0041 22 418 28 00 communication.bge@ville-ge.ch
Sélectionner une page

Des anges pas si genevois que ça?

Le premier incunable imprimé à Genève en 1478, Le livre des saints anges, ne comporte pas le nom de sa ville sur la première page, mais à la fin, dans le colophon. Il a été produit par un imprimeur d’origine bavaroise du nom d’Adam Steinschaber, dont on ne sait pas grand’chose: ni date de naissance, ni date de mort. Juste qu’il imprima une douzaine d’ouvrages durant les trois années qu’il passa à Genève, tous de belle facture et en caractères gothiques.

Ce premier livre porte sur un sujet qui n’est pas spécifiquement genevois: les anges. Mais il s’agit tout de même du plus important traité sur le sujet au Moyen Âge. On y parle, sur près de 380 pages, de la nature des anges, de leur hiérarchie, de leur fonction, de leur puissance et de l’archange saint Michel. Ce traité a été rédigé à l’origine, en 1392, en catalan, par le moine Francisco Ximenes, un éminent théologien et penseur sociopolitique, né à Gérone.

Mais la première fois qu’il sera imprimé, ce sera en français et à Genève. L’exemplaire que la Bibliothèque de Genève possède (BGE Bc 207) provient du couvent de Cluses, en Savoie. Il n’en existerait plus qu’une dizaine de par le monde. Le nôtre possède encore en partie sa reliure d’origine en cuir, tendu sur deux planchettes de bois. Il n’est entré dans la Bibliothèque qu’en 1811, suite à un don du préfet du Léman.

Une centaine d’incunables ont été imprimés à Genève entre 1478 et 1500. La Bibliothèque de Genève abrite dans ses fonds plus de 460 incunables sortis des presses de toute l’Europe.

Des tétons à la Bibliothèque de Genève!

Jusqu’à récemment, nous ignorions que la Bibliothèque de Genève abritait dans ses murs un recueil de poèmes érotiques faisant l’«éloge du sein des femmes». Il a fallu attendre la curiosité d’un chercheur pour exhumer cette perle rare. L’affaire ne manque pas de piquant, puisque le volume en question (La Gr 6/3) est conservé parmi les milliers d’ouvrages de la célèbre bibliothèque de la villa La Grange. Cette bibliothèque a été constituée dans la première moitié du XIXe siècle par Guillaume Favre, érudit à la réputation plus austère que frivole, qui rédigea des études sur l’histoire antique et les langues anciennes.

Notre petit volume (in-8) de près de 300 pages contient trois parties: une consacrée aux yeux, une autre au nez et une troisième intitulée: « Les tétons: ouvrages curieux, galant et badin, composé pour le divertissement d’une dame de qualité ». L’impression anonyme n’a pas résisté à la sagacité des bibliographes, qui n’ont pas tardé à découvrir le coupable: l’impertinent et obscur Jean Pierre Nicolas Du Commun, dit Véron (1688-1745). Cet auteur originaire du Doubs recueillit en fait des textes et poèmes licencieux sur le sujet, essentiellement des XVIe (Marot) et XVIIe siècles (Molière).

La prose galante que le compilateur adresse à sa dame les introduit et les relie entre eux dans un continuum savoureux. Pour contourner la censure parisienne, notre exemplaire a été imprimé à Amsterdam sous les presses de Joannes Pauli, en 1760. Il en constitue la 3e édition (1ère édition: 1720).