher les plus belles perles de ses collections, valoriser les ressources numériques accessibles à distance et informer sur le plan mis en place pendant le confinement pour assurer la continuité des missions institutionnelles.

Pour compléter cette panoplie, nous mettons aujourd’hui en ligne l’intégralité de l’accrochage Genève dans l’objectif de Valentine Mallet, exposé dans le Couloir des coups d’œil depuis février dernier. Les photographies de Valentine Mallet ont connu un fort succès aux Bastions, attirant un public nombreux avant que la pandémie ne lui coupe l’herbe sous le pied. Grâce à cet accrochage virtuel, ces images inédites retrouvent la visibilité qu’elles méritent. N’hésitez donc pas à faire partager ce lien à vos proches!

Plongez sans attendre dans la Genève de la « Belle Epoque! » (Cliquez sur la première image pour lancer le diaporama avec les légendes).

Organisation: Bibliothèque de Genève, en partenariat avec l’association Lancy d’Autrefois
Commissaires: Sarah Merlini et Nicolas Schaetti

Introduction

Il faut le souligner sans rougir : en Suisse, les femmes actives dans la photographie au début du XXe siècle restent hors du champ cadré par les hommes. Pourtant, à la Belle Époque, les femmes photographes de talent ne manquent pas à Genève.

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Depuis son apparition en 1839, le médium s’est considérablement développé dans la ville et ses environs. De nouveaux appareils et une simplification des procédés de mise en œuvre ont facilité l’accès à sa pratique. Professionnels et amateurs sont réunis au sein de la Société genevoise de photographie qui veut promouvoir la diffusion de la technique. Fondée en 1881, cette société finit par ouvrir ses portes aux femmes, en 1890, grâce à la détermination de certaines d’entre elles. On comptait 13 femmes membres pour 112 sociétaires en 1892. Peu connue, peu valorisée, l’histoire de ces femmes photographes reste à écrire. C’est donc une étude importante que celle menée par Sarah Merlini, historienne de l’art, sur une femme photographe amateure, originaire de Lancy et active à Genève au tournant des XIXe et XXe siècles: Valentine Mallet.

Dans le même ordre d’idées, les affiches de la Société suisse des femmes peintres, sculpteurs et décorateurs, montrées dans l’accrochage de la Bibliothèque de Genève, sont là pour rappeler que la reconnaissance du talent des femmes dans les beaux-arts comme dans les arts appliqués a été particulièrement tardive en Suisse. Leur intégration dans la Société des peintres et sculpteurs suisses fondée en 1865 (connue aujourd’hui sous le nom de Visarte) intervient même après que le suffrage féminin est introduit au niveau fédéral ! Pas étonnant donc que les photographies de Valentine Mallet soient tombées dans l’oubli ou qu’elles aient été attribuées à… des opérateurs masculins. Par sa recherche, Sarah Merlini a toutefois pu montrer l’originalité de la pratique photographique de Valentine Mallet. Ses images se distinguent de la pratique documentaire de son temps, par son intérêt pour les états «intermédiaires» de la ville, bâtiments en cours de démolition mais pas encore remplacés par de nouvelles constructions. Bel hommage.

La Bibliothèque de Genève se félicite de voir les jeunes universitaires entreprendre des travaux sur ses collections. Les conditions pour une médiation de connaissances heureusement renouvelées et actualisées sont alors remplies. Par cette étude, les prises de vue de Valentine Mallet s’inscrivent désormais dans l’espace large de la recherche sur les pratiques amateures et bien évidemment sur la place des femmes photographes dans la société. L’intérêt de l’étude de Sarah Merlini a été reconnu par l’association Lancy d’Autrefois qui a décidé de la publier aux Éditions des Communes réunies et de la rendre accessible à un large public. Elle a servi de base pour le montage de l’accrochage du Couloir des coups d’œil qui sera repris ensuite par l’association dans son Arcade du Vieux Lancy.

Frédéric Sardet
Directeur de la Bibliothèque de Genève

Présentation

Au tournant des XIXe et XXe siècles, de profondes modifications urbaines et sociétales touchent la ville de Genève. Les priorités architecturales tendent vers la reconstruction et l’élargissement du territoire de la cité.

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En réaction à la transformation du paysage urbain, l’intérêt pour le patrimoine et sa protection se développe. Cet élan général de modernisation apporte aussi des progrès dans les techniques de représentation, notamment du matériel photographique dont l’usage facilité augmente le nombre d’amateurs de manière significative. La photographie devient un moyen de préservation d’une mémoire collective, comme en témoigne Eugène Demole et son projet de Musée suisse de photographies documentaires lancé en 1901. 

C’est dans un tel contexte que Valentine Mallet (1862-1949) produit les photographies présentées dans le Couloir des coups d’œil et ici en ligne. Issue d’une famille prospère, propriétaire d’un domaine au Grand-Lancy, elle y demeure toute sa vie et ne se marie pas. Bien que Valentine Mallet n’ait jamais été considérée comme une photographe professionnelle, sa pratique du médium dépasse le simple loisir privé et lui permet d’acquérir certaines formes de reconnaissance. Elle participe à divers concours proposés par des revues de photographie. L’une de ses images est exposée à Paris tandis qu’une autre est publiée par la Revue suisse de photographie en 1906.

Le fonds de Valentine Mallet conservé au Centre d’iconographie de la Bibliothèque de Genève donne un bon aperçu des qualités et compétences de la photographe, notamment grâce à la variété des objets qu’il contient. Il s’agit de plaques de verre négatives, de tirages montés sur carton, d’agrandissements ainsi que d’albums fabriqués par la photographe. L’accrochage présenté propose un parcours à travers sa production et rend compte de la richesse de son œuvre tant sur le plan formel que thématique.

Valentine Mallet pratique la photographie avec une véritable conscience historique. Elle immortalise les anciennes rues de Genève, tantôt désertes et montrées sans artifices, et tantôt noires de monde, parées pour un événement. Elle s’attache à documenter les monuments de la ville ayant survécu aux mutations urbaines tels que la Maison Tavel ou l’ancien Arsenal. Elle capte par son objectif les anciens moyens de transport, comme les charrettes, peu à peu remplacées par les tramways, ou les anciens métiers, comme les lavandières et porteurs d’eau, qui disparurent à mesure que l’eau courante fut installée dans les habitations. Son regard s’est également arrêté sur des sujets moins attendus tels que les démolitions, les anciens passages ou les arrière-cours vétustes, magnifiant ainsi des scènes singulières. Ses connaissances techniques et sa sensibilité évidente pour le médium ajoutent une indéniable dimension artistique à ses photographies documentaires. La composition, la maîtrise des jeux d’ombre et de lumière, la justesse du cadrage, témoignent de la qualité de ses prises de vue et sont à la mesure de son talent de photographe.

Sarah Merlini
Historienne de l’art

Vous souhaitez une visite personnalisée? Suivez le guide!

Le guide de visite de l’accrochage, c’est par ici. Vous y trouverez notamment une bibliographie sur le sujet.

Le Jeudi midi de l’affiche vous a-t-il manqué?

Peut-être aviez-vous noté dans votre agenda, le rendez-vous du jeudi midi consacré aux affiches en mars à la Bibliothèque. C’était au tour de Cédric Marendaz de nous parler de son travail de graphiste. Des affiches qui évoquent de belles saisons passées au Théâtre du Grütli, des événements aux Bains des Pâquis ou encore le Cénovis !

Vous pouvez retrouver les affiches de Cédric Marendaz au Catalogue collectif suisse des affiches (CCSA) afin de découvrir la diversité des sujets qu’il aborde.

D’autres catalogues proposent des collections d’affiches. En Suisse, le Museum für Gestaltung de Zurich possède un catalogue où vous pouvez découvrir les affiches depuis chez vous. C’est l’une des plus grandes collections au monde, conservant ce support fragile.

Ailleurs, la porte d’entrée numérique Gallica permet de découvrir celles que la Bibliothèque nationale de France conserve ; la recherche peut se faire par auteur-e ou par sujet. Ou encore, à Vienne, le Musée d’arts appliqués (MAK) propose, lui aussi, ses collections en ligne.

Enfin, lorsque nous rouvrirons nos portes, venez emprunter l’un des nombreux ouvrages consacrés aux affiches.

La bande dessinée a attiré du monde: retour en images et vidéos

Les différents rendez-vous dans le cadre du programme « La bande dessinée, une invention genevoise? » ont attiré un public curieux que ce soit lors des visites guidées avec les commissaires, lors des visites scolaires ou librement pendant les événements publics. Le lifting du Couloir des coups d’oeil aux couleurs de Nikita Mandryka a surpris les visiteurs et visiteuses jusqu’au 18 janvier 2020.
Revivez en images quelques temps forts de ce programme dans le cadre du cycle des Trésors de la Bibliothèque de Genève.

Photographies : Bibliothèque de Genève / Stéphane Pecorini et Matthias Thomann

La soirée table ronde du 28 novembre qui regroupait Zep et les spécialistes de la bande dessinée a passionné 140 personnes dans l’Espace Ami Lullin. Les vidéos des conférences sont dès maintenant visionnables sur le compte Youtube de la Bibliothèque. Découvrez ci-dessous l’introduction du directeur de la Bibliothèque et du magistrat en charge de la culture et du sport de la Ville de Genève.

Retour sur les panoramas à Genève en 1900

Vers 1900, Genève abrite plusieurs panoramas. À l’exposition nationale suisse de 1896, un panorama alpestre de près de 2000 mètres carrés, œuvre d’Auguste Baud-Bovy, d’Eugène Burnand et de Francis Furet, est offert à l’admiration des visiteurs du Village suisse. Le Panorama international, situé dans les rues basses, se spécialise dans la présentation de paysages du monde entier. L’Alpineum est un diorama qui présente les vues de Suisse centrale et de Berne peints par Ernst Hodel de Lucerne. Son propriétaire, le photographe Andreossi, ayant compris l’importance du cinéma dont il avait pu voir les premières projections à l’exposition nationale, y montre aussi, dès 1895, des films, ce qui fait de l’Alpineum la plus ancienne salle de Suisse dédiée au 7ème art.

En 1877, l’entrepreneur genevois Charles Henneberg fait appel à l’architecte Jacques-Elysée Goss pour la création d’une rotonde de panorama. C’est le peintre Edouard Castres qui est chargé, avec l’aide d’autres artistes dont Ferdinand Hodler, d’exécuter la peinture consacrée à «L’arrivée des troupes du général Bourbaki aux Verrières en 1871». Ce spectacle restera ouvert au public de 1881 à 1889. Cette année-là, la toile de Castres est transférée à Lucerne où elle peut toujours être admirée et est remplacée à Genève par «Le siège de Belfort en 1871» du peintre français Etienne-Prosper Berne-Bellecour.

Charles Henneberg décide en 1897 de déplacer son panorama à la Jonction. C’est à cet endroit que sera montré, à partir du 1er janvier 1899, le panorama de la bataille de Morat. L’ère des panoramas touche cependant à sa fin. Dix ans plus tard, la rotonde de la Jonction est démantelée. Sa porte à fronton servira longtemps d’enseigne à la poste du quartier. En 1992, elle est finalement déplacée à la rue Necker où elle fait figure de décor urbain. Le spectacle, toujours…

Adolphe Gampert, Le panorama de Plainpalais, 1882, Bibliothèque de Genève CIG VG 2755
Oscar Messerli, Plan de l’emprise au sol du panorama de la Jonction, 1911, Bibliothèque de Genève, CIG 2015-071 REC E 08 13 01
Ch. Joos et J. van Daele, M. Molly (retouches), Vue générale du quartier de la Jonction avec à l’avant-plan, la rotonde du panorama en cours de démolition; l’image a été retouchée pour mettre en évidence l’explosion de l’usine à gaz du 23 août 1909 (La Patrie Suisse, 1er septembre 1909, p. 216), inv. Bibliothèque de Genève CIG RVG N13x18 17044
Roger Gottraux, La poste au rond-point de la Jonction, 14 septembre 1971, inv. Bibliothèque de Genève CIG VG T24x36 00741
Stéphane Pecorini, Fontaine et porte de l’ancien panorama de Plainpalais fermant la rue Necker, 2014, fichier numérique, inv. Bibliothèque de Genève CIG FBB 2015-035 NUM 03 0253
Edouard Jeanmaire, Panorama de Lucerne, Passage de l’armée française aux Verrières – Suisses, 1890, Bibliothèque de Genève Ca 1043
Edouard Jeanmaire, Panorama Genève Boulevard de Plainpalais. Le siège de Belfort, 1890, Bibliothèque de Genève, Ca 236
Réouverture du panorama Genève Fusterie, 7, Entresol Les Pyrénées et Lourdes, Genève, 1895, Bibliothèque de Genève Ca 424
Duc lithographe, extrait du plan de l’exposition nationale de 1896, avec situation du Panorama des Alpes bernoises aménagée dans la « montagne » du Village Suisse aux Vernets, Bibliothèque de Genève, inv. CIG rec est 0398 f 018
Auguste Magnin, Projet pour le pavillon du « Relief de Genève en 1850 » à exposition nationale suisse, vers 1893, Bibliothèque de Genève CIG vgm 015 01

L’objet aimé : pastorale en un acte, Alfred Jarry

Quand on s’intéresse à Töpffer, on tombe sur Alfred Jarry. Faut-il s’en étonner ? Apparemment pas.

Alfred Jarry s’est inspiré des Amours de M. Vieux-Bois dessinées et publiées par Rodolphe Töpffer à Genève en 1837. Jarry s’amuse des aventures drolatiques de l’amoureux éperdu et s’en inspire pour écrire, en 1903, L’Objet aimé, pastorale en un acte.

Cette pièce en vers mirlitonesques s’ouvre sur l’entrée en scène de l’Objet aimé, la femme qui va bouleverser M. Vieuxbois (scène I) :

L’Objet aimé
Traverse la scène en chantant

Oyez, oui, ouïs
Sous la feuillée
Sous le fouillis
Oyez, oyez

Dans le taillis,
Oyez, oyons
Le gazouillis
De l’oisillon

Cette vision enchanteresse propulse M. Vieuxbois au comble de l’émotion (scène II)

M. Vieuxbois

Elle est charmouille…
Non, je bafouille :
Elle est charmante !…

La pièce paraît pour la première fois dans la revue Poesia, publiée à Milan par Filipo Tommaso Marinetti, le fondateur du Futurisme, (Anno I, n° 11-12, dicembre-gennaio 1908-1909), revue que l’on trouve en ligne, numérisée par la Bibliothèque de Princeton. La revue italienne est alors un porte-parole des avant-gardes.

La Bibliothèque de Genève conserve de son côté un exemplaire de l’édition, dite originale, publiée à Paris en 1953. Le texte est repris dans le volume 2 des Œuvres complètes de Jarry, parues dans la Bibliothèque de la Pléiade. Dans la notice, Henri Bordillon y rappelle que les sept albums dessinés de Töpffer connurent un grand succès en France au 19e siècle, grâce aux éditions Garnier et qu’ils « furent ainsi lus et relus dans les familles bourgeoises françaises ».

La pièce n’est pas une simple adaptation versifiée des Amours de M. Vieux-Bois. Elle en omet plusieurs péripéties et ne retient que trois protagonistes : Vieuxbois, l’Objet aimé et le Rival. Jarry leur adjoint trois autres personnages : le Maire et la « Force armée », les deux militaires ahuris (Blême et Rouget), que l’on trouve dans les Voyages et aventures du Dr Festus.

L’édition de 1953 est enrichie d’illustrations extraites des deux albums. Dans la note liminaire assez importante qu’il donne en tête de cette édition, Roger Shattuck – professeur de littérature à Harvard – montre que l’œuvre de « l’Hogarth genevois » était bien connue de Jarry. Le Docteur Festus de Rodolphe Töpffer aurait ainsi inspiré le Docteur Faustroll d’Alfred Jarry.

Le père de la bande dessinée a donc influencé le père de la pataphysique !

Alfred Jarry est né en 1873 à Laval (Mayenne) où la bibliothèque municipale conserve aujourd’hui le fonds d’archives de l’écrivain. On y trouve notamment le manuscrit autographe de la pièce que la bibliothèque a numérisé et mis en ligne.

Pour aller plus loin :

La Bibliothèque de Genève conserve de nombreuses éditions des histoires en estampes de Rodolphe Töpffer notamment des exemplaires empruntables :

On y trouve aussi nombre d’œuvres d’Alfred Jarry.

Colloque de l’Association des collections suisses des affiches: un bilan haut en couleur

 Succès au rendez-vous pour le colloque annuel de l’Association des Collections suisses des affiches qui regroupe les grandes collections publiques suisses. La manifestation du 21 novembre dernier a attiré un public nombreux. Des intervenant-e-s aussi passionnant-e-s qu’enthousiastes ont investi le site des Bastions durant un après-midi consacré à l’affiche et à la bande dessinée d’ici et d’ailleurs. Créateur et créatrices d’affiches, bédéistes, illustrateurs, illustratrices et spécialistes nous ont présenté un programme attractif!
Une belle occasion de (re)découvrir mais aussi de mettre en perspective l’importante collection d’affiches BD genevoises conservée par la Bibliothèque de Genève.