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Tour impromptu de l’offre culturelle en bibliothèques… ou ailleurs (4)

Attack On The Quarantine Establishment. NYPL Digital Collections, Image ID: 809552

Après un panorama de ce que vous proposent les bibliothèques suisses pendant le confinement dans les épisodes 1, 2 et 3, voyons un peu ce qui se passe ailleurs dans le monde.

A l’étranger, la mobilisation est aussi au rendez-vous. La Bibliothèque nationale de France ouvre la voie avec «Des millions de ressources disponibles gratuitement en ligne» (ebooks, expositions virtuelles, images, ressources scolaires, jeux) et Retronews: son site dédié à la presse, dont elle met à disposition gratuitement toutes les ressources pour une durée limitée.

Pour nous inciter à la lecture, L’INFLUX, le webzine de la bibliothèque municipale de Lyon, nous rapporte que des études menées au Canada et au Royaume-Uni ont permis de montrer que six minutes de lecture suffisent à diminuer le stress d’un individu de 60%. Voir leur billet sur La littérature en période de confinement.

Dans le blog «Les Bibliothécaires en parlent» des bibliothèques de Nîmes, on découvre Audiocite, «un vaste catalogue de textes de toutes sortes lus par des bénévoles». L’occasion d’une digression vers cette belle initiative de poésie téléphonique par une troupe dijonnaise. Dijon précisément où le Pêle-mêle d’idées de la Bibliothèque nous permet autant de télécharger par mail une liste de livres quotidienne que de devenir expert-e en vin de Bourgogne.

Partout des initiatives solidaires viennent grossir nos piles virtuelles de livres: ainsi ce professeur de la Sorbonne qui lance la «Bibliothèque Solidaire du confinement» appelant à partager sa bibliothèque sur Facebook.

Très concernées par le soutien pédagogique aux enfants, étudiant-e-s et enseignant-e-s, les bibliothèques françaises mettent souvent en avant la plateforme Toutapprendre ainsi que le réseau franco-belge Eurêkoi, constitué de 500 bibliothécaires formé-e-s pour la recherche documentaire.

Les réseaux sociaux des bibliothèques belges sont eux aussi en effervescence. La plateforme de prêt numérique Lirtuel avoisine ces dernières semaines les 2000 inscriptions mensuelles au lieu des 300 en temps normal. Nous trouvons sur la page Facebook des bibliothèques de La Louvière des podcasts littéraires, des ateliers d’écriture, des marathons de lecture. Sur sa page Facebook, la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) présente elle quelques uns de ses superbes manuscrits, tel l’évangéliaire de Xanten du 9e siècle.

Et pour finir, cette intéressante mise en perspective historique de l’actualité avec les fonds de la New York Public Library dans ce blog qui relate l’incroyable guerre de quarantaine de Staten Island en 1858.

De quoi vous occuper pendant ces prochains jours… voire plus! Bonne lecture.

Joyeux anniversaire… Corona!

Afin de se protéger du coronavirus, une des recommandations est de se laver les mains. Faut-il encore savoir bien le faire. L’Unicef a établi une marche à suivre pour rappeler les règles de base, dont la durée du nettoyage. L’organisme donne un bon truc à ce sujet:

«Vous devez vous laver les mains au minimum pendant 20 à 30 secondes. Pour vous donner une idée de ce que cela représente, c’est le temps de chanter deux fois la chanson Joyeux anniversaire dans son intégralité.»

Quand la musique sauve des vies
Chanson mondialement connue, traduite dans de nombreuses langues, c’est effectivement une bonne référence pour que l’ensemble de la population puisse suivre ce conseil. Dans le même ordre d’idée, on connaît aussi l’utilisation de la chanson des Bee Gees Stayin’ alive afin de garder le rythme idéal lors d’une réanimation cardio-pulmonaire.

Chanson inspirante
Igor Stravinsky a également été inspiré par cette petite mélodie composée par les sœurs Hill en 1893. A l’occasion du 80ème anniversaire de Pierre Monteux – chef d’orchestre américain d’origine française – il écrit Greeting prelude, une pièce brève d’une minute (i.e. double lavage de mains!) pour orchestre symphonique. C’est le Boston Symphony Orchestra dirigé par Charles Münch qui crée cette œuvre le 4 avril 1955… il y a tout juste 65 ans. Voici une interprétation.

Dorénavant, lavez-vous les mains en chantant, en y ajoutant le prénom d’une personne qui fête son anniversaire, vous en connaissez sans doute une aujourd’hui!

Campagne d’affichage silencieuse

Lors des premières sorties pour faire ses courses, des affiches posées avant le 16 mars semblent désuètes. On marche le coeur serré, en pensant aux artistes, comédiens, musiciennes, graphistes, danseurs… dont les spectacles ont été annoncés et annulés à la veille des représentations.

Les rues, au fil des semaines, ont ensuite perdu leurs couleurs, leurs rythmes… et le silence du dehors fait résonner celui des salles culturelles fermées. Les panneaux d’affichage sont recouverts de la même affiche, seul le format change, pour un même message répété à l’unisson: Un grand merci.

Les affiches des mois de mars et d’avril qui n’ont servi à rien nous sont aussi parvenues afin de les conserver.

Dans le catalogue CCSA en recherchant par exemple l’affiche consacrée au Festival d’orgue de cinéma, celle de l’édition 2020 cataloguée dernièrement porte la note : « En raison de la pandémie COVID-19, la manifestation a été annulée« .

Un moyen de documenter le silence imposé par les mesures de crise vécue cette année.

L’Enseignement d’Emile

Le mois de mars s’est brutalement fermé sur un temps de confinement.
Dehors le printemps s’étale d’autant plus largement que tout se vide et se calme.
Dedans c’est autre chose. Il faut s’arranger avec l’absence, ou composer avec trop de présence.
Cohabitent alors en télétravail des métiers qui parfois s’accordent mal. C’est mon cas.

Dans la pièce au-dessus de moi, des étudiant-e-s perdu-e-s sont guidé-e-s énergiquement et à distance par un flux ininterrompu d’explications qui sourd par le plancher, dégouline en pluie de bruit et torpille toute concentration.
Dans la pièce du dessous, je m’impatiente et la nostalgie du beau silence de la Bibliothèque me tombe dessus.
L’espace se réduit, le temps s’allonge, l’énergie tourne court: je ne parviens pas à travailler. Et je pense à la théorie développée par le génial et joyeux pédagogue Emile Jaques-Dalcroze (1865-1950) que « la forme d’un mouvement dépend des sensations et du rapport entre la force, le temps et l’espace ».

Ce musicien, compositeur et professeur réalise en effet, à l’aube du 20e siècle, qu’avant de comprendre intellectuellement la musique, il faut la vivre par le corps. Il développe alors une méthode fondée sur la perception corporelle de la musique, la rythmique Jaques-Dalcroze, toujours enseignée et objet de nombreuses études se basant sur le vaste fonds manuscrit et photographique conservé à la Bibliothèque de Genève.

Alors que nos corps sont enfermés dans des espaces étriqués et encombrés de sollicitations numériques qui captent attention, temps et énergie, son enseignement nous invite à réfléchir à la forme du mouvement de notre vie.

Enfants pratiquant la rythmique lors de la représentation du spectacle « Les premiers souvenirs », poème de Jacques Chenevière, mis en musique par Emile Jaques-Dalcroze, qui fut représenté à Genève en juin 1918.
Photographie de Fred Boissonnas, tirage photographique noir/blanc, collé sur carton, 180 x 290 mm.
Bibliothèque de Genève, CIG, FBB P PH m 03-14

Complément bibliographique
Dossier Émile Jaques-Dalcroze, in : Passé simple, n° 50, décembre 2019

Épidémie et quarantaine

Les années 1720 et 1755 marquent deux moments importants de la gestion de la crise au XVIIIe siècle. Pourtant ces deux années sont charnières pour les épidémies.

Loin des comparaisons, la peste de Marseille de 1720 prévoit des réponses similaires à celles auxquelles nous assistons aujourd’hui dans le cadre de la crise du SRAS-Cov-2, de son nom scientifique: quarantaines, cordons sanitaires, interdiction de commerce ou centralisation du pouvoir et de l’information sont des réponses mises en place par les pouvoirs royaux de l’époque. Le cordon sanitaire prévu dans le cadre de la peste arrivera jusqu’aux portes de Genève. On ne tenait pas, à cette époque, compte des frontières étatiques mais les cordons progressent selon l’avancée de l’épidémie comme les forces militaires sur le champ de bataille.

Voltaire a certes rédigé le Poème sur le désastre de Lisbonne aux Délices, mais il a davantage eu un impact philosophique que sanitaire. Cependant, celui qui aura la main de fer sera le marquis de Pombal, qui décrète la fermeture de la ville et l’instauration de quarantaines aux marchandises et aux personnes arrivant en ville. Il fallait prévenir la rumeur de l’épidémie de peste, qui aurait achevé la Ville Blanche.

265 ans nous séparent et les réponses apportées semblent similaires: épidémie, quarantaine et centralisation de la gestion de la crise. Nous vous proposons de revenir sur le cycle de conférences proposé en 2005 autour de « Voltaire et le tremblement de terre de Lisbonne ».

Peste ou coronavirus: la peur de l’épidémie

1545… 2020, un peu moins de 500 ans séparent ces dates et pourtant la peur d’être contaminé reste la même. Peur de la peste, peur du coronavirus. On devient suspicieux envers un-e voisin-e, un-e ami-e, un-e proche. On se barricade chez soi, on vit le confinement.

Genève a oublié qu’elle a connu dans son passé des épidémies. Au Moyen Âge, la peste était un phénomène récurrent. Saint Sébastien et saint Roch sont invoqués pour stopper l’épidémie de la peste.

La légende dorée de Jacques de Voragine. Enluminure représentant saint Sébastien. Vers 1402.
Bibliothèque de Genève, Ms.fr. 57, f. 51
Livre d’heures. Prière à saint Roch. Seconde moitié du XVe s. Bibliothèque de Genève, Ms. lat. 31, f. 2

Au XVIe siècle, celle de 1545 frappe encore certains esprits. Les autorités de la ville prennent des décisions radicales pour stopper l’épidémie: emprisonnement, procès, bannissement, mutilation ou mise à mort.  

Février 1545. La croyance circule qu’une bande d’empoisonneurs sévit dans la ville en enduisant les serrures des maisons du venin de la peste. Plusieurs personnes sont arrêtées.  Penchons-nous sur le registre du Petit Conseil du 9 mars 1545 : A esté advisé voyeant les grans maulx que telles gens hont faict dans Geneve etc., que les hommes soyent tenalliés parmy la ville et en appres condampnés a mort […] et les femmes ayent coppé la main dextre aut Mollars et puys menees en Plain Pallex et la soyent bruslés […]

Archives d’Etat de Genève, Registre du Petit Conseil du 9 mars 1545 (AEG, RC40, f. 42v)

Dans une lettre en latin datée du 27 mars 1545, adressée à son ami théologien Oswald Myconius, Calvin exprime son désarroi: Le Seigneur nous éprouve de façon surprenante. On a découvert récemment une conspiration d’hommes et de femmes qui, en l’espace de trois ans, avaient répandu la peste dans la ville, je ne sais au moyen de quels sortilèges. Bien que quinze femmes aient déjà été brûlées, qu’un certain nombre d’hommes aient été châtiés d’une manière plus atroce, que certains se soient donnés la mort en prison et que vingt-cinq soient encore emprisonnés, ils ne cessent cependant d’enduire chaque jour les serrures des portes. (Bibliothèque de Genève,  Ms. lat. 106, f. 115v)

Le dernier « boute-peste » est exécuté le 16 mai 1545. 31 personnes accusées de semer la peste perdent la vie en l’espace de quelques mois.

2020: autre époque, autres remèdes … mais la peur est toujours là!

Joubert, Laurent: Traitté de la peste composé en latin par M. Laurent Joubert conseiller et medecin ordinaire du Roy, et du Roy de Navarre, premier docteur regent stipendié, […]. [Genève] : Jacob Stoer, 1581.
Bibliothèque de Genève, Nb 399, Public Domain Mark
P. 14. Des causes de la peste